Il n’existe pas un seul Shams al Maarif original. Avant l’imprimerie, trois volumes de longueurs différentes circulaient, et la grande version actuelle est en grande partie une compilation du XVIIe siècle. Ce que l’on appelle « l’original » est donc surtout une édition arabe précise, imprimée au XXe siècle.
Quand on cherche un « Shams al Maarif original », on imagine souvent un texte unique, écrit par un seul homme, que des copistes auraient fidèlement transmis jusqu’à nous. Cette image est rassurante. Elle est aussi fausse, ou du moins très incomplète.
Le mot « original » est d’ailleurs l’un des plus utilisés par ceux qui vendent des fichiers et des livres sur ce sujet. Une édition « originale », un PDF « authentique », une version « complète » : ces formules circulent partout, rarement accompagnées de la moindre précision. On t’assure que c’est le bon texte, sans te dire lequel.
Dans cet article, je t’explique ce que « original » peut vouloir dire pour ce livre, ce que disent les chercheurs sur ses versions, comment repérer une édition sérieuse parmi les copies, et si la recherche de l’original est vraiment ce dont tu as besoin.
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Existe-t-il un Shams al Maarif original ?
Non, il n’existe pas de Shams al Maarif original unique et vérifié. Les chercheurs décrivent plusieurs versions, un texte qui varie d’une édition à l’autre et une grande version largement compilée au XVIIe siècle. On peut parler d’éditions de référence, pas d’un original.
Voici ce que disent les sources, une par une.
Selon Wikipédia, avant l’imprimerie, trois volumes de longueurs différentes circulaient sous le titre de Shams al-Maʿārif. Wikipédia mentionne aussi un autre manuscrit du même titre, conservé à la Bibliothèque nationale de Damas et centré sur la cosmologie plutôt que sur la magie. Ce manuscrit est même proposé comme authentique.
Selon le chercheur Noah Gardiner, la grande version, al-Kubrā, est « en des points importants un produit du début du XVIIe siècle ». Il propose que cinq œuvres puissent être attribuées avec le plus de sûreté à Aḥmad al-Būnī, l’auteur traditionnel. Il montre aussi que certains passages ont été repris des travaux d’un autre savant, ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī.
Enfin, la chercheuse Liana Saif écrit que le contenu du livre est « instable » et que les variations se repèrent facilement d’une édition imprimée à l’autre. Elle ajoute que les éditions populaires sont une compilation du XVIIe siècle, peut-être due à des disciples plus tardifs.
Selon Liana Saif, on dit que la plus ancienne édition imprimée aurait été publiée par al-Azhar vers 1900 et qu’elle serait aujourd’hui perdue. Elle présente cela comme une rumeur, sans preuve.
Voici ce que cela donne en pratique :
| Ce que l’on appelle « original » | Ce qu’il en est vraiment |
|---|---|
| Le manuscrit d’al-Būnī | Aucun manuscrit n’est présenté comme son texte d’origine. |
| La grande version, al-Kubrā | Largement une compilation du début du XVIIe siècle. |
| Le manuscrit de Damas | Un texte du même titre, centré sur la cosmologie. |
| L’édition de 1900 | Une rumeur, sans preuve, selon Liana Saif. |
| L’édition de Beyrouth de 1985 | Une édition imprimée réelle, publiée par al-Maktaba al-Shaʿbiyya. |
Il ne faut pas en conclure que le livre est une imposture. Il est plutôt le résultat de plusieurs siècles de copies, de commentaires et d’ajouts. Pour mieux comprendre cette formation, je t’invite à lire Quelle est l’origine de Shams al-Ma’arif ? Auteur, époque et histoire du texte.
La conséquence est simple : quand on te vend « l’original », la bonne question est « lequel ? ». Tant que la réponse n’est pas précise, le mot ne veut rien dire.
Comment reconnaître une édition sérieuse du Shams al Maarif original ?
Une édition sérieuse précise son éditeur, sa ville, son année et la version du texte qu’elle reproduit. Elle montre des tableaux lisibles et ne promet pas un texte « secret » ou « interdit ». Ces points se vérifient sans être spécialiste.
Aucun critère ne prouve à lui seul qu’une édition est fidèle, puisque le texte lui-même varie. Mais plusieurs signaux permettent d’écarter les mauvaises copies.
