Le Shams al-Maarif et le Picatrix sont deux grands livres de la tradition arabe, mais ils ne traitent pas du même sujet. Le premier est attribué à al-Būnī et tourne autour des lettres, des noms divins et des carrés. Le second, Ghāyat al-ḥakīm, est un manuel d’astrologie et de magie astrale composé au Xe ou XIe siècle.
Si tu cherches « Shams al-Maarif ou Picatrix », tu hésites probablement entre deux lectures, ou tu veux savoir si l’un remplace l’autre. La réponse courte est non : ce sont deux livres différents, d’époques et d’objets différents, que la réputation rapproche plus que leur contenu.
Les deux sont souvent classés ensemble dans les « grimoires arabes ». Ce mot commode cache pourtant de vraies différences d’origine, de structure et de transmission. Un lecteur qui les confond risque de chercher dans l’un ce qui se trouve dans l’autre.
Dans cet article, je compare les deux à partir de Wikipédia, de Middle East Eye et de Noah Gardiner. Je ne donne ni formule ni mode d’emploi, et je ne te dis pas lequel est « le plus puissant » : aucune source sérieuse ne permet de mesurer cela. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
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Qu’est-ce que le Picatrix, et qu’a-t-il en commun avec le Shams al-Maarif ?
Le Picatrix, en arabe Ghāyat al-ḥakīm, « le but du sage », est un recueil d’environ 400 pages sur la magie et l’astrologie. Selon Wikipédia, il a été composé en arabe et il synthétise des ouvrages plus anciens. Il partage avec le Shams al-Maarif le goût des talismans et des correspondances astrales.
Voici les repères que donne la source sur le Picatrix :
- Époque. La plupart des spécialistes le situent vers le milieu du XIe siècle, mais l’article signale qu’une datation de la première moitié du Xe siècle a été défendue. Le texte lui-même indique qu’il fut achevé en 348 de l’hégire, soit vers 959 ;
- Auteur. L’attribution traditionnelle à Maslama ibn Aḥmad al-Majrīṭī, mathématicien andalou, est contestée. Al-Majrīṭī est mort entre 1005 et 1008, des décennies après la composition annoncée, et aucune de ses biographies ne mentionne l’ouvrage. Une étude propose plutôt Maslama ibn Qāsim al-Qurṭubī, mort en 964. On parle d’un « pseudo-Majrīṭī » ;
- Structure. Quatre livres, sans exposé très systématique ;
- Sujets. Les stations lunaires, les images talismaniques, les encensements, des invocations planétaires, et un cadre cosmologique qui relie Dieu, le monde et l’être humain ;
- Sources. Jābir ibn Ḥayyān, les Frères de la pureté (Ikhwān al-Ṣafā), l’Agriculture nabatéenne d’Ibn Waḥshiyya, et des textes hermétiques, sabéens et astrologiques.
Quels points communs avec le Shams al-Maarif ? Les deux livres s’intéressent aux talismans et aux liens entre le ciel et le monde terrestre. Selon Middle East Eye, les tableaux du Shams al-Maarif sont liés à des alignements planétaires, et Wikipédia relève dans le Picatrix des rituels planétaires et des images pour les mansions lunaires.
Les deux ont aussi connu des attributions fragiles. Le Picatrix est mis sur le compte d’un auteur dont la paternité est contestée. Le Shams al-Maarif est attribué à al-Būnī, mais selon Gardiner la grande version imprimée est en grande partie un produit du début du XVIIe siècle. Pour cette histoire, lis Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ?.
Un dernier point commun : leur réputation dépasse largement ce que les lecteurs en connaissent. Peu de gens ont lu l’un ou l’autre en entier, et beaucoup en parlent d’après des extraits ou des légendes.
Shams al-Maarif ou Picatrix : quelles sont les vraies différences ?
La différence principale tient à l’objet. Le Picatrix est d’abord un traité d’astrologie et de magie astrale, qui s’appuie sur les planètes et les stations lunaires. Le Shams al-Maarif met au premier plan les lettres, les noms de Dieu, les nombres et les carrés.
