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Shams al-Maʿārif

Valeur numérique des lettres arabes : le tableau abjad expliqué

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 9 min de lecture
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Chaque lettre arabe peut porter une valeur numérique : alif vaut 1, bāʾ vaut 2, yāʾ vaut 10, qāf vaut 100, ghayn vaut 1000 (système oriental). On additionne les valeurs des lettres d’un mot pour obtenir son total. Deux séries existent : l’une en Orient, l’autre au Maghreb, qui diffèrent pour six lettres.

On croise ces valeurs dès qu’on lit sur la science des lettres, les carrés ou le Shams al-Maarif. Mais les tableaux qui circulent ne donnent pas tous les mêmes chiffres, et on ne sait pas toujours lequel est « le bon ». La réponse tient en une phrase : cela dépend de la région.

Ce système porte plusieurs noms : abjad, abjadiyya ou encore ḥisāb al-jummal, le « calcul de jummal ». Il est ancien et documenté. Ce qu’on en fait ensuite relève d’une autre question, qui est de l’ordre de l’interprétation, et je n’y réponds pas ici.

Dans cet article, je donne le tableau complet, je montre la différence entre les deux séries, et j’ajoute des exemples de calcul que tu peux refaire toi-même. Je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée aux chiffres abjad et sur Noah Gardiner.

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Quelle est la valeur numérique de chaque lettre arabe ?

Voici le tableau complet des 28 lettres, dans l’ordre abjad. La colonne « Orient » correspond à la série la plus courante aujourd’hui (Machrek). La colonne « Maghreb » donne la valeur de la série occidentale quand elle diffère.

LettreNomOrientMaghreb
اalif11
بbāʾ22
جjīm33
دdāl44
هhāʾ55
وwāw66
زzāy77
حḥāʾ88
طṭāʾ99
يyāʾ1010
كkāf2020
لlām3030
مmīm4040
نnūn5050
سsīn60300
عʿayn7070
فfāʾ8080
صṣād9060
قqāf100100
رrāʾ200200
شshīn3001000
تtāʾ400400
ثthāʾ500500
خkhāʾ600600
ذdhāl700700
ضḍād80090
ظẓāʾ900800
غghayn1000900

Pour retenir l’ordre, la tradition utilise une formule sans sens, que Wikipédia cite sous cette forme : « abjad hawwaz ḥuṭṭī kalaman saʿfaṣ qarashat thakhadh ḍaẓagh ». Chaque « mot » regroupe les lettres d’une même série, et la valeur monte par dizaines puis par centaines.

Le tableau ci-dessus est celui de la page Wikipédia sur les chiffres abjad. Il se vérifie lettre par lettre : les unités vont de 1 à 9 (alif à ṭāʾ), les dizaines de 10 à 90, les centaines de 100 à 900, et ghayn clôt la série à 1000 en Orient.

Trois points aident à lire le tableau :

  • Les unités. Les neuf premières lettres (alif à ṭāʾ) valent 1 à 9. Yāʾ ouvre les dizaines avec 10 ;
  • Les dizaines. De yāʾ à ṣād en Orient, on monte de 10 en 10 jusqu’à 90 ;
  • Les centaines. De qāf à ẓāʾ en Orient, on monte de 100 en 100 jusqu’à 900, puis ghayn vaut 1000.

Pour situer ce système dans son contexte, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? explique à quoi servent ces valeurs dans la tradition. Et pour la partie purement mathématique des carrés remplis avec des lettres, Qu’est-ce qu’un carré magique ? Définition, exemples et histoire détaille ce qu’on peut calculer sans rien supposer.

Pourquoi le Maghreb et l’Orient n’utilisent-ils pas les mêmes valeurs ?

Parce que deux séquences de lettres ont coexisté. Selon Wikipédia, la séquence maghrébine est considérée comme plus ancienne, mais la source qui l’indique est jugée peu fiable. La page ne donne donc pas de certitude sur l’origine de cette différence.

