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Shams al-Maʿārif

Sihr en islam : magie, miracle et débats des savants

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 10 min de lecture
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Le sihr est le mot arabe que le Coran emploie pour « magie ». Selon les spécialistes, il désigne souvent une magie jugée nocive, mais sa définition varie. Le Coran ne fixe pas de peine pour sa pratique, et les savants se sont longtemps opposés sur sa réalité, sa licéité et sa différence avec le miracle.

Dès qu’on lit sur le Shams al-Maarif, on croise ce mot. Les critiques de l’œuvre d’al-Būnī l’accusent de sihr, et ses défenseurs répondent qu’il s’agit de savoir spirituel. Pour comprendre ce débat, il faut d’abord savoir ce que le terme recouvre vraiment.

Or le sujet est plus vaste qu’on ne le croit. Entre le Coran, les hadiths, les juristes du Moyen Âge, les réformateurs modernes et les sondages actuels, les positions sont nombreuses, parfois opposées. Aucune ne se résume en une phrase.

Dans cet article, je m’appuie sur la page de Wikipédia « Islam and magic », sur Middle East Eye et sur Noah Gardiner. Je rapporte des positions, sans en défendre aucune, et sans mode d’emploi. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Que signifie « sihr » dans le Coran et chez les spécialistes ?

Dans le Coran, le mot traduit par « magie » est sihr. Selon Adam Silverstein, cité par Wikipédia, il désigne la « magie noire », alors qu’en arabe moderne il peut aussi désigner la magie de spectacle. D’autres auteurs en donnent des définitions plus larges.

Voici les définitions rapportées par la page :

  • Hans Wehr. Dans son dictionnaire d’arabe écrit moderne, il le définit comme un ensorcellement ou une fascination ;
  • Emilie Savage-Smith. Elle en propose une définition très large, qui inclut la poésie raffinée, les tours de passe-passe et les invocations aux djinns ;
  • Toufic Fahd. Dans l’Encyclopédie de l’islam, il distingue trois catégories : la théurgie, la magie « naturelle » (blanche) et la sorcellerie (noire), appelée ʿilm al-siḥr ;
  • Adam Silverstein. Pour lui, le terme coranique renvoie à la magie noire.

Sihr : terme arabe traduit par « magie » ou « sorcellerie ». Son sens exact varie selon les auteurs et les époques. Dans la critique religieuse, accuser un texte de sihr revient à dire qu’il sort du cadre admis.

Quels passages du Coran sont cités ? La page en retient plusieurs :

  1. Sourate 2, verset 102. Des démons enseignent la magie à Babylone, avec Hārūt et Mārūt, décrits comme des anges. Le texte précise que la magie n’agit que si Dieu le permet ;
  2. Sourate 10, verset 2. Les opposants de Muhammad l’accusent à tort de magie ;
  3. Sourate 27 (an-Naml). Salomon parle aux animaux et aux djinns ;
  4. Sourate 113 (al-Falaq). Elle est utilisée comme protection contre la magie. Selon les hadiths, elle aurait été révélée pour protéger Muhammad.

Un point surprend souvent : selon l’ouvrage cité par la page (Magic and Divination in Early Islam, 2021), le Coran n’interdit pas la magie en tant que telle et ne prescrit pas de peine pour sa pratique. Les interdits et les sanctions viennent d’ailleurs, de la tradition et du droit.

La page de Wikipédia ne traite ni les magiciens de Pharaon ni Moïse. Je ne m’appuie donc pas sur ces épisodes dans cet article.

Les hadiths, eux, rapportent que Muhammad aurait été ensorcelé par un charme caché dans un puits. D’après Irmeli Perho (2012), les différentes versions ne donnent pas les mêmes remèdes : certaines disent que Dieu suffit, d’autres exigent une action humaine. Cela montre que même les récits anciens ne s’accordent pas.

Que pensaient les savants du Moyen Âge de la magie ?

Ils étaient divisés. Certains niaient sa réalité, d’autres l’acceptaient sous conditions, d’autres encore la condamnaient par principe. Wikipédia cite plusieurs figures, qui montrent la variété des avis.

