Le soufisme est le courant mystique de l’islam, centré sur la purification intérieure, la spiritualité, le rituel et l’ascèse. Ce n’est pas une secte à part : on le trouve chez les sunnites comme chez les chiites. Il est né dès les débuts de l’islam, puis s’est organisé en voies, appelées tariqa.
On entend souvent « soufi » comme un mot flou, tantôt admiratif, tantôt méfiant. Dans les articles sur le Shams al-Maarif, il revient sans cesse : al-Būnī est présenté comme un maître soufi, et le livre aurait été destiné à une communauté fermée de soufis savants. Mais que veut dire exactement ce mot ?
La réponse est plus simple, et plus large, qu’on ne le croit. Le soufisme ne se réduit ni à la danse des derviches, ni à la magie, ni à un folklore. Il recouvre une longue histoire, des ordres reconnus, des mots précis et des débats vifs.
Dans cet article, je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée au soufisme, sur Noah Gardiner et sur Middle East Eye. Je ne parle pas à la place d’un croyant ni d’un spécialiste : je donne des repères, et je dis quand une source se tait.
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Qu’est-ce que le soufisme exactement ?
Le soufisme, en arabe al-taṣawwuf, est présenté par Wikipédia comme un courant mystique de l’islam. Ses pratiquants s’appellent des soufis. L’article rapporte plusieurs définitions, dont l’une le décrit comme « la dimension intérieure de l’islam ».
Voici les points que retient la source :
- Pas une secte. Le soufisme existe dans le sunnisme comme dans le chiisme. C’est une manière de vivre la religion, pas une confession distincte ;
- Quatre axes. Purification, spiritualité, rituel et ascétisme ;
- Une origine du mot. La plus probable est ṣūf, la laine, symbole d’ascèse : le soufi serait « celui qui porte la laine ». L’Encyclopédie de l’islam juge les autres hypothèses intenables, et al-Qushayrī comme Ibn Khaldūn ne retiennent que celle-ci ;
- D’autres pistes. Al-Bīrūnī proposait le grec sophos, « sagesse ». Des explications islamiques évoquent ṣafā (pureté), tazkiya (purification de soi) ou les Ahl al-Ṣuffa, compagnons pauvres du Prophète.
Soufisme (taṣawwuf) : courant mystique de l’islam centré sur la purification intérieure, la spiritualité, le rituel et l’ascèse. Le mot vient le plus probablement de ṣūf, « laine ».
Un détail mérite d’être noté. Le débat sur l’étymologie n’est pas anodin : il montre que même le nom du soufisme a été discuté dès le Moyen Âge. Les savants anciens eux-mêmes proposaient plusieurs origines, et la page ne tranche que pour la plus probable.
La page de Wikipédia sur le soufisme ne parle ni de magie, ni de talismans, ni de science des lettres. Elle décrit un courant spirituel, pas un ensemble de pratiques occultes. Il faut donc éviter de confondre les deux.
Cette précision est utile pour lire la suite. Quand un texte comme le Shams al-Maarif mêle lettres, noms divins et soufisme, il le fait dans un contexte précis. Mais cela ne veut pas dire que tout le soufisme relève de ces pratiques, ni que ces pratiques résument le soufisme.
D’où vient le soufisme et comment s’est-il organisé ?
Selon l’article, le consensus actuel place son émergence au Hedjaz, dès les débuts de l’islam. Il serait d’abord une réaction ascétique au luxe du califat omeyyade (661-750), sous l’influence de Ḥasan al-Baṣrī (mort en 728). Les chercheurs modernes rejettent les théories qui y voient une origine étrangère.
Voici les étapes citées :
- Les premiers ascètes. Des figures comme Ḥasan al-Baṣrī (mort en 728), Rābiʿa (mort en 801) et Junayd (mort en 910) sont les grandes références ;
- L’institutionnalisation au XIe siècle. Les pratiques s’organisent en ordres ;
- La renaissance entre le XIIIe et le XVIe siècle. La page parle d’un essor de la vie soufie à cette période ;
- Les critiques modernes. Vers 1900, nationalistes, modernistes et socialistes accusent le soufisme de superstition, mais le déclin annoncé ne s’est pas produit, selon l’article.
