La date de mort d’al-Būnī la plus citée est 622 de l’hégire, soit 1225. Selon Noah Gardiner, elle est « largement acceptée », mais aucune source ancienne ne la confirme, et une autre date, 630 (1232-1233), apparaît aussi. La question reste ouverte. Il serait mort probablement au Caire.
Quand on cherche « mort d’al-Buni », on tombe presque toujours sur une année donnée sans nuance : 1225. Elle figure sur Wikipédia, dans la presse, sur d’innombrables pages consacrées au Shams al-Maarif. Pourtant, elle est moins solide qu’elle n’en a l’air.
Le problème est simple. Al-Būnī est une figure célèbre, mais sa biographie est mince. Les sources anciennes parlent peu de lui, parfois de façon peu fiable, et les dates qu’on cite viennent d’un seul bibliographe tardif. Cela change la manière d’écrire sur lui.
Dans cet article, je m’appuie surtout sur l’étude de Noah Gardiner (2012), avec Wikipédia et Middle East Eye en renfort. Je distingue ce qui est établi, ce qui est probable et ce qui reste à prouver.
Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.
En quelle année al-Buni est-il mort ?
La date la plus courante est 622 de l’hégire, soit 1225. Wikipédia écrit simplement « d. 1225 », sans réserve. Gardiner, lui, présente cette date comme la plus répandue, tout en la jugeant incertaine : pour lui, la date de mort d’al-Būnī est « une question ouverte ».
Voici ce que les sources donnent :
| Date | Origine | Remarque |
|---|---|---|
| 622 / 1225 | Plusieurs passages du Kashf al-ẓunūn de Ḥājjī Khalīfa | Date « largement acceptée » selon Gardiner |
| 630 / 1232-1233 | Une autre entrée du même Kashf al-ẓunūn | Même source, date différente |
| Plus tard que 1225 | Anachronismes dans le Shams al-maʿārif | Probablement des ajouts tardifs, selon Gardiner |
Trois points se dégagent de ce tableau :
- Une seule source pour les deux dates. Les dates 622 et 630 viennent toutes deux du même ouvrage de bibliographie, composé bien après la mort supposée ;
- Aucune source plus ancienne ne les confirme. Gardiner le dit explicitement : ni l’une ni l’autre n’est corroborée par un texte antérieur ;
- Une inférence possible. Selon Gardiner, Ḥājjī Khalīfa a pu déduire 622 de l’absence de mentions plus tardives dans les manuscrits. Il appelle cela une conjecture, pas un fait.
Un détail technique mérite d’être cité. Le Shams al-maʿārif contient des passages qui mentionnent des personnes ou des dates postérieures à 1225, par exemple Ibn Sabʿīn, Ibn Ṭalḥa, ou une déclaration datée de 670 / 1271. Si ces passages étaient d’al-Būnī, il aurait vécu plus tard. Mais Gardiner estime qu’il s’agit probablement d’ajouts postérieurs, ce qui rend l’argument peu concluant.
Gardiner ne mentionne pas la date de 658 / 1258, que l’on lit parfois sur des sites. Je ne la retiens pas, faute de source.
Pourquoi une telle incertitude pour un auteur aussi cité ? Parce que, dans la tradition savante médiévale, la notoriété d’un nom ne s’accompagnait pas toujours d’une notice précise. Les biographes recopiaient parfois leurs prédécesseurs, et un texte pouvait circuler sous un nom célèbre bien après la mort de la personne. Dans le cas d’al-Būnī, cette situation a laissé des dates fragiles et beaucoup de place aux légendes.
Ce qu’on peut donc dire honnêtement, c’est que « vers 1225 » est l’hypothèse la plus répandue, et que l’année exacte n’est pas démontrée. Pour une présentation d’ensemble du personnage, lis Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende.
Où al-Buni est-il mort, et où a-t-il vécu ?
Selon Gardiner, il est probablement mort au Caire, et il y a vécu au moins dans les dernières années de sa vie. Son origine, en revanche, est débattue : son nom renvoie à Būna, l’ancienne Hippone, aujourd’hui ʿAnnāba, en Algérie.
