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Shams al-Maʿārif

Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ?

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 11 min de lecture
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Oui, on peut lire le Shams al-Maarif sans le pratiquer, comme on lit un document d’histoire. Les chercheurs le font depuis des années, à partir de manuscrits et d’éditions imprimées. Mais le livre lui-même met en garde contre la lecture par des personnes jugées indignes, et aucun résultat n’est promis.

Beaucoup de lecteurs posent la même question avant d’ouvrir ce livre : est-ce qu’on peut le lire sans que cela engage à quoi que ce soit ? La question est légitime. Le Shams al-Maarif traîne une réputation lourde, faite de peur, de légendes et de formules entendues de seconde main. Certains y voient un manuel dangereux, d’autres un simple monument de la culture arabe.

Entre les deux, il y a une position tenable : lire pour comprendre, sans passer à l’acte. C’est celle des historiens. Elle suppose pourtant de connaître quelques repères : ce que dit le texte de ses propres lecteurs, ce que lui reprochaient les savants, et ce que valent les éditions qui circulent aujourd’hui.

Dans cet article, je m’appuie surtout sur l’étude de Noah Gardiner, publiée en 2012, et sur Middle East Eye. Je dis ce que les sources disent, je signale ce qu’elles ne disent pas, et je ne promets rien.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Peut-on vraiment lire le Shams al-Maarif sans le pratiquer ?

Oui. Lire un texte n’oblige pas à en appliquer le contenu, et c’est précisément ce que font les chercheurs. Noah Gardiner, dans son étude parue dans le Journal of Arabic and Islamic Studies en 2012, a examiné plus de 200 manuscrits contenant près de 300 œuvres attribuées à al-Būnī, sans qu’il soit question pour lui de les mettre en œuvre.

Voici ce qui rend cette lecture possible et utile :

  • Le texte est un objet d’histoire. Il existe en manuscrits depuis le Moyen Âge, et en éditions imprimées depuis environ 1900, surtout au Caire et à Beyrouth, selon Gardiner ;
  • On peut le lire pour ses idées. Noms divins, lettres, astres, rapports entre le monde visible et le monde invisible : ce sont des thèmes que l’on étudie comme on étudie une pensée ;
  • On peut le lire pour sa réception. Les réactions de Ibn Taymiyya, d’Ibn Khaldūn ou du public populaire racontent déjà une histoire à elles seules ;
  • On peut le lire pour sa langue et ses images. Le vocabulaire, les chaînes de transmission, les récits d’apparition forment un ensemble qui intéresse les spécialistes de la littérature.

Gardiner écrit que la réputation moderne d’al-Būnī repose presque entièrement sur les éditions imprimées du Shams. Autrement dit, beaucoup de gens jugent l’auteur sur un livre qu’ils n’ont lu que par fragments, ou jamais.

Cela dit, il faut être honnête sur un point.Je suis maître marabout et je propose aussi ce livre sur ce site : les secrets dont je parle s’y trouvent. Un lecteur croyant peut se sentir concerné par des passages sur les noms divins ou les invocations. Un lecteur sensible peut être troublé par des récits de djinns. Chacun doit connaître sa propre limite, et la respecter.

Il faut aussi distinguer le sens de « pratiquer ». Réciter une prière qu’on connaît déjà n’a rien à voir avec suivre un programme de jeûne et de calculs. Quand je parle de lire sans pratiquer, je parle de ne rien appliquer des procédés du livre.

Pour situer l’œuvre avant de l’ouvrir, Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement donne les bases en quelques minutes. Et pour savoir ce qu’on y trouvera, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué décrit les grandes parties sans mode d’emploi.

Que dit le livre lui-même sur ses lecteurs ?

Il met en garde contre la lecture par des personnes jugées indignes. Gardiner rapporte que le texte déclare illicite de montrer ce livre à quelqu’un qui n’en est pas digne (pages 103 et 104 de son étude). C’est une phrase importante, car elle montre que l’auteur, ou ceux qui ont transmis le texte, pensaient à un public choisi.

