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Shams al-Maʿārif

Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ?

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 10 min de lecture
Shams al-Maarif al-Kubra : couverture de l’article

Le Shams al-Maarif al-Kubra est la « grande » version du Soleil des connaissances, le traité arabe attribué à al-Būnī. C’est celle que reprennent la plupart des éditions imprimées. Selon les chercheurs, il s’agit d’une compilation tardive qui rassemble des textes de plusieurs auteurs sous le nom d’al-Būnī.

Quand on parle du Shams al-Maʿārif, on imagine souvent un seul livre, écrit d’un bloc par un seul auteur. La réalité est plus compliquée. Il existe plusieurs textes qui portent ce titre, et ils ne disent pas tous la même chose.

La version la plus connue s’appelle al-Kubrā, « la grande ». C’est elle qu’on trouve en librairie dans le monde arabe, c’est elle qui circule en PDF, et c’est souvent elle dont on parle sur les forums sans le préciser.

Dans cet article, je t’explique ce qu’est exactement cette grande version, ce que les historiens disent de son auteur, ce qu’elle contient et quelles éditions existent aujourd’hui. Tu verras que l’histoire de ce texte est presque aussi intéressante que son contenu.

Comme toujours sur ce site, je sépare ce qui est établi par la recherche de ce qui relève de la tradition ou de la croyance.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Qu’est-ce que le Shams al-Maarif al-Kubra exactement ?

Le Shams al-Maarif al-Kubra est la version longue d’un ensemble de textes réunis sous le titre Shams al-maʿārif. Le mot kubrā veut dire « la plus grande » en arabe : il sert à la distinguer d’une version plus courte, appelée al-Ṣughrā, « la petite ».

Le titre complet est souvent donné sous la forme Shams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārif. On le traduit généralement par « Le Soleil des connaissances et les subtilités des savoirs ». En anglais, on trouve aussi The Sun of Knowledge.

Pour bien comprendre, retiens ces repères :

  • Shams al-maʿārif désigne une tradition de textes, pas un seul manuscrit ;
  • al-Kubrā est la version la plus longue et la plus diffusée ;
  • al-Ṣughrā est une version plus courte, éditée séparément ;
  • selon Wikipédia, avant l’imprimerie, trois volumes indépendants et de longueurs différentes circulaient sous ce titre ;
  • les éditions imprimées modernes reprennent surtout al-Kubrā.

Kubrā (كبرى) signifie « la plus grande » et ṣughrā (صغرى) « la plus petite ». Ces deux mots indiquent la taille de la version, pas sa valeur ou son importance.

Pourquoi cette distinction est-elle importante ? Parce que deux personnes peuvent parler du « Shams al-Maʿārif » sans parler du même texte. L’une cite un passage de la grande version, l’autre ne le retrouve pas dans la petite. Le malentendu vient souvent de là.

Le même problème existe avec les traductions. Un traducteur qui ne précise pas sa source peut avoir travaillé sur la petite version, sur la grande, ou sur des extraits trouvés ici et là. Le lecteur n’a alors aucun moyen de savoir ce qu’il lit vraiment.

C’est aussi pour cette raison qu’il faut toujours vérifier de quelle version vient un extrait, une traduction ou un PDF. Un fichier titré « Shams al-Maarif » peut contenir al-Kubrā, al-Ṣughrā, ou même un mélange de plusieurs ouvrages.

Si tu veux savoir comment reconnaître une version fiable en français, je l’explique dans l’article Le livre Shams al Maarif en français : quelle version choisir ?.

Qui a écrit le Shams al-Maarif al-Kubra ?

Le Shams al-Maarif al-Kubra est attribué par la tradition à Aḥmad al-Būnī, mort vers 1225. Mais selon plusieurs historiens, il s’agit d’une compilation plus tardive, faite par des auteurs de son école, qui mêle quelques textes d’al-Būnī à beaucoup d’autres.

Commençons par ce que dit la tradition. Al-Būnī est présenté comme un savant soufi originaire de Bône, l’actuelle Annaba en Algérie. La tradition lui attribue de nombreux traités sur la science des lettres et les noms divins.