Voici ce qui change, lettre par lettre :

  1. Sīn. 60 en Orient, 300 au Maghreb ;
  2. Shīn. 300 en Orient, 1000 au Maghreb ;
  3. Ṣād. 90 en Orient, 60 au Maghreb ;
  4. Ḍād. 800 en Orient, 90 au Maghreb ;
  5. Ẓāʾ. 900 en Orient, 800 au Maghreb ;
  6. Ghayn. 1000 en Orient, 900 au Maghreb.

Les vingt-deux autres lettres sont identiques dans les deux séries. En particulier, tāʾ (400) et dhāl (700) ne changent pas, et zāy vaut 7 partout.

Ce détail a des conséquences concrètes. Si tu calcules le total d’un mot qui contient sīn ou shīn, ton résultat dépend de la série choisie. Voici trois exemples que j’ai recalculés moi-même :

MotOrientMaghreb
الله (Allāh)6666
محمد (Muḥammad)9292
سلام (salām)131371
شمس (shams, « soleil »)4001340

Pour Allāh et Muḥammad, aucune lettre ne diffère, donc le total est le même. Pour salām, sīn passe de 60 à 300, ce qui change le total de 131 à 371. Pour shams, shīn et sīn changent toutes deux, et l’écart est encore plus grand.

Je ne peux pas dire, à partir des sources lues, quelle série est « la bonne » pour un texte donné. Pour un manuscrit précis, il faut savoir de quelle région et de quelle époque il vient, et c’est un travail de spécialiste.

Cela explique que des tables trouvées en ligne se contredisent. Souvent, l’une est orientale et l’autre maghrébine, sans que la page le précise. Quand tu vois une valeur qui ne correspond pas à ton tableau, vérifie d’abord la série utilisée avant de conclure à une erreur.

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Comment calculer la valeur d’un mot, pas à pas ?

On additionne les valeurs des lettres, en ignorant les voyelles courtes. C’est une opération simple, qui se vérifie en quelques secondes. Voici la méthode, avec un exemple.

Les étapes sont les suivantes :

  1. Écris le mot en lettres arabes. Les signes de vocalisation (fatḥa, kasra, ḍamma) ne comptent pas ;
  2. Choisis une série. Orient ou Maghreb. Garde la même du début à la fin ;
  3. Note la valeur de chaque lettre. Utilise le tableau de la première section ;
  4. Additionne. Le total est la valeur du mot ;
  5. Compte les lettres doublées. Une lettre répétée compte à chaque fois. Dans « Allāh », lām apparaît deux fois, donc 30 est ajouté deux fois ;
  6. Vérifie. Refais l’addition dans l’autre sens.

Prenons le mot « Allāh », écrit ا ل ل ه. Les valeurs sont 1 (alif), 30 (lām), 30 (lām) et 5 (hāʾ). La somme est 66. Wikipédia donne aussi, à titre d’exemple, la formule « Bismillāh al-Raḥmān al-Raḥīm » qui totalise 786.

Voici quelques points de vigilance :

  • Les lettres non arabes. Pour le persan, Wikipédia indique que pāʾ vaut comme bāʾ (2), tchīm comme jīm (3), zhāʾ comme zāy (7) et gāf comme kāf (20) ;
  • Les conventions d’écriture. Les sources lues ne détaillent pas le traitement de la hamza ou de la gémination, et les méthodes diffèrent sans doute sur ces points.

Cela veut dire que le calcul est simple, mais que les conventions autour de l’écriture ne sont pas toujours uniformes. Si deux personnes obtiennent des totaux différents pour le même mot, la cause est le plus souvent un choix d’orthographe ou de série.

Pour aller plus loin sur les mots qui reviennent dans cette tradition, 99 noms d’Allah : origine, hadith et débats des savants présente la liste des noms divins avec ses variantes. Et pour comprendre le cadre savant dans lequel ces calculs apparaissent, Qu’est-ce que le soufisme ? Définition, origines et grands ordres donne les repères.

