Le Shams al-Maarif est craint parce que des savants anciens l’ont jugé proche de la sorcellerie, parce qu’il parle de djinns et de talismans, et parce que des histoires effrayantes circulent à son sujet. Selon Middle East Eye, cette peur repose surtout sur des critiques religieuses et des récits populaires, pas sur des preuves.
Tu as sans doute déjà entendu que ce livre « ne se lit pas », qu’il « attire des ennuis » ou qu’on ne doit pas le garder chez soi. Ces phrases reviennent partout, sur les forums comme dans les vidéos. Elles produisent un effet réel : beaucoup de gens n’osent même pas ouvrir le livre.
Pourtant, quand on cherche d’où vient cette peur, on trouve plusieurs couches très différentes. Il y a une critique religieuse ancienne, une réputation de grimoire, et une couche de légendes modernes qu’aucune source ne vérifie. Les mélanger donne une impression de danger flou.
Dans cet article, je sépare ces couches à partir de Middle East Eye, de Wikipédia et de l’étude de Noah Gardiner. Je ne cherche ni à te rassurer ni à t’effrayer : je te montre ce qui est documenté et ce qui ne l’est pas.
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Pourquoi le Shams al-Maarif est-il craint au Moyen-Orient ?
La première raison est religieuse. Selon Middle East Eye, des savants comme Ibn Khaldūn et Ibn Taymiyya ont rejeté l’œuvre d’al-Būnī en la qualifiant de sihr, c’est-à-dire de magie, et ont traité son auteur d’hérétique. Wikipédia relève aussi la critique d’Ibn Taymiyya.
Voici les principales raisons avancées, avec leur source :
- La critique de savants. Pour Middle East Eye, elle remonte au XIVe siècle. Selon Gardiner, il s’agissait toutefois de « quelques savants prémodernes », pas de l’ensemble du monde musulman ;
- Le thème des djinns. Le même article affirme qu’al-Būnī propose des moyens d’entrer en contact avec eux, ce qui lui a valu des accusations de sorcellerie. Je n’ai pas pu vérifier le détail de ces passages ;
- Les talismans et les charmes. L’article cite des guides de talismans et des charmes pour les récoltes, la richesse ou l’amour ;
- Le secret. Selon l’article, le livre lui-même interdit de le montrer à ceux qui sont hors du groupe ou jugés indignes ;
- Un hadith cité par les critiques. Il dit que trois catégories de personnes n’entreront pas au paradis, dont celui qui croit à la magie.
Middle East Eye ne décrit aucune interdiction officielle du livre par un État. La peur qu’il décrit vient de critiques de savants, d’interdits religieux et de croyances populaires.
Ce point surprend beaucoup de lecteurs. On croit parfois que le livre est « banni », alors que la source consultée ne l’affirme pas. Elle parle d’un contentieux religieux, pas d’une loi. Pour une réponse plus directe à la question du danger, lis Shams al Maarif danger : le livre est-il vraiment dangereux ?.
Gardiner ajoute une nuance qui change la lecture. Selon Middle East Eye, il explique que les écrits d’al-Būnī ont malgré tout été largement copiés et lus jusqu’au XIXe siècle par des musulmans instruits, pieux et parfois puissants. Il y voit encore aujourd’hui un public important.
Autrement dit, le livre a été à la fois critiqué et lu. Ce n’est pas contradictoire : une œuvre peut être contestée par certains savants et respectée par d’autres. C’est même le cas de beaucoup de textes soufis.
Sihr : terme arabe qui désigne la magie ou la sorcellerie. Dans la critique religieuse, accuser un texte de sihr revient à dire qu’il sort du cadre admis par l’islam.
Que dit-on du Shams al-Maarif, et que valent ces récits ?
Beaucoup de choses circulent, mais très peu se vérifient. Les récits les plus répandus parlent de mariages avec des djinns, de malédictions ou de maisons hantées. Middle East Eye en rapporte un, sans le vérifier, et le présente comme une histoire en ligne.
