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Shams al-Maʿārif

Jabir ibn Hayyan : qui est l’alchimiste arabe derrière le nom Geber ?

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 9 min de lecture
Jabir ibn Hayyan Couverture de l'article

Jabir ibn Hayyan est le nom attaché à un très grand corpus de textes arabes d’alchimie et de chimie, composés entre le IXe et le Xe siècle. On ne sait pas avec certitude s’il a existé : plusieurs chercheurs doutent qu’une seule personne les ait écrits. En Europe, son nom s’est transformé en « Geber ».

Ce personnage revient souvent dans les discussions sur la science arabe médiévale. On le présente tantôt comme le père de la chimie, tantôt comme un nom de plume collectif. La vérité, d’après les sources que j’ai lues, est plus nuancée que ces deux slogans.

Il croise aussi ton sujet. Selon Wikipédia, le premier carré magique d’ordre 3 qu’on peut dater dans le monde arabe se trouve dans un livre qui lui est attribué. Et comme le Shams al-Maarif, ce corpus mêle savoir, symbole et prudence sur ce qu’on peut affirmer.

Dans cet article, je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée à Jabir ibn Hayyan et sur celle des carrés magiques. Je distingue ce qui est établi, ce qui est discuté, et ce que je n’ai pas pu vérifier.

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Qui était Jabir ibn Hayyan, et a-t-il vraiment existé ?

On ne peut pas l’affirmer. Selon Wikipédia, il serait mort entre 806 et 816 (190 à 200 de l’hégire), d’après des récits tardifs. La première source biographique connue est le Fihrist d’Ibn al-Nadīm, daté de 987. Aucune source historique antérieure à 900 environ ne le mentionne.

Voici ce que les sources rapportent sur sa vie, avec leurs limites :

  • Des noms de rattachement variés. On l’appelle al-Ṣūfī, al-Azdī, al-Kūfī ou al-Ṭūsī, ce qui le place à Koufa, en Irak, ou à Tous, au Khorassan ;
  • Un lien avec l’imam Jaʿfar al-Ṣādiq. Il passerait pour son disciple (l’imam est mort en 765), mais certains biographes chiites anciens ne le mentionnent pas ;
  • Des doutes anciens. Dès le Xe siècle, certains auteurs niaient son existence, et les chercheurs actuels en doutent généralement ;
  • Une hypothèse de compromis. Un Jabir réel aurait pu écrire un premier noyau d’œuvres, que d’autres auraient prolongé.

Le doute n’est pas une invention moderne. Wikipédia cite Abū Ḥayyān al-Tawḥīdī parmi ceux qui contestaient l’authenticité des écrits, au Xe siècle.

Cette situation est instructive. Un nom célèbre peut recouvrir un auteur incertain, et l’attribution d’un livre à une figure prestigieuse est un procédé fréquent dans les traditions savantes. Le Shams al-Maarif a connu des problèmes d’attribution et de versions voisins, comme le montre Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ?.

Pour toi qui lis des pages sur internet, la conséquence est simple : quand une page écrit « Jabir a inventé » telle ou telle technique, demande-toi de quel Jabir elle parle. S’agit-il d’un homme du VIIIe siècle, d’un nom collectif, ou d’un auteur du Xe siècle dont le corpus porte l’étiquette ? Les sources que j’ai lues ne permettent pas de répondre avec certitude, et la prudence consiste à écrire « le corpus attribué à Jabir ».

Pour une figure mieux documentée, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende présente ce que l’on sait d’al-Būnī, avec ses zones d’ombre.

Que contient le corpus attribué à Jabir ?

Un ensemble énorme. Selon Wikipédia, environ 600 œuvres sont connues par leur titre, et environ 215 ont survécu, surtout des traités d’alchimie et de chimie. Certains spécialistes estiment que le corpus d’origine comptait près de 3 000 traités ou chapitres.