Voici les indices que Gardiner réunit :
- Un manuscrit daté d’Égypte. Le colophon d’un ouvrage d’al-Būnī, ʿIlm al-hudā, indique qu’il l’a terminé le 27 dhū l-ḥijja 621, à « bi-ẓāhir Miṣr », formule que Gardiner rattache probablement aux cimetières de la Qarāfa, près du Caire ;
- Des séances de lecture. Une note de copiste décrit des séances d’audition qui se sont terminées le 23 rabīʿ al-awwal 622 (1225) à la Qarāfa. Un certificat de lecture d’un autre ouvrage, Laṭāʾif al-ishārāt, date de la même période ;
- Une tombe vénérée. Un guide d’Ibn al-Zayyāt, du début du XVe siècle, et une note latine de 1872 indiquent que son tombeau était un lieu de vénération. D’où l’idée qu’il est mort au Caire ;
- Un maître nommé. Dans ʿIlm al-hudā, al-Būnī cite comme maître Abū Muḥammad ʿAbd al-ʿAzīz al-Mahdawī, mort en 621 / 1224, qui dirigeait un centre soufi à Tunis. Pour Gardiner, cela plaide pour une origine ifrīqiyenne, c’est-à-dire d’Afrique du Nord.
Gardiner précise qu’il s’agit d’une interprétation, pas d’une preuve. Il écrit que al-Būnī a « probablement » présidé les séances de lecture, parce que les certificats omettent le nom du maître qui présidait. Je rapporte donc cela comme une hypothèse.
Sur l’origine, deux lectures coexistent. Wikipédia donne Būna, dans le califat almohade. Gardiner soutient cette origine, mais note que certains spécialistes, comme Witkam et Carl Ernst, le considèrent comme égyptien. Pour situer le contexte religieux du Maghreb, tu peux lire Quel est le courant islamique dominant en Algérie ? Repères clairs.
Les pages qui donnent la date exacte du jour de sa mort, ou qui racontent ses derniers instants, ne s’appuient sur aucune source que j’ai pu lire. Traite-les comme des récits.
Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.
Quelles sources parlent de la vie et de la mort d’al-Buni ?
Peu de sources, et pas toutes fiables. Gardiner passe en revue les principales et en juge plusieurs sévèrement. Le résultat est que la biographie d’al-Būnī repose surtout sur quelques notes de manuscrits et sur des bibliographes tardifs.
Voici les sources citées par Gardiner :
- Maqrīzī, al-Muqaffā al-kabīr. Une notice biographique que Gardiner juge « largement peu fiable », avec une erreur dans la forme du nom ;
- Manāwī, al-Kawākib al-durriyya. L’auteur est mort en 1021 / 1631. Son entrée sur al-Būnī ne contient aucune information biographique ;
- Ibn al-Zayyāt, Kawākib al-sayyāra. Un guide qui indique l’emplacement de la tombe ;
- Ḥājjī Khalīfa, Kashf al-ẓunūn. Source des dates 622 et 630 ;
- Les paratextes. Colophons, certificats d’audition et notes de propriétaires dans les manuscrits.
Ce dernier groupe est le plus précieux. Un colophon est la note finale d’un copiste, qui donne parfois une date et un lieu. Un certificat d’audition atteste qu’un texte a été lu devant un maître. Ces indices sont plus proches des faits que des bibliographies écrites des siècles plus tard.
Gardiner relève aussi que, pour ses maîtres, un seul nom apparaît dans une œuvre majeure : al-Mahdawī. Il note qu’Ibn ʿArabī a lui aussi étudié auprès de lui, mais qu’aucune date ne montre une rencontre entre les deux hommes. Autrement dit, l’idée qu’al-Būnī et Ibn ʿArabī aient été proches n’est pas établie.
Une autre remarque concerne le titre Qabs al-iqtidāʾ. Cet ouvrage nomme Abū Madyan et son entourage, mais Gardiner doute de son authenticité. Il vaut mieux ne pas bâtir de théorie sur lui.
Pour la liste des livres qui lui sont attribués, Quels sont les livres écrits par Ahmad al-Buni ? Liste prudente distingue les œuvres mieux attribuées de celles qui le sont moins.