Voici ce que la page rapporte :

SavantPosition rapportée
Ibn Ḥanbal (780-855)Il ne condamnait pas ceux qui soignaient par la magie
Al-Ṭabasī (mort en 1089)Il décrivait des rituels de sorcellerie, mais n’admettait que la magie conforme à la charia
Ibn al-Nadīm (932-995)Il jugeait licite la magie attribuée à Salomon et illicite celle qui vient d’Iblīs
Abū Bakr al-JaṣṣāṣIl estimait que si la magie était réelle, ses praticiens seraient riches et puissants
Al-Zamakhsharī (1074-1143)Il rejetait la sorcellerie surtout par l’exégèse du Coran, non par la raison
Les mu’tazilitesIls voyaient dans la magie une simple fabrication d’images, sans réalité
Ibn Sīnā (vers 980-1037) et Fakhr al-Dīn al-Rāzī (1149-1209)Ils la voyaient comme un outil dont la licéité dépend de l’usage

Ce tableau appelle trois remarques :

  • Le désaccord est ancien. Dès les premiers siècles, des savants de premier plan ont soutenu des positions opposées ;
  • Le critère varie. Pour certains, c’est l’origine (Salomon ou Iblīs). Pour d’autres, c’est l’usage ou la conformité à la charia ;
  • La réalité même est débattue. Pour al-Jaṣṣāṣ ou les mu’tazilites, la magie n’a pas l’effet qu’on lui prête.

La page ne dit rien d’al-Būnī, ni des soufis en général. Pour savoir comment le livre est jugé par les critiques, Shams al-Maarif craint : pourquoi ce livre fait-il peur au Moyen-Orient ? rapporte, d’après Middle East Eye, les accusations de savants comme Ibn Khaldūn et Ibn Taymiyya.

Il vaut mieux garder en tête une chose. Dire qu’un savant « condamne la magie » ne dit pas ce qu’il entend par magie. Pour l’un, c’est la sorcellerie nuisible. Pour l’autre, c’est tout recours à des forces cachées. Les mêmes mots recouvrent des réalités différentes.

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Quelle différence entre sihr et miracle (karāma) ?

Selon Ibn Khaldūn, cité par Wikipédia, le miracle est un don divin soutenu par l’esprit de Dieu, alors que le sihr est l’œuvre du sorcier, qui agit par sa propre force psychique et parfois avec l’aide des démons. La distinction repose donc sur l’origine du pouvoir.

Voici comment la page présente ces deux notions :

  • Le miracle (karāma). Un don divin, sans prétention à la prophétie chez celui qui en bénéficie ;
  • Le sihr. Un acte du sorcier, avec sa propre force, parfois assisté par les démons ;
  • Un cas contemporain. Le clerc chiite Sayyid Abdul Husayn Dastghaib Shirazi attribue la capacité de magie licite à la piété et à l’abstinence, et précise que celui qui la détient ne se prétend pas prophète.

Aucune source lue n’explique comment distinguer, dans les faits, un miracle d’un acte de sihr. La distinction se fait sur la croyance et sur l’attribution de l’origine, pas sur une preuve observable.

Cette difficulté éclaire une partie du débat sur le Shams al-Maarif. Ses défenseurs y voient un savoir sur les noms divins et les lettres, relevant d’un cadre soufi. Ses critiques y voient du sihr. Les deux camps utilisent la même distinction, mais ils ne la placent pas au même endroit.

Pour la place du livre dans le monde soufi, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende donne les repères établis. Et pour la partie sur les lettres, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? explique les bases du calcul.

Je ne tranche pas entre ces lectures. Je n’ai ni l’autorité religieuse ni les sources pour le faire. Si ta question est personnelle, demande l’avis d’une personne de confiance dans ta tradition.

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Que pense-t-on du sihr aujourd’hui ?

Les positions modernes sont tout aussi variées. Certains réformateurs rejettent la magie, d’autres la condamnent sévèrement, et des sondages montrent que la croyance reste largement répandue.

