Aller au contenu
SecretMystiquee
Shams al-Maʿārif

Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 11 min de lecture
Qui est Al-Buni ? : couverture de l'article

Al-Būnī, de son nom complet Abū l-ʿAbbās Aḥmad ibn ʿAlī al-Būnī, est un maître soufi du XIIIe siècle, rattaché à Būna (Annaba) et actif au Caire en 1225. On sait peu de choses sur sa vie. Le magicien de légende vient surtout de la réputation posthume d’un livre qui porte son nom.

Si tu cherches « Qui est Al-Buni ? », tu as probablement croisé ce nom sur la couverture du Shams al-Maarif, ou dans une vidéo qui le présente comme un sorcier hors du commun. Les deux images ne se recoupent pas vraiment, et c’est ce décalage qui rend le personnage intéressant.

Les autres articles de ce site ont déjà parlé de l’auteur du livre et de l’origine du texte. Ici, je prends une autre entrée : l’homme lui-même, sa pensée, et la façon dont son image a changé au fil des siècles. Je veux te donner un portrait, pas un catalogue de titres.

Je m’appuie surtout sur les travaux du chercheur Noah Gardiner et sur Wikipédia, et je signale chaque fois ce qui reste discuté. Quand les sources manquent, je l’écris plutôt que de combler le vide avec des anecdotes. Tu verras que la vie d’al-Būnī tient en peu de lignes, alors que sa réputation en remplit des volumes.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Qui est Al-Buni, et dans quel monde a-t-il vécu ?

Al-Būnī est un maître soufi mort vers 1225, rattaché à Būna, l’actuelle Annaba, et reconnu au Caire comme un guide spirituel. Il a vécu dans le monde musulman du début du XIIIe siècle, entre le Maghreb et l’Égypte, à l’époque du célèbre mystique Ibn ʿArabī.

Voici ce que les sources permettent d’affirmer :

  • selon Wikipédia, il est né à Būna, alors sous la dynastie almohade, et il a vécu dans l’Égypte ayyoubide, où il a étudié auprès de plusieurs maîtres soufis ;
  • selon Gardiner, il nomme un seul de ses maîtres dans ses grandes œuvres, ʿAbd al-ʿAzīz al-Mahdawī, mort en 1224 et à la tête d’un centre soufi à Tunis ;
  • des signatures d’auteur et des certificats d’audition le placent dans les cimetières de la Qarāfa, près du Caire, en 1224 et 1225 ;
  • en 1225, il apparaît, selon Gardiner, comme un maître soufi respecté « au sommet de ses moyens » ;
  • sa tombe était un lieu de vénération, encore visité au XIXe siècle.

Un détail mérite d’être retenu : al-Būnī et Ibn ʿArabī viennent du même milieu soufi de l’Occident musulman, et al-Mahdawī a influencé l’un comme l’autre. Gardiner estime que leurs ressemblances ne viennent pas d’un emprunt direct d’al-Būnī à Ibn ʿArabī. Elles pourraient avoir une source commune, peut-être leur maître.

La date de sa mort reste une question ouverte. Les sources donnent 1225 dans plusieurs passages, et 1232-1233 dans un cas.

Ce que l’on ne sait pas est tout aussi important. Wikipédia ne donne pas de date de naissance, et les récits de voyages lointains, de rencontres avec des rois ou de pouvoirs extraordinaires ne viennent pas de sources de son époque. Si tu croises ces histoires, considère-les comme des légendes tardives.

Cela dessine un homme enraciné dans un réseau de maîtres et de disciples, plus proche d’un enseignant soufi que d’un personnage isolé. Les certificats d’audition sont précieux : ils montrent que ses textes étaient lus à haute voix devant un public, selon les usages de l’époque.

Pour le détail de ses livres et de la question de l’auteur de la grande version, lis Shams al-Ma’arif auteur : qui a vraiment écrit le livre ?.

Que pensait Al-Buni de la science des lettres ?

Pour al-Būnī, la science des lettres est un savoir spirituel, reçu par l’expérience intérieure et non par le raisonnement. Dans ses textes soufis, il la présente comme « la science des saints », liée aux noms de Dieu et aux étapes du chemin spirituel.