Colophon : note placée à la fin d’un manuscrit par le copiste. Elle peut indiquer le titre, la date, le lieu de copie et parfois le nom du copiste.
Pour comprendre comment ces notes de manuscrits se lisent, imagine un registre de bibliothèque : une date, un lieu, un nom, parfois une signature. Chacune de ces mentions est petite, mais mises ensemble, elles permettent de reconstituer un parcours. C’est exactement ainsi que Gardiner procède pour al-Būnī, faute de biographie ancienne digne de confiance.
Pourquoi la date de sa mort compte-t-elle pour le Shams al-Maarif ?
Parce qu’elle conditionne l’attribution du livre. Si les dates sont floues, la question « qui a écrit quoi, et quand ? » l’est aussi. Gardiner montre que la grande version du Shams al-maʿārif est surtout un produit du début du XVIIe siècle.
Voici les conséquences :
- Un auteur, plusieurs strates. Le texte contient des éléments d’al-Būnī, d’autres attribués à lui, et des ajouts. Fixer sa mort aide à repérer ce qui est postérieur ;
- Des anachronismes qui interrogent. Les mentions de personnes plus tardives posent la question d’ajouts. Gardiner penche pour des interpolations ;
- Une réputation plus grande que les preuves. Selon Wikipédia, on sait très peu de choses sur lui, et son attribution du Shams al-Ma’arif est discutée ;
- Une figure soufie avant d’être un « magicien ». Les certificats d’audition le replacent dans un milieu savant et religieux, ce que ne laisse pas deviner sa légende populaire.
Pour la question de l’auteur du livre, Shams al-Ma’arif auteur : qui a vraiment écrit le livre ? détaille les doutes. Et pour l’histoire de l’œuvre, Quelle est l’origine de Shams al-Ma’arif ? Auteur, époque et histoire du texte la remet en perspective.
Un exemple concret éclaire le problème. Si tu lis qu’« al-Būnī a écrit le Shams al-Maarif en 1225 », cette phrase empile trois affirmations : que c’est bien lui, que le livre est de lui, et que 1225 est la bonne date. Aucune des trois n’est entièrement démontrée. La formulation prudente serait : « le livre est attribué à al-Būnī, mort probablement vers 1225 ».
C’est la raison pour laquelle je reste prudent sur le contenu. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. La biographie incertaine de l’auteur ne change rien à cela, mais elle rappelle qu’il faut toujours demander la source.
Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.
En résumé
La date de mort d’al-Būnī la plus citée est 622 / 1225, mais elle vient d’un seul bibliographe tardif, Ḥājjī Khalīfa, qui donne aussi 630 / 1232-1233. Gardiner juge la question ouverte.
Il est probablement mort au Caire, où des manuscrits datés de 621-622 le situent, et où son tombeau était vénéré. Son origine nord-africaine, à Būna ou en Ifrīqiya, est la lecture que défend Gardiner, mais d’autres spécialistes le disent égyptien.
Les sources biographiques sont rares et parfois peu fiables. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Retiens la formule prudente : « mort probablement vers 1225 ».
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012 ; article Ahmad al-Buni sur Wikipédia (en anglais) ; Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? ».
Questions fréquentes
Quand al-Buni est-il mort exactement ?
On ne le sait pas avec certitude. La date la plus répandue est 622 de l’hégire, soit 1225, mais une autre source donne 630, soit 1232-1233. Gardiner considère la question comme ouverte.
Où al-Buni est-il enterré ?
Selon Gardiner, un guide du début du XVe siècle et une note de 1872 indiquent que son tombeau était vénéré, ce qui suggère qu’il est mort au Caire. Je n’ai pas de source pour l’emplacement précis.
Al-Buni est-il né en Algérie ?
Son nom renvoie à Būna, aujourd’hui ʿAnnāba, et Wikipédia donne cette origine. Gardiner la soutient, mais certains spécialistes, dont Witkam et Ernst, le disent égyptien.
Peut-on se fier à la date de 1225 ?
Comme repère approximatif, oui. Comme fait établi, non, car aucune source ancienne ne la confirme. La formule la plus honnête est « mort probablement vers 1225 ».