- L’éditeur et l’année sont indiqués. Une édition qui ne dit pas d’où elle vient est difficile à situer.
- La version est précisée. Il faut savoir s’il s’agit de la grande version, al-Kubrā, ou de la petite, al-Ṣughrā.
- Le nombre de pages est cohérent. Selon Wikipédia, la table des matières de l’édition imprimée compte une quarantaine de chapitres, appelés faṣl. Un fichier de quelques pages ne peut pas en contenir l’ensemble.
- Les tableaux sont nets. Les grilles de lettres et de chiffres doivent être lisibles, sans cases coupées ni recopiées à la main.
- Le discours est sobre. Un vendeur qui parle de pouvoirs garantis ou de livre « interdit que l’on cache » vend du mystère, pas un texte.
- Les sources sont citées. Une traduction sérieuse dit à partir de quelle édition elle a été faite.
Méfie-toi des formules comme « seule version authentique » ou « texte original introuvable ailleurs ». Les chercheurs eux-mêmes ne parlent pas d’un seul texte d’origine, donc personne ne peut te vendre honnêtement « l’original ».
Les pièges les plus courants autour de ce mot sont de quatre sortes :
- le PDF « original » qui n’est qu’un extrait de quelques pages ;
- le scan d’une édition arabe vendu sans aucune indication d’origine ;
- la traduction automatique présentée comme une traduction savante ;
- le « manuscrit rare » proposé avec une provenance inventée, sans aucune preuve.
Sur les fichiers qui circulent en ligne, j’ai écrit un article complet : Shams al Maarif PDF : ce qu’il faut savoir avant de télécharger un fichier. Tu y trouveras les signaux d’alerte les plus courants, du fichier qui demande d’installer un logiciel à la page pleine de faux boutons.
Rappelle-toi aussi que ce sont des pratiques de tradition, et que personne ne peut promettre un résultat à partir de l’une ou l’autre édition. La qualité d’un texte ne se mesure pas aux effets qu’on lui prête.
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Où trouver un Shams al Maarif original ?
On trouve des éditions arabes imprimées chez des libraires du monde arabe, et des manuscrits d’al-Būnī dans certaines bibliothèques universitaires. Il n’existe pas de lieu officiel où acheter « l’original ». Le plus prudent est de vérifier l’édition avant tout achat.
Les sources donnent quelques repères. Selon Wikipédia, un manuscrit attribué à al-Būnī, intitulé Kabs al-iktidā, est conservé à la bibliothèque de l’Université de Durham, au Royaume-Uni. Un traité sur les usages des quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu se trouve dans la Khalili Collection. Ce sont des œuvres de la tradition bunienne, et non le Shams al-Maʿārif lui-même.
Quant aux éditions imprimées, Liana Saif raconte avoir acheté des ouvrages de ce genre chez des libraires du centre d’Amman, en Jordanie. Elle note que leurs clients étaient surtout de « faux cheikhs ». C’est un témoignage de terrain, qui montre que ces livres circulent dans des circuits commerciaux ordinaires, mais aussi que le public n’y est pas toujours bien intentionné.
Voici les circuits que l’on rencontre le plus souvent :
| Circuit | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Librairies spécialisées du monde arabe | Éditions imprimées, de qualité variable, en arabe. |
| Bibliothèques universitaires | Manuscrits consultables sur place, en général pour la recherche. |
| Sites de téléchargement | Scans sans source, extraits, fichiers parfois piégés. |
| Réseaux sociaux et forums | Rumeurs, copies partielles, vendeurs qui contactent sans que tu aies rien demandé. |
| Traductions partielles publiées | Selon Wikipédia, des traductions partielles existent en anglais, en espagnol, en turc et en ourdou. |
Une règle simple s’applique à tous ces circuits : n’envoie jamais d’argent à quelqu’un qui te contacte pour te proposer « le manuscrit original ». La police cantonale vaudoise rappelle, à propos des faux voyants et marabouts, qu’il ne faut pas donner suite aux sollicitations qui arrivent sans que l’on ait rien demandé.
