Ahmad al-Būnī est, selon Wikipédia, un savant soufi né à Bône, aujourd’hui Annaba en Algérie, mort en 1225, présenté comme mathématicien, philosophe et soufi. La même page précise que l’on sait très peu de choses sur sa vie, et sa date de naissance n’y figure pas.
Quand on cherche sa biographie, on trouve souvent des récits très précis : sa jeunesse, ses maîtres, ses voyages, ses miracles. Ce que les sources que j’ai lues permettent d’établir est beaucoup plus mince, et c’est justement l’intérêt de cet article. Je te donne ce qui est dit, ce qui ne l’est pas, et les endroits où les sources se contredisent.
Je m’appuie sur trois pages de Wikipédia, lues en anglais : celle d’Ahmad al-Būnī, celle du Shams al-Maarif et celle des carrés magiques. Elles ne disent pas toutes la même chose, et je le montre.
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Qui était Ahmad al-Būnī ?
Un savant du XIIIe siècle, selon la page, présenté comme mathématicien, philosophe islamique et soufi. Elle donne plusieurs formes de son nom : Sharaf al-Dīn, Shihab al-Dīn ou Muḥyī al-Dīn Aḥmad ibn ʿAlī ibn Yūsuf al-Būnī al-Mālikī al-Ifrīqī.
Voici les éléments d’identité que la page livre :
- Une mort en 1225. C’est la seule date sûre de sa vie dans cette page ;
- Une naissance à Bône. La ville s’appelle aujourd’hui Annaba, en Algérie ;
- Un cadre politique. Le califat almohade au moment de sa naissance ;
- Un séjour en Égypte. Sous les Ayyoubides, sans plus de détail ;
- Une contemporanéité. La page le dit contemporain d’Ibn Arabi.
Les formes du nom varient, ce qui est fréquent pour les savants de cette époque, et la page ne choisit pas entre elles. Je garde donc « al-Būnī », le nom le plus courant, sans prétendre savoir lequel était le sien dans la vie courante.
Que sait-on de sa naissance et de sa jeunesse ?
Presque rien, d’après la page. Elle ne donne ni date de naissance, ni nom de famille précis, ni récit d’enfance. Elle dit seulement qu’il est né à Bône sous les Almohades.
Les biographies populaires sont souvent plus bavardes. Voici ce qu’il faut garder en tête quand tu en lis une :
- Une date de naissance précise. La page n’en donne pas, donc une date précise vient d’ailleurs ;
- Une jeunesse détaillée. Rien de tel dans la page ;
- Des miracles. Ils relèvent de la tradition, pas de l’histoire établie ;
- Des sources nommées. Si un récit n’en cite aucune, il ne peut pas être vérifié.
Je ne te dis pas que ces récits sont faux. Je te dis que, dans les pages que j’ai lues, rien ne permet de les confirmer, et que je ne les reprends donc pas.
Pour un point de départ plus général, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende fait le point sur ce que l’on sait de lui, d’après d’autres sources.
Où a-t-il vécu et étudié ?
À Bône d’abord, puis en Égypte, selon la page. Elle dit qu’il a appris auprès de nombreux maîtres soufis éminents de son époque, mais elle n’en nomme aucun.
Voici ce que la page ne dit pas, et que beaucoup de biographies affirment :
| Affirmation courante | Ce que dit la page | Ma réserve |
|---|---|---|
| Il aurait vécu au Caire | Le Caire n’apparaît que dans une référence bibliographique | Pas de preuve dans la page |
| Il aurait eu des maîtres précis | « Nombreux maîtres soufis », sans noms | Aucun nom vérifié |
| Il aurait voyagé longuement | Rien sur des voyages, hors l’Égypte | Non documenté ici |
| Il serait mort à une date précise | 1225 | Seule date donnée |
La page du Shams al-Maarif ajoute une nuance sur l’époque : elle parle tantôt du XIIIe siècle, tantôt de la fin du XIIe ou du début du XIIIe. Cela donne deux formulations pour le même homme, et je ne les harmonise pas.
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Quelles œuvres lui attribue-t-on ?
Plusieurs, selon la page, mais leur attribution n’est pas toujours sûre. Elle cite en particulier :
- Shams al-Maʿārif al-Kubrā. Une édition du Caire de 1928 est citée en référence ;
- Sharḥ Ism Allāh al-aʿẓam fī al-rūḥānī. Imprimé en 1357 de l’hégire, à al-Azhar ;
- Kabs al-iktidā. Un manuscrit conservé à la bibliothèque de l’université de Durham ;
- Berhatiah. Cité comme une conjuration de magie ancienne ;
- Un traité sur les 99 noms de Dieu. La collection Khalili le conserve.
