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Shams al-Maʿārif

Carré Sator : le palindrome latin SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS expliqué

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 9 min de lecture
carré Sator Couverture de l'article

Le carré Sator est une grille de 5 sur 5 lettres latines, qui contient cinq mots : SATOR, AREPO, TENET, OPERA, ROTAS. Il se lit de la même façon de gauche à droite et de haut en bas. Les plus anciens exemples connus, à Pompéi, datent d’avant l’an 79 de notre ère.

C’est le carré de lettres le plus célèbre du monde occidental. Britannica l’a même décrit comme le plus familier. Il a été gravé sur des murs, copié sur des papyrus, porté en amulette et parfois jeté dans des incendies au Moyen Âge.

Pour qui lit autour du Shams al-Maarif, il offre un point de comparaison utile. Le livre d’al-Būnī traite lui aussi de carrés, de lettres et de noms, mais dans un tout autre monde. Mettre les deux côte à côte aide à voir ce qui relève de l’histoire et ce qui relève de la légende.

Je m’appuie surtout sur la page de Wikipédia consacrée au carré Sator, qui cite plusieurs spécialistes. Les contrôles de grille et de lettres, je les ai faits moi-même.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Comment est construit le carré Sator ?

La grille compte 25 lettres, réparties sur cinq lignes de cinq. La voici dans sa forme dite SATOR :

SATOR
AREPO
TENET
OPERA
ROTAS

Les cinq mots se lisent sur les lignes, et les mêmes mots se lisent sur les colonnes. Selon la page, il s’agit d’un palindrome à deux dimensions. J’ai contrôlé les propriétés suivantes par un petit programme :

  • Symétrie par la diagonale. La lettre de la ligne i et de la colonne j est la même que celle de la ligne j et de la colonne i ;
  • Lecture à l’envers. En lisant la grille de la dernière lettre à la première, on retrouve la même grille ;
  • Un centre unique. Le N de TENET est la seule lettre qui n’apparaît qu’une fois ;
  • Huit lettres seulement. Cinq consonnes (S, T, R, P, N) et trois voyelles (A, E, O), d’après la page ;
  • Un mot central en croix. TENET se lit à l’horizontale et à la verticale au milieu de la grille.

Les nombres de lettres sont : A, E, O, R et T quatre fois chacune, S et P deux fois, N une seule fois, soit 25 au total.

La page signale deux formes. La forme ROTAS, avec ROTAS en première ligne, est la plus ancienne et date de l’époque romaine. La forme SATOR, celle que l’on voit aujourd’hui, devient dominante à partir du haut Moyen Âge.

Cette construction est très contrainte. Il faut cinq mots de cinq lettres, qui se lisent aussi à la verticale, et dont la grille entière reste la même quand on la retourne. Trouver un tel ensemble en français est un défi que tu peux essayer toi-même avec un crayon : tu verras vite pourquoi le résultat latin impressionne, même sans y chercher de message caché.

Pour d’autres grilles de nombres et leurs sommes, Carré magique de Dürer : la grille de Melencolia I expliquée montre la même approche de vérification, avec des chiffres au lieu de lettres.

Où a-t-on retrouvé les plus anciens carrés Sator ?

Selon Wikipédia, le plus ancien exemple daté vient de Pompéi. Il a été découvert sur une colonne de la Palestra Grande en 1936 par Matteo Della Corte, sous la forme ROTAS, et daterait d’avant le séisme de l’an 62. Un autre exemple, dans la maison de Publius Paquius Proculus, a été trouvé en 1925 et date de l’an 50 à 79.

Voici les principales trouvailles citées :

LieuDécouverteDatation indiquée
Pompéi, Palestra Grande1936Avant l’an 62
Pompéi, maison de Paquius Proculus1925Entre 50 et 79
Cirencester (Angleterre)1868Controversée (Haverfield la dit romaine en 1889)
Doura-Europos (Syrie)1931-1932, puis un quatrièmeVers l’an 200
Papyrus copte de Berlin1899IVe ou Ve siècle
Amulette en bronze (Asie Mineure)Non préciséVIe siècle

Trois remarques pour lire ce tableau :

  1. La date de Pompéi compte. La ville a été détruite en 79. Un carré qui s’y trouve ne peut pas être postérieur, ce qui ruine une théorie que je décris plus bas ;
  2. Le cas de Cirencester est discuté. La page note que la plupart des universitaires de l’époque ont rejeté l’idée d’une origine romaine. Je ne tranche donc pas ;
  3. Les usages changent. L’amulette du VIe siècle est la plus ancienne qui porte des images explicitement chrétiennes, dont le mot grec ICHTHUS, d’après la page.

Je rapporte ces dates telles que la page les donne. Je n’ai pas consulté les rapports de fouilles eux-mêmes, et certaines datations restent discutées.

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Que veulent dire les mots SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS ?

On ne le sait pas avec certitude. La lecture la plus directe est à peu près : « le semeur (ou le laboureur) Arepo tient les roues avec soin ». Mais cette lecture bute sur un mot.

AREPO est un hapax, c’est-à-dire un mot qui n’apparaît nulle part ailleurs dans le latin conservé. La page cite plusieurs pistes :

  1. Un nom propre. Il pourrait s’agir d’un nom, éventuellement lié à une divinité ;
  2. Un mot inventé. Il aurait été fabriqué pour compléter le palindrome ;
  3. Un mot hébreu ou araméen. David Daube a proposé d’y voir une transposition d’alpha et d’oméga ;
  4. Une lecture en boustrophédon. Jules Quicherat obtient SATOR OPERA TENET, puis TENET OPERA SATOR.