Voici ce que rapporte la page :

  • Une condamnation sévère. Muhammad ibn ʿAbd al-Wahhāb (1703-1792) comptait la sorcellerie parmi les rares péchés punis de mort. Au XXe siècle, al-Albānī affirmait que ceux qui croient que la magie agit d’elle-même n’entreront pas au paradis ;
  • Une lecture métaphorique. Des réformateurs comme Muhammad ʿAbduh, Rashīd Riḍā, Muhammad Asad et Sayyid Quṭb rejettent la magie et lisent les mentions de sorcellerie de façon symbolique ;
  • Un point juridique. Ahmed Ferky Ibrahim, professeur de droit islamique à McGill, affirme que la peine de mort pour magie, bien qu’ancrée dans l’histoire, était rarement appliquée, et que les poursuites massives sont un phénomène récent ;
  • Des enquêtes. Selon le Pew Research Center (2011-2012), une majorité de musulmans du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, de Turquie et d’Asie du Sud et du Sud-Est croit aux djinns, mais les croyances aux talismans et à la sorcellerie sont moins répandues. Boris Gershman (2022), à partir de sondages Pew dans 95 pays, trouve que plus de la moitié des musulmans croient à la sorcellerie et que plus une personne est pratiquante, plus elle y croit.

La page mentionne aussi des poursuites judiciaires dans certains pays. Elle cite par exemple, en 2007 et 2008, des condamnations pour « pratique de la magie » en Arabie saoudite, et la création d’une unité anti-sorcellerie dans ce pays en 2009. Je ne détaille pas ces affaires, mais elles rappellent que le mot sihr n’est pas qu’un sujet de livres : il a aussi une portée légale dans certains pays.

Cette réalité demande de la prudence. Si tu vis dans un pays où ces pratiques sont réprimées, ne te fie pas à un blog pour décider de ce que tu peux faire. Renseigne-toi sur la loi locale. Je n’ai pas de source pour chaque pays et je ne donne pas de conseil juridique.

Pour relier tout cela aux objets, Talisman en islam : ce que disent les sources sur les amulettes détaille le débat sur les amulettes, et Djinn en islam : qui sont-ils et que disent les sources ? fait le point sur les êtres invisibles. Les trois sujets se recoupent sans se confondre.

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En résumé

Le sihr est le terme coranique pour « magie ». Son sens varie selon les auteurs, et le Coran ne prescrit pas de peine pour sa pratique. Les savants du Moyen Âge sont divisés : certains la nient, d’autres l’acceptent sous conditions, d’autres la condamnent.

La distinction entre sihr et miracle repose sur l’origine attribuée au pouvoir, pas sur une preuve observable. Aujourd’hui, les avis vont de la condamnation sévère à la lecture métaphorique, et la croyance reste répandue selon les sondages.

Pour le Shams al-Maarif, l’accusation de sihr est une critique religieuse rapportée par les sources. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article Islam and magic sur Wikipédia (en anglais) ; Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? » ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012.

Questions fréquentes

Le Coran interdit-il la magie ?

Selon l’ouvrage cité par Wikipédia, le Coran n’interdit pas la magie en tant que telle et ne prescrit pas de peine pour sa pratique. Les interdits viennent plutôt de la tradition et du droit.

Quelle est la différence entre le sihr et un miracle ?

Pour Ibn Khaldūn, le miracle est un don divin, alors que le sihr est l’œuvre d’un sorcier qui agit par sa propre force, parfois avec l’aide des démons. La distinction porte sur l’origine du pouvoir.

Le Shams al-Maarif est-il du sihr ?

Des savants anciens l’ont jugé proche de la magie, selon Middle East Eye. D’autres le replacent dans le cadre soufi. Les sources lues ne tranchent pas, et le résultat vient de Dieu.

Les musulmans croient-ils tous à la sorcellerie ?

Non. Selon Wikipédia, les enquêtes montrent des niveaux très variables. Des réformateurs la rejettent, et la croyance aux talismans et à la sorcellerie est moins répandue que celle aux djinns.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.