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Shams al-Maʿārif

Shams al-Ma’arif auteur : qui a vraiment écrit le livre ?

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 10 min de lecture
Shams al-Ma'arif auteur : couverture de l'article

L’auteur du Shams al-Ma’arif est, selon la tradition, Aḥmad al-Būnī, un maître soufi du XIIIe siècle mort au Caire vers 1225. Les chercheurs font toutefois une distinction : il a écrit un livre de ce titre, mais la grande version que l’on lit aujourd’hui a été compilée plus tard, surtout au XVIIe siècle.

Si tu cherches « Shams al-Ma’arif auteur », tu veux sans doute un nom, et une réponse simple. Elle existe, mais elle demande quelques nuances. Sur la couverture, on lit un seul nom. Derrière, il y a un homme dont on sait peu de choses, des disciples, des copistes et des compilateurs qui ont travaillé pendant des siècles.

Beaucoup de sites répètent « al-Būnī a tout écrit » ou, à l’inverse, « personne ne sait qui l’a écrit ». Ni l’une ni l’autre de ces phrases n’est exacte. Les spécialistes qui ont étudié les manuscrits arrivent à une image plus précise, et c’est elle que je te présente ici, avec les points encore discutés.

Dans cet article, je te dis qui était l’homme, quels livres lui sont attribués avec le plus de sûreté, qui a pu composer la grande version, et ce que cela change pour toi quand tu lis ce texte.

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Qui est l’auteur du Shams al-Ma’arif ?

L’auteur du Shams al-Ma’arif est Aḥmad ibn ʿAlī al-Būnī, un soufi du XIIIe siècle. Son nom complet varie selon les manuscrits, et sa vie reste peu documentée. On le rattache à Būna, l’actuelle Annaba en Algérie, et on le retrouve au Caire au début du XIIIe siècle.

Voici ce que disent les sources, en séparant ce qui est solide de ce qui l’est moins.

Le chercheur Noah Gardiner, dans une étude de référence publiée en 2012, rapporte les points suivants :

  • la plupart des manuscrits médiévaux le nomment Abū l-ʿAbbās Aḥmad ibn ʿAlī ibn Yūsuf al-Qurashī al-Būnī ;
  • son nom de famille, al-Būnī, renvoie à Būna, mais certains chercheurs le disent plutôt égyptien, et Gardiner défend pour sa part une origine d’Ifrīqiya, c’est-à-dire de la Tunisie et de l’est de l’Algérie actuelles ;
  • son maître était Abū Muḥammad ʿAbd al-ʿAzīz al-Mahdawī, mort en 1224 et à la tête d’un centre soufi à Tunis ;
  • il était actif au Caire en 1225, où il était reconnu comme maître soufi.

Selon Wikipédia, on sait très peu de choses sur lui. Gardiner précise que la date exacte de sa mort reste « une question ouverte » : les sources donnent 1225 ou, dans un cas, 1232-1233.

Sa tombe a aussi laissé une trace. Selon Gardiner, un guide des cimetières de la Qarāfa, au Caire, écrit au début du XVe siècle, en indique l’emplacement. Cela montre que sa mémoire s’est maintenue longtemps après lui, au moins comme celle d’un saint homme.

Il faut donc retenir deux idées. Al-Būnī a bien existé, et il a été connu de son vivant comme maître soufi. Mais ce que l’on raconte sur sa vie, ses voyages ou ses pouvoirs vient très souvent de légendes tardives, et non de sources de son époque. Pour la vue d’ensemble de ce qu’est le livre, tu peux lire Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement.

Quels livres l’auteur du Shams al-Ma’arif a-t-il vraiment écrits ?

Selon Noah Gardiner, cinq livres peuvent être attribués avec le plus de sûreté à al-Būnī. Le premier porte le titre de Shams al-Ma’arif, mais il ne s’agit pas de la grande version populaire. Les autres traitent de la voie spirituelle, des lettres et des noms divins.