Un point de vocabulaire : le boustrophédon est une écriture qui alterne le sens de lecture, un peu comme le bœuf qui laboure en allant et venant.

Hapax : mot qui n’apparaît qu’une fois dans un corpus. Ici, AREPO n’est attesté nulle part ailleurs en latin, selon Wikipédia.

Cette incertitude est la vraie leçon du carré. Chaque proposition de traduction est une hypothèse de spécialiste, et aucune ne s’impose. Quand une page te donne « la » traduction sans réserve, demande qui l’a proposée, et sur quelle base.

Pour voir comment une autre tradition a travaillé sur les lettres elles-mêmes, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? en donne le cadre.

Quelles théories expliquent l’origine du carré Sator ?

Plusieurs, et aucune ne fait consensus. La page de Wikipédia les classe ainsi :

  • Un jeu de mots romain. C’est l’avis de nombreux chercheurs, dont Arsenio Frugoni et Margherita Guarducci, qui le rapprochent de palindromes comme ROMA et AMOR ;
  • Une origine juive. Duncan Fishwick (1954), David Daube et Mary Beard la défendent. Nicolas Vinel (2006) a parlé d’un cryptogramme juif fondé sur l’arithmétique pythagoricienne ;
  • Une origine chrétienne par le Pater Noster. En 1924, 1926 et 1927, Christian Frank, Felix Grosser et Sigurd Agrell ont chacun remarqué que les lettres permettent d’écrire deux fois le Pater Noster en forme de croix, les deux A et les deux O restants figurant l’alpha et l’oméga ;
  • D’autres pistes. Pythagoricienne ou stoïcienne, gnostique, orphique, mithriaque, ou encore un dispositif lié aux vents. Aucune n’a de consensus.

La théorie du Pater Noster a perdu du terrain après les découvertes de Pompéi. Les carrés y précèdent le symbolisme chrétien sur lequel elle reposait. Elle illustre bien un risque : une belle coïncidence de lettres peut donner l’impression d’une explication, alors qu’elle ne prouve rien sur l’intention de l’auteur.

Les lectures « secrètes » du carré, qu’elles soient chrétiennes, juives ou ésotériques, sont des hypothèses. Aucune source lue ne montre qui l’a composé, ni pourquoi.

Ce qui est établi se limite à peu de choses : la grille existe, elle est ancienne, et elle a circulé dans le monde romain, puis dans l’Orient, puis en Europe médiévale. Le reste relève de l’interprétation.

Découvre les secrets des marabouts et des érudits africains, expliqués dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

À quoi a-t-on utilisé le carré Sator, et quel lien avec le Shams al-Maarif ?

Selon Wikipédia, le carré a servi de protection et de remède dans l’Europe médiévale. En Allemagne, on l’inscrivait sur des disques lancés dans les incendies. Un édit de 1743 du duc Ernest-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach demandait même de tels disques dans les agglomérations.

La page cite aussi :

  1. Un remède pour l’accouchement. Il apparaît dans la Trotula, au XIIe siècle ;
  2. Un remède contre la morsure de chien et la rage. On faisait manger du pain sur lequel le carré était inscrit ;
  3. D’autres usages. La folie, la fièvre et d’autres maux, documentés au XVIe siècle.

Ces usages sont des pratiques de tradition d’une époque donnée. Ils ne sont pas des traitements, et aucune source lue ne montre un effet réel. Pour un problème de santé, c’est un médecin qu’il faut consulter.

Quant au Shams al-Maarif, il décrit lui aussi des carrés et des tableaux, mais d’un autre type. Il y est question de lettres arabes et de nombres, dans la tradition de la science des lettres. Je ne connais aucune source qui relie le carré Sator au livre d’al-Būnī, et je ne suggère aucune filiation.

Ce que les deux ont en commun est une idée large : des lettres rangées dans une grille peuvent recevoir un sens symbolique ou protecteur dans une tradition. Les contenus, les langues et les époques diffèrent. Pour le contenu du livre arabe, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué en donne les thèmes. Et pour la notion d’amulette en islam, Talisman en islam : ce que disent les sources sur les amulettes rapporte les avis des savants.

Cet article parle d’histoire et de lettres, pas de pratique. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.

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En résumé

Le carré Sator est une grille latine de 5 sur 5, composée de SATOR, AREPO, TENET, OPERA et ROTAS. Elle se lit de la même façon sur les lignes et les colonnes. Les plus anciens exemples, à Pompéi, sont antérieurs à l’an 79, et la forme ROTAS précède la forme SATOR.

Son sens et son origine restent discutés : jeu de mots romain, cryptogramme juif ou lecture chrétienne par le Pater Noster. Le Moyen Âge l’a utilisé en protection et en remède, sans effet démontré. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article Sator Square sur Wikipédia (en anglais) ; article Magic square sur Wikipédia (en anglais) ; contrôles de grille faits par l’auteur du site.

Questions fréquentes

Que veut dire le carré Sator ?

On ne le sait pas avec certitude. Une lecture directe donne « le semeur Arepo tient les roues avec soin », mais AREPO n’est attesté nulle part ailleurs, selon Wikipédia.

Où a-t-on trouvé le plus ancien carré Sator ?

À Pompéi, sous la forme ROTAS. Un exemple daterait d’avant le séisme de l’an 62, un autre de l’an 50 à 79, d’après Wikipédia.

Le carré Sator est-il chrétien ?

C’est une théorie ancienne, fondée sur le Pater Noster, mais elle a perdu du terrain après les découvertes de Pompéi, plus anciennes que le symbolisme chrétien en question.

Le carré Sator protège-t-il vraiment ?

Il a servi d’amulette au Moyen Âge, mais aucune source lue ne montre un effet réel. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.