La page cite aussi plusieurs grands ordres, avec leur fondateur :
| Ordre | Fondateur (mort) | École juridique citée |
|---|---|---|
| Qādiriyya | ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī (1166) | Hanbalite |
| Suhrawardiyya | Abū l-Najīb Suhrawardī (1168) | Non précisée |
| Rifāʿiyya | Aḥmad al-Rifāʿī (1182) | Non précisée |
| Chishtiyya | Moinuddin Chishtī (1236) | Hanafite |
| Shādhiliyya | Abū l-Ḥasan al-Shādhilī (1258) | Malikite |
| Hamadāniyya | Sayyid ʿAlī Hamadānī (1384) | Non précisée |
| Naqshbandiyya | Bahāʾ al-Dīn Naqshband (1389) | Hanafite |
Quelques chiffres illustrent la rigueur de ces parcours. Selon la page, un Mevlevi accomplissait 1 001 jours de service en cuisine, puis 1 001 jours de retraite. Naqshband aurait passé une vingtaine d’années au service de son premier maître. Al-Jīlānī aurait fait vingt-cinq ans de retraite dans le désert avant de revenir à Bagdad en 1127.
Ces dates donnent une idée de la profondeur historique de la tradition. Quand al-Būnī vit au début du XIIIe siècle, selon la plupart des sources, les premiers ordres existent déjà depuis plus d’un siècle, et plusieurs grands maîtres, comme al-Jīlānī, ont déjà disparu. Il évolue donc dans un monde soufi organisé, avec ses lignées, ses règles et ses lieux de réunion.
Pour la région qui nous intéresse, la page note que le soufisme est populaire en Égypte, en Tunisie, en Algérie, au Soudan, au Maroc et au Sénégal. Elle cite l’émir Abdelkader en Algérie comme exemple de maître soufi. Pour le contexte algérien, Quel est le courant islamique dominant en Algérie ? Repères clairs donne des repères complémentaires.
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Quels mots clés faut-il connaître pour comprendre le soufisme ?
Cinq ou six mots suffisent pour s’y retrouver : tariqa, murshid, murīd, dhikr, fanāʾ et karāmāt. Ils reviennent partout dans les textes et les articles, y compris ceux qui parlent du Shams al-Maarif.
Voici ce que dit la page :
| Terme | Sens selon la source |
|---|---|
| Tariqa | Voie, congrégation autour d’un maître, rattachée à Muhammad par une chaîne de transmission (silsila) |
| Murshid | Guide spirituel |
| Murīd | Disciple |
| Dhikr | Remémoration de Dieu : répétition de noms divins, invocations, formes silencieuses ou collectives |
| Samāʿ | Cérémonies rituelles, dont la danse tournoyante des Mevlevis |
| Fanāʾ et baqāʾ | États symbolisant la dissolution des dualités |
| Karāmāt | Prodiges attribués aux saints |
| Laṭāʾif | Centres subtils, dont nafs, qalb et rūḥ |
Deux remarques pour bien lire ce tableau :
- Le but d’une tariqa. La page indique que la voie vise la tazkiya (purification) et l’iḥsān (excellence spirituelle). Ce ne sont pas des notions de magie ;
- Le dhikr et les noms divins. La répétition de noms de Dieu fait partie du rituel soufi. C’est une pratique de dévotion, que la page décrit comme telle. Le lien avec la science des lettres ou avec les talismans n’est pas fait par cette source.
Ce dernier point est important pour la suite. Pour comprendre ce qu’est le calcul des lettres sans le confondre avec la dévotion, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? présente les bases. Et pour le rôle du maître, Qu’est-ce qu’un maître soufi ? Rôle, voie et disciples détaille la relation entre guide et disciple.
À propos des prodiges (karāmāt), il faut rester précis. La page dit qu’on les attribue aux saints, pas qu’ils soient établis. Sur la différence avec la magie, Sihr en islam : magie, miracle et débats des savants rapporte les avis d’Ibn Khaldūn et d’autres.