Gardiner s’appuie sur les renvois que l’auteur fait d’un livre à l’autre, et sur des certificats d’audition de 1225 qui datent deux de ces textes. Voici les cinq titres qu’il retient, que je donne en traduction approximative :

Titre (translittéré)Traduction approximative
Shams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārifLe soleil des connaissances et les subtilités des savoirs
Hidāyat al-qāṣidīn wa-nihāyat al-wāṣilīnLe guide de ceux qui cherchent et le terme de ceux qui arrivent
Mawāqif al-ghāyāt fī asrār al-riyāḍātLes stations des fins, sur les secrets des exercices spirituels
ʿIlm al-hudā wa-asrār al-ihtidāʾ fī sharḥ asmāʾ Allāh al-ḥusnāLa science de la guidance, commentaire des plus beaux noms de Dieu
Laṭāʾif al-ishārāt fī l-ḥurūf al-ʿulwiyyaLes subtilités des allusions dans les lettres supérieures

Ce tableau appelle trois remarques.

  • Le premier titre est celui qui nous intéresse, mais Gardiner distingue ce texte médiéval de la grande version, appelée al-Kubrā.
  • Les quatre autres montrent un auteur qui écrit sur la spiritualité, les noms de Dieu et les lettres. Ce n’est pas seulement un manuel de talismans.
  • D’autres titres circulent sous son nom, mais ils sont plus discutés. Selon Wikipédia, on lui attribue aussi un commentaire sur le « Nom suprême de Dieu » et un traité sur les usages des quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu.

Un autre point mérite d’être noté. Wikipédia signale un manuscrit conservé à Damas qui porte le même titre, Shams al-Ma’arif, et qui traite de cosmologie plutôt que de pratiques. Autrement dit, ce titre a désigné plusieurs textes.

Ces données ne disent pas ce que contenait exactement le livre médiéval, car ce point demande l’étude directe des manuscrits. Elles disent en revanche que l’idée d’un auteur qui aurait écrit un grand livre de magie d’un seul jet est trop simple.

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Qui a écrit la grande version du Shams al-Ma’arif ?

Personne ne peut aujourd’hui donner un seul nom. Les chercheurs pensent que la grande version, al-Kubrā, a été compilée au début du XVIIe siècle par un ou plusieurs auteurs restés inconnus, en reprenant des écrits attribués à al-Būnī et d’autres sources.

Cette conclusion repose sur plusieurs études, qui convergent sans être identiques.

Selon Noah Gardiner, la grande version est « en des points importants un produit du début du XVIIe siècle ». Il relève que l’idée de trois versions, une petite, une moyenne et une grande, a fonctionné comme une rumeur que le compilateur de cette époque a exploitée. Il montre aussi qu’au moins deux des chaînes de maîtres que ce texte prête à al-Būnī ont été reprises des écrits de ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī.

Ce dernier est un nom à retenir. Selon Wikipédia, al-Bisṭāmī a vécu au XVe siècle et a commenté largement les écrits d’al-Būnī, en particulier ses instructions sur les amulettes et les talismans. Il n’est donc pas l’auteur du livre d’al-Būnī, mais il a contribué à fixer et à diffuser la tradition qui s’y rattache.

D’autres chercheurs vont dans le même sens :

  • selon Wikipédia, Jean-Charles Coulon relève des anachronismes qui, à ses yeux, excluent l’attribution de la grande version à al-Būnī ;
  • selon Liana Saif, le texte est une compilation du XVIIe siècle de pratiques dans la lignée d’al-Būnī, peut-être due à des disciples plus tardifs ;
  • selon Wikipédia, avant l’imprimerie, trois volumes de longueurs différentes circulaient, et la première impression moderne date de 1985 à Beyrouth.

L’identité du ou des compilateurs de la grande version n’est pas établie. Les noms que l’on trouve sur certains sites sont des hypothèses, pas des faits.

Pour savoir comment le texte s’est formé étape par étape, lis Quelle est l’origine de Shams al-Ma’arif ? Auteur, époque et histoire du texte. Pour la différence entre les versions, Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ? détaille ce qu’est la grande version.

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Que faut-il savoir de l’auteur du Shams al-Ma’arif avant de le lire ?

Avant de lire le Shams al-Ma’arif, retiens que son nom d’auteur est une étiquette. Elle désigne une tradition rattachée à al-Būnī, pas un texte unique écrit par une seule personne. Savoir cela t’aide à lire avec recul et à ne pas croire les légendes.