QuestionCe que dit Wikipédia
Combien de titres connus ?Environ 600
Combien d’œuvres conservées ?Environ 215
Estimation du corpus d’origineEnviron 3 000 traités ou chapitres, selon certains
Catalogage modernePaul Kraus, 1942-1943, avec des numéros « Kr. »
Datation proposée par KrausVers 850-950
Critiques de cette datationSezgin (1971), Nomanul Haq (1994)

Quelques points à retenir :

  1. La datation est discutée. Fuat Sezgin et Nomanul Haq ont critiqué la datation de Kraus, et Haq a mis en doute l’estimation de la taille du corpus ;
  2. Les textes ont été retouchés. Beaucoup de traités montrent des signes de plusieurs rédactions ;
  3. Des auteurs anonymes sont probables. Le corpus aurait été compilé par un ou plusieurs alchimistes chiites anonymes, à la fin du IXe et au début du Xe siècle ;
  4. Le contenu dépasse l’alchimie. Il comprend aussi des textes de cosmologie, de médecine et de logique.

Je ne donne pas de liste de titres ni de numéros précis au-delà de ce que la page indique. Je n’ai pas consulté le catalogue de Kraus lui-même.

Si tu veux situer ce type de savoir dans le monde de la magie et des livres savants, Qu’est-ce qu’un grimoire ? Définition, exemples et cas du Shams al-Maarif précise le vocabulaire, avec ses limites.

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Que veulent dire la « science de la balance » et la théorie soufre-mercure ?

Ce sont deux idées qu’on associe à ce corpus. D’après Wikipédia, la science de la balance (ʿilm al-mīzān) est une théorie philosophique qui cherche à réduire les phénomènes à des mesures et à des proportions quantitatives. Elle est centrale dans Les Livres des balances (numéros Kr. 303 à 446) et traverse l’ensemble du corpus.

La page attribue aussi au corpus :

  • Un classement des substances. Une classification systématique des matières, et la production de sel ammoniac à partir de matières organiques ;
  • L’emploi de substances végétales et animales. La page y voit un pas vers la chimie organique ;
  • Une version ancienne de la théorie soufre-mercure. Elle explique les métaux par ces deux principes, et elle est restée dominante jusqu’au XVIIIe siècle ;
  • Une théorie des « natures ». Les métaux se distingueraient par l’arrangement de leurs natures, et l’élixir serait le moyen de les transformer.

Élixir : dans l’alchimie, substance censée transformer les métaux. Dans les textes dont parle cette page, il appartient à une théorie de l’époque, pas à un fait chimique établi.

Ces idées doivent se lire à leur place historique. L’alchimie médiévale mêlait observation, spéculation et symbolisme. Reconnaître qu’elle a nourri la chimie ne veut pas dire que ses théories étaient justes : ici, la théorie des natures et de l’élixir ne repose sur aucun résultat démontré.

Je ne détaille pas les acides ni la distillation, parce que la page que j’ai lue n’en parle pas. Des affirmations très répandues sur ces points circulent sur Internet, mais je préfère ne pas les reprendre sans source.

Le rapport entre le nombre, la mesure et le symbole traverse aussi la science des lettres. Valeur numérique des lettres arabes : le tableau abjad expliqué en montre un exemple concret, avec un tableau que j’ai calculé moi-même.

Pourquoi parle-t-on de « Geber » en Europe ?

Parce que des textes arabes ont été traduits en latin sous ce nom. Selon Wikipédia, des œuvres comme Le Grand Livre de la miséricorde et Le Livre des soixante-dix ont été diffusées sous le nom de Geber. Gérard de Crémone (vers 1114-1187) aurait traduit le Liber de Septuaginta, bien que le nom du traducteur soit discuté dans un manuscrit.

Au XIIIe siècle, un auteur anonyme, connu comme le pseudo-Geber, a écrit des ouvrages d’alchimie et de métallurgie sous ce nom. La page signale un désaccord de spécialistes : Ahmad al-Hassan soutient que ces écrits ont été traduits de l’arabe, alors que Berthelot, Ruska et Newman avancent une autre lecture.

