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Shams al-Maʿārif

Clavicule de Salomon : origine, manuscrits et contenu d’un grimoire célèbre

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 9 min de lecture
Clavicule de Salomon Couverture de l'article

La Clavicule de Salomon (Key of Solomon) est un grimoire attribué au roi Salomon, mais composé bien plus tard. Selon Wikipédia, il date probablement du XIVe ou du XVe siècle, sans doute dans l’Italie de la Renaissance. La plupart des manuscrits conservés sont postérieurs, de la fin du XVIe au XVIIIe siècle.

Le nom de Salomon attire des lecteurs depuis des siècles. Dans la tradition islamique aussi, il est présenté comme un roi et un prophète, et des textes lui prêtent une autorité sur les djinns. Il n’est donc pas étonnant de croiser son nom dans les discussions sur les livres de magie, y compris autour du Shams al-Maarif.

Ce texte est une bonne étude de cas pour apprendre à lire un grimoire : l’attribution est prestigieuse, la date réelle est tardive, et les versions sont nombreuses. Je te propose de regarder ce que les sources établissent, et ce qui reste discuté.

Je m’appuie surtout sur la page de Wikipédia consacrée à la Clavicule de Salomon, qui cite plusieurs spécialistes. Je précise quand une affirmation est marquée comme non sourcée sur cette page.

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Qu’est-ce que la Clavicule de Salomon et qui l’a écrite ?

C’est un grimoire pseudépigraphe, c’est-à-dire attribué à une figure ancienne qui ne l’a pas écrit. Le texte lui-même raconte que Salomon l’a composé pour son fils Roboam, en lui demandant de le cacher dans son tombeau. Des philosophes babyloniens l’auraient retrouvé plus tard, et un certain Iohé Grevis l’aurait lu après l’apparition d’un ange.

Voici ce qu’on sait de son origine, d’après la page :

  • Une date probable. Le XIVe ou le XVe siècle, dans l’Italie de la Renaissance, mais la page marque cette indication comme demandant une source ;
  • Un original incertain. Il serait un texte latin ou italien de cette époque ;
  • Un manuscrit grec proche. Le manuscrit Harley 5596 de la British Library, du XVe siècle, est étroitement associé au texte. Armand Delatte l’a publié sous le titre Le traité magique de Salomon (Liège, 1927) ;
  • Un débat sur la langue d’origine. Robert Mathiesen pensait que la version grecque était l’originale. Daniel Jütte a écrit qu’il n’est pas possible de déterminer l’origine de façon concluante.

Le texte hébreu n’est pas considéré comme l’original. Selon la page, c’est une adaptation juive tardive d’un texte latin ou italien.

Retiens surtout l’écart entre la légende et le document : la légende parle d’un roi de l’Antiquité, tandis que le document est un manuscrit de la Renaissance ou plus tardif. Les deux niveaux sont réels, mais ils ne répondent pas à la même question. L’un raconte pourquoi le texte a du prestige, l’autre dit quand il a été écrit.

Cette situation ressemble à celle de beaucoup de grimoires : un nom ancien et prestigieux sert de garantie, alors que le texte conservé est médiéval ou moderne. C’est le même mécanisme que pour d’autres livres de magie célèbres. Qu’est-ce qu’un grimoire ? Définition, exemples et cas du Shams al-Maarif explique comment la catégorie s’est formée, avec la Clavicule parmi ses exemples datés.

Pour le côté islamique du roi Salomon, Djinn en islam : qui sont-ils et que disent les sources ? présente ce que les sources disent de ces êtres, sans s’avancer au-delà.

Combien de manuscrits et de versions existe-t-il ?

Beaucoup, en plusieurs langues. La page ne donne pas de nombre total, mais elle décrit les principaux ensembles. La plupart des manuscrits conservés datent de la fin du XVIe au XVIIIe siècle.

LangueCe que dit la page
GrecManuscrit Harley 5596, XVe siècle, publié par Delatte en 1927
LatinAbramo Colorni traduit le texte en italien et en latin vers 1580, à la demande du duc de Mantoue ; un texte latin imprimé existe vers 1600
AnglaisSloane MS 3847, The Clavicle of Solomon, daté de 1572
HébreuDeux versions, dont celle de la British Library (autrefois datée du XVIe siècle, maintenant du XVIIe ou XVIIIe)
FrançaisLa véritable Magie Noire, traduction de l’hébreu datée de 1750, à la BnF ; un manuscrit français de 1641

Quelques remarques pour lire ce tableau :

  1. Les datations bougent. La date du manuscrit hébreu de la British Library a été revue : Greenup l’avait placé au XVIe siècle en 1912, mais on le pense plus tardif aujourd’hui ;
  2. Le traducteur a pu être un auteur. Daniel Jütte a suggéré qu’Abramo Colorni ait synthétisé une œuvre originale plutôt que simplement traduit ;
  3. Le titre « La véritable Magie Noire » est tardif. Il date de 1750 dans la page, bien après le texte supposé d’origine.

Je n’ai pas vu de chiffre fiable sur le nombre total de manuscrits. Si tu lis qu’il en existe « des centaines », demande la source avant de le reprendre.

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Que contient la Clavicule de Salomon ?

Selon la page, le livre se compose de deux parties. Le premier livre contient des conjurations, des invocations et des malédictions censées convoquer et contraindre des esprits et des démons. Il traite aussi de la recherche d’objets volés, de l’invisibilité, de la faveur et de l’amour.

Le second livre est consacré aux purifications, aux vêtements et à la fabrication d’instruments magiques. Il mentionne aussi des sacrifices d’animaux, d’après la page.