Plusieurs éléments vont dans le même sens :

  1. La transmission orale. Selon Gardiner, les œuvres d’al-Būnī circulaient d’abord par l’enseignement personnel et par l’audition, appelée samāʿ ;
  2. Les séances de lecture. Des séances d’audition de ses textes ont eu lieu au cimetière de la Qarāfa, au Caire, en 622 de l’hégire, soit 1225 ;
  3. Les chaînes de transmission. Elles servent à garantir la légitimité du savoir transmis, pas à le rendre accessible à tous ;
  4. Les mises en garde internes. Le texte contient des formules qui demandent de ne pas livrer son contenu à n’importe qui.

Une précision utile : cette mise en garde ne dit pas que le texte est dangereux par lui-même. Elle dit qu’il ne doit pas être montré à n’importe qui. C’est une règle de transmission, comme on en trouve dans beaucoup de traditions savantes ou initiatiques.

Pour la tradition qui a transmis ces textes, le savoir des lettres et des noms demandait une préparation. Le lecteur non préparé était considéré comme exposé à un mauvais usage ou à un contresens. C’est un point de vue de tradition, que je rapporte sans le trancher.

Gardiner note aussi que la séparation entre contenus « occultes » et contenus « soufis » lui paraît artificielle (page 110). Elle relève, dit-il, d’une analyse de second ordre : ce sont les chercheurs d’aujourd’hui qui découpent, pas les textes. Dans ces écrits, jeûne, prière, noms divins et figures s’imbriquent.

Un exemple tiré de l’étude : dans un autre livre attribué à al-Būnī, les talismans doivent être contemplés en même temps que des programmes de jeûne et de prière, et certains, portés, offrent des bénéfices concrets (page 105). Je cite ce passage pour montrer la manière dont le texte lie pratique et dévotion, pas pour en faire une recommandation. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Que retenir pour un lecteur d’aujourd’hui ? Que le livre lui-même suppose un cadre : un maître, une transmission, une discipline. Lire sans ce cadre, c’est lire en spectateur. Ce n’est pas interdit, mais ce n’est pas non plus la lecture que prévoyait le texte. Pour le rôle du guide dans cette tradition, Qu’est-ce qu’un maître soufi ? Rôle, voie et disciples explique ce qu’on attendait d’un maître.

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Que reprochaient les savants à ce type de livre ?

Ils lui reprochaient surtout de glisser vers la magie, ce que l’islam condamne. Gardiner rapporte l’avis de plusieurs grands noms, qui montrent que la méfiance ne date pas d’hier.

SavantDate de mortCe que rapporte Gardiner
Ibn Taymiyya728 de l’hégire (1328)Accuse al-Būnī et ses semblables d’adorer les astres et d’être sous l’emprise des démons
Ibn Khaldūn808 de l’hégire (1406)Assimile la science des lettres à la magie (siḥr), contraire à la loi divine
Ibn al-KhaṭībXIVe siècleCraint qu’un musulman ordinaire prenne un autre livre d’al-Būnī pour un simple recueil de prières

Ces avis sont sévères, mais ils ne sont pas les seuls. Gardiner signale aussi qu’Ibn al-Zayyāt mentionne la tombe d’al-Būnī à la Qarāfa comme lieu de vénération. Des savants le critiquaient, d’autres le respectaient : la réception a toujours été partagée.

Pour un lecteur qui veut rester prudent, ces avis donnent trois repères :

Je ne suis pas un savant religieux et ce site ne donne aucun avis juridique. Si tu te demandes ce qui est permis pour toi, adresse-toi à une personne qualifiée de ta propre tradition.

Il faut ajouter que les critiques les plus fortes visent la pratique, pas la lecture. Les sources que j’ai lues ne disent pas qu’il est interdit de lire le livre ou d’en parler. Elles discutent de ce qu’on en fait. Je ne tire pas de cela une règle générale : je dis seulement ce que ces sources contiennent.

Enfin, une remarque sur l’ampleur du sujet. Middle East Eye, dans son article du 26 janvier 2023, rapporte que le livre est craint dans une grande partie du Moyen-Orient, et que cette crainte nourrit encore des rumeurs. Pour mieux comprendre cette peur, Shams al-Maarif craint : pourquoi ce livre fait-il peur au Moyen-Orient ? en détaille les raisons.