Voici une comparaison fondée sur les sources lues :
| Point | Picatrix | Shams al-Maarif |
|---|---|---|
| Titre arabe | Ghāyat al-ḥakīm | Shams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārif |
| Époque de composition | Xe ou XIe siècle, selon les hypothèses | Texte médiéval attribué à al-Būnī (mort vers 1225) ; grande version surtout du XVIIe siècle |
| Auteur | Incertain (« pseudo-Majrīṭī ») | Al-Būnī, attribution discutée pour la grande version |
| Axe principal | Astrologie, images talismaniques, stations lunaires | Noms divins, lettres, nombres, carrés magiques |
| Cadre | Hermétisme, astrologie hellénistique, traditions orientales | Soufisme et science des lettres |
| Structure | Quatre livres | Deux volumes, chapitres non numérotés jusqu’à 40 |
| Transmission en Europe | Traduit en espagnol sous Alphonse X, puis en latin | Lecture surtout dans le monde musulman, avec des traductions partielles récentes |
Une observation à partir de ce tableau : le Picatrix est entré tôt dans les bibliothèques européennes. Selon Wikipédia, le prologue latin dit qu’Alphonse X de Castille en fit traduire l’arabe en espagnol entre 1256 et 1258, et la version latine vint ensuite, d’après les manuscrits espagnols. Wikipédia ajoute que le texte a influencé la magie naturelle de la Renaissance, de Ficin à Campanella, en passant par Pic de la Mirandole et Agrippa.
Le Shams al-Maarif a eu une autre vie. Selon Gardiner, il a été copié et lu dans le monde musulman jusqu’au XIXe siècle, et il était destiné à l’origine à une communauté fermée de soufis savants. Cela explique que sa lecture suppose souvent un cadre religieux et linguistique précis.
La différence de cadre est essentielle. Le Picatrix se rattache à une culture savante où se mêlent astrologie et philosophie hermétique. Le Shams al-Maarif s’inscrit dans un contexte soufi, où les lettres et les noms divins sont des objets de méditation avant d’être des outils. Le comparer n’a de sens que si l’on garde cet écart en tête.
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Lequel lire selon ce que tu cherches ?
Tout dépend de ton objectif. Pour la science des lettres, les noms divins et le monde soufi, le Shams al-Maarif est plus proche de ta question. Pour l’astrologie arabe et les rapports entre planètes et images, le Picatrix répond mieux.
Voici un guide simple, que je donne comme une aide à la réflexion et non comme un verdict :
- Tu t’intéresses au soufisme et aux noms de Dieu. Le Shams al-Maarif, ou plutôt les textes soufis attribués à al-Būnī comme Hidāyat al-qāṣidīn, sont plus proches de ce sujet ;
- Tu t’intéresses aux carrés magiques et aux nombres. Le Shams al-Maarif en parle dès ses premiers chapitres, selon Wikipédia. Pour la partie mathématique, lis Qu’est-ce qu’un carré magique ? Définition, exemples et histoire ;
- Tu t’intéresses à l’astrologie médiévale et à la Renaissance. Le Picatrix a joué un rôle dans cette histoire, d’après Wikipédia ;
- Tu t’intéresses à l’histoire des textes. Les deux posent des problèmes d’attribution, et l’étude de Gardiner est un bon point d’entrée pour le premier ;
- Tu veux une lecture complète et traduite. Cherche une édition qui précise sa source, qu’il s’agisse de l’un ou de l’autre.
La page Wikipédia sur le Picatrix ne mentionne ni le Shams al-Maarif ni al-Būnī. Les sources lues ne permettent donc pas d’affirmer que l’un ait influencé l’autre.
Ce point mérite d’être dit clairement. On trouve souvent des pages qui présentent le Shams al-Maarif comme « le Picatrix des soufis » ou l’inverse. Ces formules sont des raccourcis. Elles aident à situer les livres, mais elles ne reposent sur aucune filiation établie dans les sources que j’ai lues.