Chaque « expérience » du texte demande des éléments précis :

  • Des dessins particuliers. Les figures et symboles font partie de la procédure ;
  • Des matériaux. Le texte précise ce qu’il faut employer ;
  • Un moment astrologique. Le calendrier des astres compte ;
  • Des bénédictions. Des formules accompagnent les gestes.

Beaucoup de symboles reprennent l’alphabet dit Transitus Fluvii, d’après la page. Je ne détaille pas davantage les procédures. Mon but est de décrire ce que le livre prétend contenir, pas de t’en faire un mode d’emploi.

Le texte affirme que ces opérations produisent des effets. Ce sont des pratiques de croyance que les marabouts utilisent, et le résultat vient de Dieu. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Cette structure en « expériences » donne au livre un aspect de recueil technique. Chaque entrée associe un but, un matériel, un moment et des paroles, comme une recette. C’est précisément ce qui fait la force de ce genre de texte auprès des lecteurs : il promet de la méthode, là où d’autres écrits restent philosophiques. Cela ne dit rien de son efficacité, seulement de son style, et un style rigoureux peut très bien décrire des gestes sans effet.

Un autre point utile : la page ne parle pas de « pentacles » dans le passage que j’ai lu, alors que le mot revient très souvent sur Internet à propos de ce livre. Je ne l’emploie donc pas comme un fait. Quand un détail est partout répété mais introuvable dans la source, c’est un bon signal pour vérifier plus loin.

Pour la comparaison avec un grimoire arabe d’astromagie, Shams al-Maarif ou Picatrix : lequel lire et pourquoi ? apporte un autre point de repère.

Qui a édité et diffusé la Clavicule dans le monde anglophone ?

Surtout S. L. MacGregor Mathers, qui a publié en 1889 une édition fondée sur les manuscrits de la British Library. C’est cette édition qui a fait connaître le texte au grand public anglophone.

Voici les éditions citées :

  1. Mathers, 1889. Une édition à partir des manuscrits de la British Library ;
  2. Gollancz, 1903. Hermann Gollancz publie le second texte hébreu, avec un fac-similé en 1914 ;
  3. De Laurence, 1914. L. W. de Laurence modifie le texte de Mathers pour faire la publicité de son activité de vente par correspondance ;
  4. Skinner et Rankine, 2008. Une traduction intitulée The Veritable Key of Solomon, et Skinner signe aussi une préface à un fac-similé de Teitan Press la même année.

Le cas de de Laurence est instructif. Une édition populaire a été retouchée à des fins commerciales, ce qui montre qu’un texte de cette sorte peut être modifié pour vendre. Quand tu lis une édition, demande-toi qui l’a produite, quand, et pour quoi.

La page rattache aussi la Clavicule à d’autres textes : elle aurait « peut-être » inspiré la Petite Clavicule de Salomon, mais la page marque cette affirmation comme demandant une source. Je la rapporte avec cette réserve et je ne la reprends pas à mon compte.

Découvre les secrets des marabouts et des érudits africains, expliqués dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Quel rapport avec le Shams al-Maarif, et comment lire ce genre de livre ?

Un rapport de catégorie, pas de filiation. Wikipédia range le Shams al-Maarif parmi les grimoires, comme la Clavicule. Mais ce sont deux textes de milieux, de langues et d’époques différents, et aucune source lue ne les relie directement.

Ce qu’ils partagent est plutôt une situation de lecture : un nom prestigieux, des versions multiples, une réputation d’interdit, des éditions modernes qui ont pu les transformer. Le Shams al-Maarif a lui aussi des formes variées, comme le détaille Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ?.

Voici une méthode simple pour lire un livre de ce type :

  1. Cherche la date du plus ancien manuscrit. Elle compte plus que la date légendaire ;
  2. Regarde qui a édité. Un éditeur peut avoir ajouté, coupé ou retouché ;
  3. Distingue la description et l’efficacité. Un texte qui décrit un rite ne prouve pas que le rite fonctionne ;
  4. Garde la distance critique. Lis pour comprendre une histoire, une langue et une culture.

Cet article décrit un livre historique, il ne donne pas de mode d’emploi. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.

Pour une méthode de lecture appliquée au livre arabe, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une approche pas à pas.

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En résumé

La Clavicule de Salomon est un grimoire attribué à Salomon, probablement composé au XIVe ou XVe siècle en Italie. Ses manuscrits conservés datent surtout de la fin du XVIe au XVIIIe siècle, en grec, latin, italien, anglais, hébreu et français. L’édition de Mathers (1889) l’a popularisée, et celle de de Laurence (1914) l’a retouchée à des fins commerciales.

Le livre décrit des conjurations, des purifications et des instruments, avec des symboles et un calendrier astrologique. Son origine exacte reste discutée. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article Key of Solomon sur Wikipédia (en anglais) ; article Grimoire sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Qui a écrit la Clavicule de Salomon ?

Le texte l’attribue à Salomon, mais il date probablement du XIVe ou XVe siècle, selon Wikipédia. L’auteur réel est inconnu, et l’origine exacte reste discutée.

Quand a-t-elle été publiée en anglais ?

S. L. MacGregor Mathers a publié une édition en 1889, fondée sur les manuscrits de la British Library, d’après Wikipédia.

Que contient la Clavicule de Salomon ?

Deux livres. Le premier traite de conjurations et d’invocations, le second de purifications, de vêtements et d’instruments, selon la page de Wikipédia.

La Clavicule de Salomon a-t-elle un effet réel ?

Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.