Selon Gardiner, il écrit que les secrets des lettres ne peuvent pas être saisis par le raisonnement par analogie. Voici ce que contiennent, d’après lui, quatre de ses textes les plus sûrs :

Texte (translittéré)Ce que l’on y trouve
ʿIlm al-hudāUn commentaire des noms de Dieu, où chaque nom marque une étape (maqām) dans la progression du soufi.
Laṭāʾif al-ishārātUne cosmologie construite sur les lettres, reliées à des noms divins et à des notions venues du néoplatonisme.
Hidāyat al-qāṣidīnUn classement des aspirants : chercheurs, adeptes et gnostiques.
Mawāqif al-ghāyātDes pratiques soufies, dont la retraite spirituelle (khalwa), avec des citations de maîtres anciens.

Ces textes cousinent avec une tradition plus vaste. Étudier les carrés magiques était courant dans l’Islam médiéval : selon Wikipédia, les plus anciens traités conservés datent du Xe siècle. Al-Būnī y a ajouté sa propre lecture. Toujours selon Wikipédia, il attribue des propriétés mystiques à ces carrés et donne des méthodes pour construire des carrés bordés, sans qu’il soit certain qu’il en soit l’inventeur.

Il faut aussi se méfier des raccourcis. Dire qu’al-Būnī « a inventé » les carrés magiques serait faux, et dire qu’il n’a écrit que de la spiritualité le serait tout autant. La réalité se situe entre les deux, et elle varie d’un texte à l’autre.

Ce qui frappe, c’est la place de la prière et de la discipline. Le texte ne se présente pas d’abord comme un recueil de recettes, mais comme un enseignement réservé à ceux qui suivent une voie. Cela ne veut pas dire que les talismans en sont absents, comme on le voit dans la section suivante.

Si tu veux saisir comment ces idées se retrouvent dans le livre que tu connais, lis aussi Quelle est l’origine de Shams al-Ma’arif ? Auteur, époque et histoire du texte.

Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.

Al-Buni était-il un soufi ou un magicien ?

Les deux dimensions coexistent dans ses écrits médiévaux, et c’est une lecture moderne qui les sépare. Selon Gardiner, les thèmes soufis et les thèmes occultes y sont « intégrés sans couture », même si certains textes sont surtout spirituels et d’autres contiennent des talismans.

Voici comment Gardiner répartit les textes :

TexteDominante
Hidāyat al-qāṣidīn, Mawāqif al-ghāyātSurtout des œuvres soufies.
ʿIlm al-hudāLargement spirituel, avec peu de matière occulte pratique.
Laṭāʾif al-ishārāt, Shams al-maʿārif médiévalUn mélange de soufisme et de talismans.
Tartīb al-daʿawātUn texte attribué à al-Būnī, le plus proche d’un grimoire.

Un grimoire est un recueil de formules et de procédés rituels. Le mot décrit un genre de livre, pas une preuve que ses procédés produisent un effet.

Ses contemporains et ses successeurs n’ont pas tous eu la même lecture. Selon Gardiner, le théologien Ibn Taymiyya a accusé al-Būnī et des figures proches d’être des « adorateurs des astres sous l’emprise des démons ». L’historien Ibn Khaldūn a qualifié la science occulte des lettres de forme de sorcellerie (siḥr). Ibn Khaldūn et Ibn al-Khaṭīb ont aussi rapproché al-Būnī et Ibn ʿArabī comme des soufis « extrémistes » maîtrisant la science des lettres.

Gardiner note que certains chercheurs modernes voient là une part de polémique. Autrement dit, ces jugements disent quelque chose sur les débats de leur époque, pas sur l’efficacité ou le danger réel de pratiques précises.

Cette distinction aide à lire. Si tu ouvres un texte attribué à al-Būnī, demande-toi d’abord duquel il s’agit : un traité de voie spirituelle, un commentaire des noms divins ou un recueil de procédés. Les attentes, et les précautions, ne sont pas les mêmes.

Reste une chose à dire sans détour. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Le fait que l’auteur soit un maître respecté ne prouve rien sur leurs effets, ni dans un sens ni dans l’autre. Pour le débat sur le danger supposé, lis Shams al Maarif danger : le livre est-il vraiment dangereux ?.

Découvre les secrets des marabouts et des érudits africains, expliqués dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Comment l’image d’Al-Buni s’est-elle construite après sa mort ?