Ce que disent les chercheurs est plus nuancé. Voici les principaux arguments :

ChercheurCe qu’il ou elle avance
Jean-Charles CoulonLe texte contient des anachronismes, il ne peut donc pas être une œuvre authentique d’al-Būnī.
Noah GardinerAl-Kubrā rassemble les écrits de plusieurs auteurs, dont quelques textes authentiques d’al-Būnī.
Liana SaifLes éditions populaires sont une compilation produite au XVIIe siècle, peut-être par des disciples plus tardifs.

Selon Wikipédia, qui s’appuie sur les travaux de Coulon, les œuvres reconnues comme authentiques d’al-Būnī parlent peu de magie. Elles traitent surtout de spiritualité et des noms divins.

Les historiens utilisent l’expression latine corpus bunianum pour désigner cet ensemble. Elle regroupe les textes d’al-Būnī lui-même et ceux d’auteurs qui ont écrit dans son style, parfois sous son nom. Le Shams al-Maarif al-Kubra serait l’un des exemples les plus connus de ce phénomène.

Est-ce que cela enlève de la valeur au livre ? Pas forcément. Une compilation peut être riche et intéressante. Noah Gardiner, professeur d’études religieuses à l’université de Caroline du Sud, estime d’ailleurs que le texte vaut la peine d’être lu, même s’il n’est pas d’al-Būnī.

Ce qui change, c’est la façon de le lire. Tu ne lis pas la pensée d’un seul homme du XIIIe siècle, mais le résultat de plusieurs siècles de transmission, de copies et d’ajouts.

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Que contient le Shams al-Maarif al-Kubra ?

Le Shams al-Maarif al-Kubra traite de la science des lettres, des noms divins, des carrés numériques, des talismans et des correspondances astrales. Selon Wikipédia, la table des matières des éditions imprimées compte une quarantaine de chapitres, appelés faṣl.

Les premiers chapitres présentent les carrés numériques, souvent appelés carrés magiques. Ce sont des grilles de chiffres ou de lettres organisées selon des règles précises. Le reste du livre développe des thèmes qui reviennent souvent d’un chapitre à l’autre.

Voici les grands sujets que tu y trouves :

  • la valeur numérique des lettres arabes, selon le système abjad ;
  • les noms de Dieu et les combinaisons de lettres qui leur sont associées ;
  • la construction des carrés numériques de différentes tailles ;
  • les talismans et les objets associés à certaines heures ;
  • les correspondances entre les planètes, les jours et les lettres ;
  • des invocations et des prières propres à cette tradition ;
  • des passages sur les anges, les esprits et les djinns.

Dans la tradition, ces combinaisons de lettres et de nombres serviraient à entrer en contact avec les anges, les esprits ou les djinns. C’est ce qu’affirme le texte. Le résultat vient de Dieu.

Ce contenu explique en partie la réputation du livre. Les passages sur les djinns et les talismans impressionnent, et ils ont nourri beaucoup de rumeurs. J’en parle en détail dans l’article Shams al Maarif danger : le livre est-il vraiment dangereux ?.

Ce qui frappe aussi, c’est la place des tableaux. Le livre contient de nombreux diagrammes, grilles et figures. Sur la page de l’entretien avec Noah Gardiner, on voit par exemple un diagramme tiré d’une lithographie du XIXe siècle. Ces figures sont difficiles à recopier sans erreur, ce qui explique les nombreuses variantes d’une édition à l’autre.

Enfin, le style n’est pas celui d’un manuel moderne. Les chapitres mélangent théorie, prières, exemples et recettes. Pour un lecteur d’aujourd’hui, une bonne traduction avec des explications aide beaucoup à suivre la logique du texte.

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Quelles éditions du Shams al-Maarif al-Kubra existent aujourd’hui ?

Le Shams al-Maarif al-Kubra existe en éditions arabes imprimées, surtout à Beyrouth, ainsi qu’en traductions partielles en anglais, en ourdou, en turc et en espagnol. La plupart des éditions reprennent le même texte, avec des différences dans les tableaux.

Avant l’imprimerie, le texte circulait en manuscrits. Ensuite sont venues les lithographies, au XIXe siècle, puis les éditions imprimées. Selon Liana Saif, on raconte qu’une première édition aurait été publiée par al-Azhar en 1900, mais elle serait aujourd’hui perdue.