Voici comment je classe ce qu’on lit :
| Ce qu’on lit | Ce que disent les sources |
|---|---|
| « Des savants anciens ont condamné le livre » | Documenté, selon Middle East Eye et Wikipédia |
| « Le livre est interdit par la loi » | Non confirmé par la source consultée |
| « Un homme a épousé une djinn, qui a tué sa famille » | Histoire en ligne, non vérifiée |
| « Le livre guérit ou protège » | Aucune preuve dans les sources lues |
| « Le livre est maudit » | Croyance, sans base vérifiable |
Prenons l’histoire du mariage. Middle East Eye la décrit comme un récit répété sur des forums, où un homme saoudien épouse une djinn qui tue ensuite sa femme, ses parents et sa belle-famille. L’article ne la confirme pas, et je ne la reprends pas comme un fait. C’est un exemple de ce qui nourrit la peur sans la justifier.
Autre exemple : les commentaires. Le même article cite des lecteurs qui qualifient le livre de « dégoûtant » ou de « très mauvais », et un internaute qui demande son retrait en parlant de blasphème. À l’inverse, un autre commentateur, qui se dit guérisseur spirituel, le présente comme une sagesse sur le monde invisible. Ce sont des opinions, pas des analyses.
Dans le monde réel, ce que décrit l’article est plus banal. Au Pakistan et en Inde, les tableaux d’al-Būnī apparaissent dans des vitrines, et ses mots sont gravés sur des bols. Des gens consultent aussi des pīrs, des guides soufis, qui promettent soulagement et prospérité en échange de charmes liés à son nom. L’article ne dit pas que ces promesses se réalisent.
Un mot sur la fiabilité de ce genre de contenu. Pour comparer les récits en ligne, tu peux lire Shams al Maarif témoignage : peut-on se fier aux récits trouvés en ligne ?, qui détaille pourquoi ces histoires sont difficiles à vérifier. Et pour voir comment les discussions fonctionnent, Shams al Maarif forum : que valent les discussions en ligne sur ce livre ? donne des repères.
Les histoires de djinns qui tuent, de familles détruites ou de maisons hantées après la lecture du livre ne reposent sur aucune source vérifiable. Traite-les comme des légendes.
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La peur vient-elle de ce que contient réellement le livre ?
En partie seulement. Le livre contient bien des passages sur les noms divins, les lettres, les carrés et des talismans, mais la peur dépasse largement ce contenu. Beaucoup de gens en parlent sans l’avoir lu, ce qui laisse la place à l’imagination.
Plusieurs éléments expliquent ce décalage :
- Un livre long et obscur. Le texte est dense, rempli de tableaux et de notions techniques. Peu de lecteurs le lisent en entier, donc les extraits les plus étranges circulent seuls ;
- Un livre composite. Selon Gardiner, la version longue est « un patchwork » de morceaux d’al-Būnī et d’autres auteurs. Selon Middle East Eye, ses manuscrits n’apparaissent dans les archives qu’au XVIIe siècle. Le contenu varie donc d’une édition à l’autre ;
- Un texte pensé pour un cercle fermé. Il était destiné à l’origine à une communauté de soufis savants. Sorti de ce cadre, il est plus facile à mal comprendre ;
- Un sujet qui touche au sacré. Les lettres du Coran et les noms de Dieu ne sont pas des sujets neutres pour un croyant. Les traiter comme des outils inquiète ;
- Une longue vie populaire. Selon Middle East Eye, les carrés d’al-Būnī ont été copiés sur des chemises de soldats en Inde. Une telle diffusion alimente à la fois le respect et la méfiance.
Sur le contenu précis, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué décrit les grandes parties sans mode d’emploi. Pour l’idée de grande version, Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ? explique pourquoi cette version est dite composite.