Voici comment démêler les couches :

  1. Jabir ibn Hayyan. Le nom arabe attaché au corpus du IXe-Xe siècle ;
  2. Geber. Le nom latin donné à des traductions de textes arabes ;
  3. Pseudo-Geber. Un auteur latin anonyme du XIIIe siècle, qui écrit sous ce nom.

Une même étiquette désigne donc trois niveaux, et ce n’est pas un détail. Quand un texte cite « Geber », il faut demander lequel des trois il vise. La même vigilance vaut pour les livres arabes populaires : un titre célèbre peut cacher des versions très différentes.

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Quel lien entre Jabir, les carrés magiques et le Shams al-Maarif ?

Un lien d’histoire des idées, que je ne dois pas gonfler. Selon Wikipédia, le premier carré magique d’ordre 3 qu’on peut dater dans le monde arabe apparaît dans le Kitab al-mawazin al-saghir, attribué à Jabir ibn Hayyan (vers 721 à vers 815), et lié à l’alchimie. Des traités plus anciens conservés sur les carrés sont d’al-Antaki (vers 987) et d’al-Buzjani (vers 998).

Toujours selon la même page, Ahmad al-Būnī, vers 1225, attribue des propriétés mystiques aux carrés magiques dans le Shams al-Maarif, et décrit leur construction. On peut donc dresser cette suite :

ÉpoqueFait rapporté
Vers 721-815Premier carré d’ordre 3 datable en monde arabe, chez Jabir
Vers 987-998Traités d’al-Antaki et d’al-Buzjani
Vers 1225Al-Būnī et le Shams al-Maarif

Cette suite ne prouve pas qu’al-Būnī a lu Jabir. Je n’ai pas trouvé de source lue qui l’affirme, et je ne le suggère pas. Elle montre seulement que l’idée du carré s’est installée tôt dans les textes arabes, bien avant la grille de Dürer (1514) que présente Carré magique de Dürer : la grille de Melencolia I expliquée.

Pour les définitions de base et les exemples, Qu’est-ce qu’un carré magique ? Définition, exemples et histoire fait le tour du sujet. Et pour la tradition des lettres dans laquelle s’inscrit le livre d’al-Būnī, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? donne le cadre.

Les textes d’alchimie et de lettres décrivent des transformations et des vertus qui relèvent de leur propre tradition. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

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En résumé

Jabir ibn Hayyan est le nom d’un corpus arabe d’alchimie et de chimie, d’environ 600 titres connus, dont environ 215 sont conservés. Son existence en tant qu’auteur unique est discutée, et la datation du corpus aussi. Le nom Geber désigne des traductions latines, puis un auteur anonyme du XIIIe siècle.

Le corpus contient la théorie de la balance, une version ancienne de la théorie soufre-mercure et un premier carré d’ordre 3 datable en monde arabe. Rien ne prouve un lien direct avec al-Būnī. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article Jabir ibn Hayyan sur Wikipédia (en anglais) ; article Magic square sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Jabir ibn Hayyan a-t-il existé ?

On ne peut pas l’affirmer. Wikipédia indique que des auteurs du Xe siècle le niaient, que les chercheurs actuels en doutent généralement, et que certains pensent à un noyau d’œuvres écrit par un Jabir réel.

Combien d’œuvres lui attribue-t-on ?

Environ 600 titres sont connus et environ 215 œuvres ont survécu, selon Wikipédia. Certains spécialistes estiment le corpus d’origine à près de 3 000 traités ou chapitres.

Qui est Geber ?

C’est le nom latin sous lequel des traductions de textes arabes ont circulé en Europe. Un pseudo-Geber anonyme a aussi écrit des ouvrages au XIIIe siècle, d’après Wikipédia.

Jabir est-il lié au Shams al-Maarif ?

Aucune source lue ne l’affirme. Les deux se rejoignent sur l’histoire des carrés magiques. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.