Voici les repères à garder en tête :

  1. L’homme est réel, mais sa vie est peu connue. Les récits de pouvoirs qui lui sont attribués ne viennent pas de sources de son temps.
  2. Un livre médiéval du même titre existe, mais la version populaire est largement plus tardive.
  3. Plusieurs mains ont travaillé sur ce texte : al-Būnī, ses commentateurs comme al-Bisṭāmī, puis les compilateurs du XVIIe siècle.
  4. Une édition imprimée peut différer d’une autre. Il vaut mieux savoir de quelle édition part une traduction.
  5. Le texte est critiqué par certains savants musulmans. Selon Wikipédia, le théologien Ibn Taymiyya a vivement critiqué al-Būnī.

Pour la question des critiques et de la réputation, j’ai écrit Shams al Maarif danger : le livre est-il vraiment dangereux ?, qui sépare ce qui est documenté de ce qui relève des rumeurs.

Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Le fait que le livre porte le nom d’un maître soufi respecté ne prouve pas que ses pratiques produisent un effet.

Cela ne retire rien à l’intérêt du livre. Un texte composite est un témoin précieux : on y lit plusieurs siècles de réflexion sur les lettres, les noms divins et les carrés, avec des couches d’époques différentes. Le lire comme le document d’une tradition, plutôt que comme la parole intacte d’un seul homme, est probablement la lecture la plus juste.

Enfin, une dernière règle de prudence. Si un vendeur te présente un exemplaire en affirmant qu’il est « le texte original d’al-Būnī », méfie-toi. Au vu de ce que montrent les études, cette phrase ne peut pas être démontrée pour la grande version. Demande plutôt l’édition de départ et le nom du traducteur.

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En résumé

L’auteur du Shams al-Ma’arif est, selon la tradition, Aḥmad al-Būnī, un maître soufi du XIIIe siècle. Il est rattaché à Būna, a eu pour maître al-Mahdawī à Tunis, et il était actif au Caire en 1225. On sait peu de choses sur lui, et sa date de mort exacte reste discutée.

Selon Noah Gardiner, cinq livres peuvent lui être attribués avec le plus de sûreté, dont un Shams al-Ma’arif médiéval. Ce n’est pas la grande version populaire, qui est en des points importants un produit du début du XVIIe siècle. Elle a repris des chaînes de maîtres aux écrits d’al-Bisṭāmī.

Ce que l’on peut en tirer est simple : quand on parle de l’auteur, il faut préciser de quel texte on parle. Le livre médiéval d’al-Būnī et la grande version imprimée ne sont pas la même chose. Les compilateurs de la grande version restent inconnus. Les chercheurs comme Coulon, Gardiner et Saif concordent sur le fait que le texte actuel n’est pas l’œuvre d’un seul auteur.

Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Une traduction sérieuse doit donc indiquer l’édition dont elle part. Lis le livre pour ce qu’il est : un texte composite, discuté, qui mérite d’être lu avec son contexte.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012 ; article Ahmad al-Buni sur Wikipédia (en anglais) ; article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais) ; article de Liana Saif sur le Leiden Islam Blog, 2022 (en anglais).

Questions fréquentes

Qui est l’auteur du Shams al-Ma’arif ?

La tradition l’attribue à Aḥmad al-Būnī, soufi du XIIIe siècle mort vers 1225. Les chercheurs pensent que la grande version a été compilée plus tard, surtout au XVIIe siècle.

Al-Būnī a-t-il écrit un livre intitulé Shams al-Ma’arif ?

Oui, selon Noah Gardiner, un livre de ce titre fait partie des cinq œuvres qui lui sont attribuées avec le plus de sûreté. Mais ce n’est pas la grande version populaire.

Qui était al-Bisṭāmī ?

Selon Wikipédia, c’est un savant du XVe siècle qui a commenté largement les écrits d’al-Būnī. Selon Gardiner, des chaînes de maîtres de la grande version viennent de ses écrits.

Peut-on savoir qui a compilé la grande version ?

Non, pas aujourd’hui. Les sources parlent d’un ou de plusieurs compilateurs du début du XVIIe siècle, dont l’identité n’est pas établie.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.