Voici les principaux repères sur les éditions, avec leurs sources :

  1. Une édition publiée au Liban en 1985 par al-Maktaba al-Shaʿbiyya, selon Liana Saif.
  2. Des éditions séparées d’al-Kubrā et d’al-Ṣughrā chez Al Nour, à Beyrouth, au milieu des années 2000, selon Wikipédia.
  3. Une édition en ourdou publiée à Karachi en 1978 et une édition turque publiée à Istanbul en 1979, citées par Wikipédia.
  4. Une traduction anglaise partielle d’Amina Inloes, publiée en 2022, selon Wikipédia.
  5. Une autre traduction anglaise parue en 2023, centrée surtout sur les talismans et les carrés, selon la même source.
  6. Une traduction espagnole partielle réalisée à l’université de Salamanque, citée en référence par Wikipédia.

Cette liste montre une chose importante : les traductions intégrales sont rares. Même en anglais, les versions publiées restent partielles ou centrées sur certains thèmes. En français, on trouve surtout des extraits et des fichiers sans source claire.

Quand tu tombes sur une édition, pose-toi trois questions. De quelle version s’agit-il, al-Kubrā ou al-Ṣughrā ? Qui l’a publiée, et quand ? Les tableaux sont-ils lisibles et complets ? Ces trois points suffisent souvent à faire le tri. Méfie-toi aussi des fichiers qui annoncent « l’édition originale » sans plus de détails : pour un texte qui a connu autant de versions, cette formule ne veut pas dire grand-chose.

Pour retrouver tous les articles consacrés à l’ouvrage, consulte la rubrique Shams al-Maʿārif.

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En résumé

Le Shams al-Maarif al-Kubra est la grande version du Soleil des connaissances. Le mot kubrā signifie « la plus grande » et la distingue d’une version plus courte, al-Ṣughrā. Selon Wikipédia, avant l’imprimerie, trois volumes de longueurs différentes circulaient sous ce titre.

La tradition attribue le texte à Aḥmad al-Būnī, mort vers 1225. Les historiens sont plus prudents. Jean-Charles Coulon relève des anachronismes qui empêchent d’en faire une œuvre authentique d’al-Būnī. Noah Gardiner y voit une compilation qui mêle plusieurs auteurs. Liana Saif date les éditions populaires d’une compilation du XVIIe siècle. Les chercheurs parlent de corpus bunianum pour désigner cet ensemble de textes.

Le contenu porte sur la science des lettres, les noms divins, les carrés numériques, les talismans et les correspondances astrales. Le texte affirme que certaines combinaisons permettent de communiquer avec les anges, les esprits ou les djinns. Il s’agit d’une croyance de la tradition, et le résultat vient de Dieu.

Côté éditions, le livre a été imprimé au Liban, notamment en 1985, puis réédité à Beyrouth dans les années 2000. Il existe des versions en ourdou et en turc, et des traductions anglaises et espagnoles partielles. Les traductions complètes restent rares.

Retiens surtout qu’il n’existe pas un seul Shams al-Maʿārif, mais une tradition de textes transmise et enrichie pendant des siècles.

Pour lire ce texte dans de bonnes conditions, vérifie toujours de quelle version il s’agit, qui l’a publié et si les tableaux sont complets.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais) ; entretien avec Noah Gardiner sur le Shams al-Maʿārif al-Kubrā (en anglais) ; article de Liana Saif sur le Leiden Islam Blog (en anglais).

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre al-Kubra et al-Sughra ?

Al-Kubrā est la version longue du Shams al-Maʿārif, al-Ṣughrā la version courte. Les deux portent le même titre principal mais ne contiennent pas exactement les mêmes textes. La plupart des éditions modernes reprennent al-Kubrā.

Le Shams al-Maarif al-Kubra est-il vraiment d’al-Būnī ?

La tradition l’attribue à al-Būnī, mais plusieurs historiens pensent le contraire. Selon eux, c’est une compilation plus tardive qui mêle quelques textes d’al-Būnī à ceux d’autres auteurs.

Combien de chapitres compte le Shams al-Maarif al-Kubra ?

Selon Wikipédia, la table des matières des éditions imprimées compte une quarantaine de chapitres. Le nombre peut varier selon l’édition et la façon de découper le texte.

Existe-t-il une traduction française du Shams al-Maarif al-Kubra ?

On trouve surtout des extraits et des fichiers sans source claire. Une traduction sérieuse doit indiquer qu’elle suit al-Kubrā et préciser l’édition arabe utilisée.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.