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À quoi sert la valeur numérique des lettres arabes ?

D’abord à compter. Selon Wikipédia, avant l’adoption des chiffres indo-arabes, les lettres servaient à tous les calculs mathématiques. Aujourd’hui, elles servent encore à numéroter des listes ou des plans, un peu comme « A, B, C » en français.

La page distingue plusieurs usages :

  • La numérotation. Dans l’arabe moderne, les lettres abjad servent à ordonner des plans ou des points d’information ;
  • Le calcul ancien. Le système porte aussi le nom de ḥisāb al-jummal, « calcul de jummal » ;
  • La numérologie. On calcule la valeur numérique d’un mot ou d’une phrase pour y chercher des correspondances. C’est ici qu’on trouve Allāh = 66 ou la basmala = 786 ;
  • Le lien avec d’autres alphabets. L’abjad est proche de la guématrie hébraïque jusqu’à 400, et la page évoque aussi l’isopséphie grecque, qui diffère notamment pour ṣād.

Il faut séparer deux plans. Le calcul est un fait : alif vaut 1 et le total d’Allāh est 66, on peut le vérifier. L’interprétation d’un total, en revanche, relève de la croyance ou de la tradition. Le fait qu’un mot totalise tel nombre ne prouve rien par lui-même.

Dans la science des lettres, on cherche des sens dans les totaux et dans les lettres elles-mêmes. Noah Gardiner montre, dans le cas des écrits attribués à al-Būnī, que ce travail s’intègre à un ensemble de pratiques spirituelles, avec le jeûne, la prière et les noms divins. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Quand on lit le Shams al-Maarif, on croise donc ce système sans le voir toujours. Selon Gardiner, le texte médiéval associe les lettres de l’alphabet à des entités cosmologiques et construit des tableaux appelés awfāq. Pour savoir ce que ces tableaux contiennent, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué décrit les grandes parties, et Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une manière de les lire avec recul.

Un dernier conseil de méthode : quand une page affirme qu’un nombre « prouve » quelque chose, refais le calcul toi-même avec la bonne série. Tu verras vite si le résultat dépend d’un choix de lettres, d’une orthographe ou d’une table que l’auteur n’a pas précisée.

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En résumé

La valeur numérique des lettres arabes suit l’ordre abjad : de alif (1) à yāʾ (10), puis de kāf (20) à ṣād (90), puis de qāf (100) à ẓāʾ (900), et ghayn (1000) en Orient. Le Maghreb utilise une série qui diffère pour six lettres : sīn, shīn, ṣād, ḍād, ẓāʾ et ghayn.

Pour calculer un mot, on additionne les valeurs de ses lettres dans une même série. Allāh totalise 66 dans les deux séries, alors que salām totalise 131 en Orient et 371 au Maghreb. Le calcul est un fait, mais l’interprétation des totaux relève de la tradition. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article Abjad numerals sur Wikipédia (en anglais) ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012.

Questions fréquentes

Combien vaut chaque lettre arabe ?

De alif à ṭāʾ, les lettres valent 1 à 9. Yāʾ vaut 10, puis les dizaines montent jusqu’à 90 et les centaines jusqu’à 900. Ghayn vaut 1000 en Orient. Le tableau complet est donné plus haut.

Pourquoi mon tableau donne-t-il d’autres valeurs ?

Probablement parce qu’il suit la série maghrébine, qui diffère pour sīn, shīn, ṣād, ḍād, ẓāʾ et ghayn. Vérifie d’abord la série utilisée avant de conclure à une erreur.

Combien vaut le mot Allāh en abjad ?

66 dans les deux séries : 1 pour alif, 30 pour chaque lām et 5 pour hāʾ.

Le total d’un mot a-t-il un sens caché ?

Le calcul est un fait, mais l’interprétation relève de la tradition. Ce sont des pratiques de croyance que les marabouts utilisent, et le résultat vient de Dieu. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.