Il reste une question que les sources ne tranchent pas : le livre « fait-il quelque chose » ? Aucune d’elles ne le démontre. Middle East Eye rapporte des croyances et des pratiques, sans prouver d’effet. Wikipédia décrit un texte et ses éditions. Gardiner étudie son histoire. Aucune ne fournit de preuve qu’un talisman, un nom ou un carré produise un résultat.
C’est pourquoi je m’en tiens à une position simple : ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. La peur et la promesse reposent toutes deux sur la même chose, c’est-à-dire sur des histoires plutôt que sur des preuves.
Aucune des sources lues ne démontre que lire le livre provoque un malheur, ni qu’il apporte un bénéfice. La question relève de la croyance personnelle.
Comment lire ou en parler sans se laisser impressionner ?
Commence par séparer trois niveaux : ce que le texte dit, ce que les savants en ont dit, et ce que les gens racontent. Le premier se vérifie dans une édition fiable, le deuxième dans les études, le troisième ne se vérifie presque jamais.
Voici des réflexes simples :
- Demande la source. Une phrase comme « on dit que » ne prouve rien. Cherche qui l’a écrite, quand, et où ;
- Vérifie la version. Une grande partie du texte imprimé est tardive, d’après Gardiner. Ne prête pas à al-Būnī tout ce qu’elle contient ;
- Distingue critique et interdit. Une critique de savant n’est pas une loi. Les deux se confondent souvent dans les discussions ;
- Respecte le cadre religieux. Si tu es croyant, tu peux demander l’avis d’une personne de confiance sur ce que tu comptes faire du livre ;
- Ne lis pas pour obtenir quelque chose. Lire pour comprendre une tradition est une démarche. Lire pour un résultat n’est soutenu par aucune source sérieuse.
Rien de tout cela n’oblige à craindre le livre, ni à le défendre. Il s’agit d’un texte médiéval ou tardif, attribué à un maître soufi, qui a suscité des critiques et des copies pendant des siècles. Le comprendre passe d’abord par l’histoire, par exemple avec Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement.
Si tu veux aller plus loin sur l’auteur, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende rassemble les repères disponibles. Tu y verras que la figure historique est bien plus nuancée que sa réputation.
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En résumé
Le Shams al-Maarif est craint pour trois raisons : la critique de savants anciens, qui l’ont rapproché du sihr, son sujet de djinns et de talismans, et des légendes modernes diffusées en ligne. Aucune interdiction officielle n’apparaît dans la source consultée.
Gardiner rappelle que le livre a aussi été largement copié et lu pendant des siècles. La version longue est composite, et ses manuscrits ne sont documentés qu’à partir du XVIIe siècle selon Middle East Eye.
Les récits effrayants, comme celui du mariage avec une djinn, ne sont pas vérifiés. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Lis avec recul, en séparant le texte, la critique et la rumeur.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? » ; article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais) ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012.
Questions fréquentes
Le Shams al-Maarif est-il interdit ?
La source consultée, Middle East Eye, ne décrit aucune interdiction officielle. Elle parle de critiques de savants, d’interdits religieux et de croyances populaires. Les règles locales peuvent varier, et je n’ai pas de source pour chaque pays.
Qui a critiqué le Shams al-Maarif ?
Selon Middle East Eye, Ibn Khaldūn et Ibn Taymiyya ont rejeté l’œuvre d’al-Būnī comme de la magie. Wikipédia mentionne aussi la critique d’Ibn Taymiyya. Gardiner précise que ces critiques venaient de quelques savants.
Les histoires de djinns liées au livre sont-elles vraies ?
Aucune source lue ne les vérifie. L’histoire du mariage avec une djinn est un récit en ligne repris sans preuve. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Peut-on lire le livre sans risque ?
Aucune source lue ne démontre un risque lié à la simple lecture. La question touche aussi à la conscience religieuse de chacun, donc à ton propre cadre de croyance.