Enfin, la page signale que la littérature soufie parle peu des djinns, tout en ne mettant jamais leur existence en doute. Djinn en islam : qui sont-ils et que disent les sources ? reprend ce point. On voit donc que le soufisme, dans ces sources, est d’abord un chemin spirituel.
Le soufisme est-il critiqué, et quel lien avec al-Buni ?
Oui, il est critiqué depuis longtemps, et par des courants très différents. Le lien avec al-Būnī passe par le fait qu’il est présenté comme un maître soufi, et que son livre aurait d’abord circulé dans un cercle soufi fermé.
Voici les critiques et les débats rapportés :
- Ibn Taymiyya. La page le décrit à la fois comme un défenseur d’un soufisme « sunnite » et comme un critique juridique rigoureux. Il admirait ʿAbd al-Qādir al-Jīlānī ;
- Le wahhabisme. Du XVIIIe siècle, il s’oppose au soufisme, avec une hostilité que la page qualifie de particulièrement violente ;
- Le salafisme. Il condamne les visites de tombeaux ;
- Les modernistes. Ils accusent le soufisme de superstition, depuis 1900 environ ;
- Les titres de ghawth ou de quṭb. Le fiqh classique les assimile à du shirk, selon la page ;
- La poésie. Le recours à l’ivresse comme image a suscité des doutes sur sa compatibilité avec l’islam ;
- La reconnaissance. La déclaration d’Amman de 2005, signée par 200 savants, reconnaît la validité du soufisme. Elle a été adoptée par l’OCI à La Mecque en décembre 2005, puis par six autres assemblées, dont l’Académie de fiqh de Djeddah en juillet 2006.
Les sources lues montrent un soufisme à la fois contesté et reconnu. Il n’y a pas d’avis unique sur lui chez les musulmans, et je n’en retiens aucun.
Venons-en à al-Būnī. Selon Gardiner, le Shams al-Maarif était destiné à l’origine à une communauté fermée de soufis savants. Middle East Eye rapporte que l’œuvre a été jugée proche de la magie par des savants comme Ibn Khaldūn et Ibn Taymiyya. La page sur le soufisme n’aborde pas ce volet : c’est Gardiner, et non cette page, qui rattache le livre à un milieu soufi.
Pour approfondir le personnage, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende donne les repères établis. Et pour le livre, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué en décrit les grandes parties sans mode d’emploi.
Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Le soufisme peut se vivre sans jamais ouvrir ce livre, et le livre peut se lire comme document historique sans adhérer à aucune voie.
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En résumé
Le soufisme est le courant mystique de l’islam, centré sur la purification, la spiritualité, le rituel et l’ascèse. Il existe chez les sunnites comme chez les chiites, et son nom vient le plus probablement de ṣūf, la laine.
Né dès les débuts de l’islam, il s’est organisé en ordres à partir du XIe siècle, avec des voies comme la Qādiriyya, la Shādhiliyya ou la Naqshbandiyya. Il est critiqué par les wahhabites, les salafis et certains modernistes, et reconnu par la déclaration d’Amman de 2005.
Le Shams al-Maarif est attribué à un maître soufi et fut destiné à un cercle de soufis savants. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article Sufism sur Wikipédia (en anglais) ; Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? » ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012.
Questions fréquentes
Le soufisme est-il une religion différente de l’islam ?
Non. Selon Wikipédia, c’est un courant mystique de l’islam, présent dans le sunnisme comme dans le chiisme, et non une confession distincte.
D’où vient le mot « soufi » ?
Le plus probablement de ṣūf, la laine, symbole d’ascèse. D’autres hypothèses existent, comme le grec sophos ou l’arabe ṣafā, mais l’Encyclopédie de l’islam les juge peu tenables.
Tous les soufis pratiquent-ils la magie ?
Aucune des sources lues ne le dit. La page sur le soufisme ne parle ni de magie ni de talismans. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Al-Buni était-il soufi ?
Les sources le présentent comme un maître soufi. Gardiner précise que son livre était destiné à l’origine à un cercle fermé de soufis savants.