Découvre les secrets des marabouts et des érudits africains, expliqués dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Comment lire ce livre sans se perdre ni s’égarer ?

Avec quelques réflexes simples. Aucun n’est une garantie, mais ils t’évitent les pièges les plus fréquents, surtout si tu découvres le sujet.

Voici une méthode en six étapes :

  1. Commence par le contexte. Lis d’abord ce qu’on sait d’al-Būnī et de son époque, avant d’ouvrir le texte. Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende donne un point de départ solide ;
  2. Vérifie ce que tu lis. Gardiner montre que les trois versions Ṣughrā, Wusṭā et Kubrā ne sont pas attestées dans les manuscrits médiévaux. Le titre « al-Kubrā » a été ajouté plus tard, comme dans le manuscrit BnF arabe 2649, copié au Caire en 913 de l’hégire (1508) ;
  3. Repère les ajouts. Le texte contient des interpolations, dont une citation datée de 670 de l’hégire (1271-1272). Une édition moderne mélange donc des couches de dates différentes ;
  4. Sépare le récit de la consigne. Un passage peut raconter, décrire ou prescrire. Demande-toi toujours lequel des trois tu as sous les yeux ;
  5. Garde une distance critique. Ce que le livre affirme sur des effets, des apparitions ou des pouvoirs est ce qu’il affirme, pas ce qui est établi ;
  6. Arrête-toi si cela te trouble. Aucun lecteur n’est obligé d’aller au bout. Reposer le livre est une réponse tout à fait raisonnable.

Sur le second point, un détail compte : le Shams médiéval est, selon Gardiner, un texte relativement stable d’environ 120 folios, alors que les éditions imprimées plus tardives sont bien plus étoffées. Si tu veux savoir de quelle version on parle, Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ? fait le point, et Shams al-Maarif danger : le livre est-il vraiment dangereux ? rassemble les arguments pour et contre.

Enfin, si ta curiosité va plus loin que ce texte, Shams al-Maarif ou Picatrix : lequel lire et pourquoi ? compare le livre avec un autre grand texte du même genre.

Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.

En résumé

On peut lire le Shams al-Maarif sans le pratiquer, comme les chercheurs lisent un document d’histoire. Noah Gardiner a étudié plus de 200 manuscrits sans en faire un mode d’emploi, et il montre que la réputation moderne du livre vient surtout des éditions imprimées.

Le texte lui-même met en garde contre la lecture par des personnes indignes, et plusieurs savants, comme Ibn Taymiyya et Ibn Khaldūn, l’ont rapproché de la magie. D’autres le vénéraient. Pour bien lire, il faut vérifier l’édition, repérer les ajouts et séparer le récit de la consigne. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012 ; Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? ».

Questions fréquentes

Est-il dangereux de lire le Shams al-Maarif ?

Les sources que j’ai lues ne démontrent aucun danger lié à la simple lecture. Elles discutent surtout de la pratique. Si un passage te trouble, tu peux t’arrêter. Aucun résultat n’est promis, ni dans un sens ni dans l’autre.

Pourquoi le livre dit-il de ne pas le montrer aux indignes ?

Selon Gardiner, le texte déclare illicite de le montrer à quelqu’un qui n’en est pas digne. C’est une règle de transmission, courante dans les traditions de savoir réservé, plus qu’une preuve de dangerosité.

Quelle édition faut-il lire pour une approche historique ?

Gardiner indique que les versions Ṣughrā, Wusṭā et Kubrā ne sont pas attestées dans les manuscrits médiévaux et que les éditions imprimées mêlent des couches plus tardives. Une édition annotée, qui précise ses sources, est donc préférable.

Les savants ont-ils interdit la lecture du livre ?

Dans les sources lues, les critiques d’Ibn Taymiyya et d’Ibn Khaldūn visent surtout la pratique et le rapprochement avec la magie. Je n’y ai pas trouvé d’interdiction de lecture. Pour un avis religieux, consulte une personne qualifiée.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.