Si ton objectif est de lire le livre et non de le collectionner, la question change. Il ne s’agit plus de trouver un objet rare, mais de comprendre un texte. Je compare les options pour un lecteur francophone dans Le livre Shams al Maarif en français : quelle version choisir ?.
Faut-il vraiment chercher un Shams al Maarif original ?
Pour la plupart des lecteurs, non. Chercher « l’original » a peu de sens si tu ne lis pas l’arabe classique, puisque le texte arabe reste très difficile. Une traduction complète, qui précise sa source et explique les termes techniques, est plus utile.
Reprenons ce que l’on vient de voir. L’original unique n’existe pas, les éditions varient, et l’arabe du livre suppose le calcul abjad, un vocabulaire ésotérique et une connaissance de la tradition. J’ai détaillé ces difficultés dans Shams al Maarif en arabe : éditions, difficultés et choix d’une version.
Selon ton profil, voici ce qui est le plus pertinent :
- Tu es chercheur ou étudiant en arabe classique : consulte les éditions et les travaux universitaires, comme ceux de Noah Gardiner et de Liana Saif.
- Tu es lecteur curieux : choisis une traduction complète qui dit à partir de quelle édition elle a été faite.
- Tu es collectionneur : demande une preuve de provenance précise avant tout achat.
- Tu veux simplement comprendre : lis d’abord un article de présentation, comme Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement.
Il y a un risque que l’on oublie : celui de dépenser du temps et de l’énergie à chercher un objet rare, alors que le vrai besoin est de comprendre le contenu. Un livre que l’on possède sans pouvoir le lire n’apprend rien. Une bonne traduction, en revanche, te permet de relire, de comparer et de vérifier par toi-même ce que dit le texte, sans dépendre des rumeurs.
Une dernière chose. Ne confonds pas authenticité et efficacité. Même si l’on trouvait un texte parfaitement fidèle à une source ancienne, cela ne prouverait rien sur les effets que la tradition attribue à ses pratiques. Ce sont des croyances, et le résultat vient de Dieu.
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En résumé
Il n’existe pas de Shams al Maarif original unique. Avant l’imprimerie, trois volumes de longueurs différentes circulaient, et un autre manuscrit du même titre, conservé à Damas, traite de cosmologie. Selon Noah Gardiner, la grande version, al-Kubrā, est largement un produit du début du XVIIe siècle, avec des passages repris d’al-Bisṭāmī.
Les éditions imprimées varient entre elles, selon Liana Saif. L’édition d’al-Azhar de 1900 relève de la rumeur, alors que celle de Beyrouth de 1985 est bien attestée. Quand on te propose « l’original », la bonne question est « lequel ? », et la réponse doit être précise.
Une édition sérieuse indique son éditeur, son année et sa version, présente des tableaux lisibles et cite ses sources. Méfie-toi des PDF « originaux » sans origine, des traductions automatiques et des vendeurs qui te contactent sans que tu aies rien demandé.
Pour un lecteur qui ne lit pas l’arabe classique, une traduction complète et expliquée est plus utile qu’un scan. Ce sont des pratiques de tradition, et aucun résultat n’est garanti, quelle que soit l’édition.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais) ; article Ahmad al-Buni sur Wikipédia (en anglais) ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies ; article de Liana Saif sur le Leiden Islam Blog, 2022 (en anglais).
Questions fréquentes
Existe-t-il un manuscrit original du Shams al Maarif ?
Aucune source sérieuse ne présente un manuscrit comme le texte d’origine d’al-Būnī. Selon les chercheurs, la grande version est largement une compilation du XVIIe siècle.
Quelle est la plus ancienne édition imprimée ?
On dit qu’une édition d’al-Azhar vers 1900 serait la plus ancienne, mais c’est une rumeur sans preuve, selon Liana Saif. L’édition de Beyrouth de 1985 est, elle, bien attestée.
Comment savoir si un PDF est le vrai Shams al Maarif ?
Vérifie l’édition d’origine, la version du texte, le nombre de pages et la lisibilité des tableaux. Si le fichier ne donne aucune de ces informations, tu ne sais pas ce que tu as.
Une traduction est-elle moins fiable que l’original ?
Pas forcément. Une traduction complète, qui indique son édition source et explique les termes techniques, est souvent plus utile qu’un texte arabe que l’on ne peut pas lire.