Elle s’est construite par couches : une tombe vénérée, des commentateurs qui ont popularisé ses textes, puis une grande compilation du XVIIe siècle qui a fixé son image de maître des talismans. L’imprimerie a ensuite diffusé cette version à grande échelle.

Voici les étapes principales :

  1. Un saint au Caire. Sa tombe est mentionnée par un auteur médiéval, Ibn al-Zayyāt, et visitée longtemps après lui. Sa mémoire est d’abord celle d’un saint homme.
  2. Des textes qui circulent. Ibn al-Khaṭīb craignait qu’un lecteur ordinaire prenne l’un de ses écrits, la Lumʿa, pour un simple livre de prières. Cela montre que le texte attirait des lecteurs peu avertis dès le XIVe siècle.
  3. Un commentateur influent. Au début du XVe siècle, ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī commente la Lumʿa et traite la science des lettres comme une voie qui peut se cultiver par la raison.
  4. Une grande compilation. Selon Gardiner, le Shams al-maʿārif al-kubrā date d’environ le XVIIe siècle, et au moins deux lignées de maîtres y ont été reprises des écrits d’al-Bisṭāmī.
  5. L’imprimerie. Selon Wikipédia, le Shams al-maʿārif al-kubrā a été imprimé au Caire en 1928.

Gardiner conclut que l’enseignement d’al-Būnī et l’histoire de sa réception ont été largement mal compris, surtout parce que l’on s’est appuyé sur les éditions imprimées.

Entre ces étapes, l’écart avec l’homme du XIIIe siècle est grand. Le maître qui enseignait à des disciples au Caire n’est pas le personnage que décrivent les vidéos et les forums d’aujourd’hui, et la plupart des détails spectaculaires sont apparus des siècles après sa mort.

Cette image continue de vivre. Selon Wikipédia, la plupart des livres de « méthodes éprouvées » (mujarrabāt) sur la sorcellerie dans le monde musulman sont des extraits simplifiés du Shams al-maʿārif. Ses travaux restent aussi une référence pour des guérisseurs musulmans yoruba au Nigeria et ailleurs.

Pour te repérer entre la grande version et le texte médiéval, Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ? pose les différences. Et si tu cherches une première présentation simple, Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement reste le point de départ.

Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.

En résumé

Al-Būnī est un maître soufi du XIIIe siècle, rattaché à Būna, élève d’al-Mahdawī à Tunis et respecté au Caire en 1225. On connaît peu sa vie, et la date de sa mort reste discutée. Les récits de pouvoirs extraordinaires ne viennent pas de sources de son temps.

Dans ses écrits médiévaux, la science des lettres est un savoir spirituel lié aux noms de Dieu. Soufisme et talismans y coexistent, et les textes ne se ressemblent pas : certains sont surtout spirituels, d’autres plus proches du grimoire. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Son image actuelle s’est formée après lui, par des commentateurs, une grande compilation vers le XVIIe siècle puis l’imprimerie. Des critiques comme Ibn Taymiyya et Ibn Khaldūn l’ont condamné, tandis que d’autres le vénéraient. Selon Gardiner, cette réception a souvent été mal comprise.

Pour te faire une idée juste, distingue toujours l’homme, le livre médiéval et la grande version populaire. Lis avec recul, vérifie l’édition de départ d’une traduction et refuse toute promesse de résultat.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012 ; article Ahmad al-Buni sur Wikipédia (en anglais) ; article Magic square sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Qui est Al-Buni en une phrase ?

Un maître soufi du XIIIe siècle, rattaché à Būna (Annaba), actif au Caire en 1225, dont on sait peu de choses et à qui l’on attribue le Shams al-Maarif.

Al-Buni était-il un sorcier ?

Les sources ne permettent pas de trancher ainsi. Ses textes mêlent soufisme et talismans, et des critiques comme Ibn Taymiyya et Ibn Khaldūn l’ont jugé sévèrement.

Al-Buni et Ibn ʿArabī se sont-ils connus ?

Les sources que j’ai lues ne le disent pas. Ils vivaient à la même époque et venaient du même milieu soufi, mais Gardiner ne parle pas d’emprunt direct de l’un à l’autre.

Al-Buni a-t-il écrit la grande version du Shams al-Maarif ?

Probablement pas en entier. Selon Gardiner, la grande version date d’environ le XVIIe siècle.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.