Si tu hésites toujours, pose-toi la question de la finalité : veux-tu comprendre une culture, ou obtenir quelque chose ? La première démarche est possible avec les deux livres. La seconde n’est soutenue par aucune source sérieuse. Pour la liste des livres d’al-Būnī, Quels sont les livres écrits par Ahmad al-Buni ? Liste prudente donne les titres les mieux attribués.
Comment lire ces livres avec un esprit critique ?
Commence par l’édition et la traduction, pas par les promesses. Un bon réflexe consiste à demander qui a édité le texte, à partir de quels manuscrits, et dans quelle langue. Méfie-toi des pages qui annoncent des effets.
Voici une méthode en cinq réflexes :
- Vérifie l’attribution. Un titre célèbre ne prouve pas l’auteur. Le Picatrix est attribué à un auteur douteux, et la Kubrā du Shams al-Maarif est en grande partie tardive ;
- Distingue l’original et la compilation. Les deux ouvrages assemblent des matériaux plus anciens ;
- Repère le cadre. Soufisme pour l’un, astrologie et hermétisme pour l’autre ;
- Sépare ce que le texte dit de ce qu’on raconte. Les récits en ligne sur des effets réels ne reposent sur aucune source sérieuse ;
- Garde une distance. Lire un grimoire comme un document d’histoire est une démarche. L’utiliser comme un mode d’emploi en est une autre, que je ne recommande pas.
Pour le débat sur la valeur d’une « version d’origine », voir Shams al Maarif original : existe-t-il vraiment une version d’origine ?. Pour une description prudente du contenu, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué.
Les affirmations du type « tel livre est plus puissant que tel autre » n’ont aucune base dans les sources lues. Considère-les comme des arguments de vente ou des légendes.
Au bout du compte, la meilleure lecture est celle qui te laisse informé. Si tu veux te concentrer sur l’œuvre attribuée à al-Būnī, choisis une version complète qui indique sa source. Si tu veux comparer les traditions, lis les deux avec leurs notes et leurs introductions critiques, en gardant en tête que les textes ont été transformés par leurs copistes.
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En résumé
Le Shams al-Maarif et le Picatrix sont deux livres différents. Le Picatrix, ou Ghāyat al-ḥakīm, est un recueil d’environ 400 pages d’astrologie et de magie astrale, composé en arabe au Xe ou XIe siècle, d’auteur incertain, traduit sous Alphonse X puis en latin.
Le Shams al-Maarif est attribué à al-Būnī, mort vers 1225, et tourne autour des lettres, des noms divins et des carrés. Selon Gardiner, sa grande version est surtout un produit du XVIIe siècle.
Les deux partagent l’intérêt pour les talismans et les liens avec les planètes, mais aucune source lue ne montre une influence de l’un sur l’autre. Choisis selon ton objectif : soufisme et lettres d’un côté, astrologie et Renaissance de l’autre.
Quel que soit ton choix, lis avec esprit critique. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article Picatrix sur Wikipédia (en anglais) ; article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais) ; Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? » ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012.
Questions fréquentes
Le Picatrix est-il un livre soufi ?
Les sources lues le présentent comme un recueil d’astrologie et de magie astrale, nourri de textes hermétiques et astrologiques. Elles ne le décrivent pas comme un livre soufi.
Le Picatrix a-t-il été écrit par al-Būnī ?
Non. Le Picatrix est attribué, de façon contestée, à Maslama al-Majrīṭī ou à un autre Maslama. Al-Būnī est lié au Shams al-Maarif, et Wikipédia ne l’associe pas au Picatrix.
Lequel de ces livres est le plus ancien ?
Le Picatrix est généralement daté du Xe ou du XIe siècle. Le Shams al-Maarif médiéval est attribué à al-Būnī, mort vers 1225, mais la grande version imprimée est surtout du XVIIe siècle, selon Gardiner.
L’un des deux livres donne-t-il des résultats garantis ?
Non. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Aucune source sérieuse ne le démontre pour l’un ou pour l’autre.