Les thèmes de ses écrits, d’après la page, sont la science des lettres, les mathématiques, la magie et la spiritualité. Elle précise que ce type de magie porte aussi d’autres noms, comme la science de la sagesse, la science des secrets des lettres ou la science des êtres spirituels.
Je ne te donne pas de détail sur le contenu de ces ouvrages. Pour la science des lettres en général, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? en présente les bases, d’après une autre page.
A-t-il vraiment écrit le Shams al-Maarif ?
Ce n’est pas sûr, selon la page. Elle indique qu’on lui reconnaît la paternité du Shams al-Maarif, sans trancher, et que cette attribution a été remise en question par Jean-Charles Coulon en 2022.
La page du livre ajoute des éléments plus précis :
- Un texte composite. La Kubra regroupe plusieurs auteurs, dont al-Bisṭāmī, un savant ottoman du XVe siècle ;
- Des anachronismes. Coulon y voit des éléments incompatibles avec l’époque d’al-Būnī ;
- Un corpus attribué. Il parle d’un ensemble de textes faussement placés sous son nom ;
- Un manuscrit de Damas. Il porte le même titre, mais son contenu est cosmologique ; on suggère qu’il serait authentiquement d’al-Būnī.
Cela signifie que « la biographie d’al-Būnī » et « l’histoire du Shams al-Maarif » ne se confondent pas. Pour ce point, Shams al Maarif histoire : d’al-Būnī aux éditions imprimées, repères et incertitudes détaille le parcours du texte.
Qu’a-t-il apporté aux mathématiques ?
Une technique de construction de carrés magiques, selon la page, mais avec une réserve. Vers 1200, il aurait montré comment construire des carrés magiques par une méthode de bordure simple, et la page précise qu’il n’en serait peut-être pas l’inventeur.
La page des carrés magiques éclaire le contexte :
- Jabir ibn Hayyan. Il serait lié au premier carré 3×3 datable du monde islamique, dans un traité d’alchimie ;
- Les Ikhwan al-Safa. Une encyclopédie de Bagdad, vers 983, contient des exemples de carrés ;
- La méthode de bordure. À la fin du Xe siècle, des mathématiciens savaient construire des carrés bordés de tout ordre ;
- Ibn al-Haytham. Il aurait résolu un cas particulier vers 1040, selon la page.
Elle présente al-Būnī comme un savant algérien, vers 1225, à qui l’on attribue des méthodes de construction de carrés bordés. Elle donne aussi, pour le Shams al-Maarif, des dates qui ne s’accordent pas : une section le situe à la fin du XIIe siècle, une autre un siècle après Ibn Zarkali. Je te signale cette incohérence plutôt que de la corriger moi-même.
Pour un savant des mathématiques de la même époque, Ibn al-Haytham : le Livre de l’optique, la camera obscura et la légende du Nil présente un autre parcours scientifique.
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Que dit-on de son influence ?
Des choses larges, mais peu sourcées, d’après la page. Voici comment je les classe :
- Un usage au Nigeria. La page dit que ses travaux sur la médecine traditionnelle restent une référence pour des guérisseurs musulmans yoruba, ce qui relève d’une affirmation que je ne reprends pas comme conseil de santé ;
- Les hurufis. La page le signale, avec la mention « citation needed » ;
- Le mouvement babi. Denis MacEoin suggère en 1985 une influence indirecte ;
- Les recueils de pratiques. La plupart des livres de mujarrabat seraient des extraits simplifiés du Shams, selon la page.
Une influence supposée n’est pas une influence prouvée, et plusieurs de ces affirmations manquent de sources. Pour tout ce qui touche à la santé, adresse-toi à un professionnel de santé, et non à un texte ancien.
Quelle différence entre la légende et les faits ?
Les faits tiennent en peu de lignes, alors que la légende occupe beaucoup de place. Dans les pages que j’ai lues, les faits sont une mort en 1225, une naissance à Bône, un séjour en Égypte, un lien avec le soufisme et des écrits attribués. Tout le reste vient de la tradition ou d’autres sources que je n’ai pas contrôlées.
Voici comment je sépare les deux :
| Élément | Statut dans les pages lues | Comment le lire |
|---|---|---|
| Mort en 1225 | Date donnée par la page | Repère solide, à confirmer ailleurs |
| Naissance à Bône | Donnée par la page | Lieu indiqué, sans date |
| Maîtres soufis | Mentionnés sans noms | Information trop vague |
| Auteur du Shams al-Maarif | Attribution discutée | À traiter comme une hypothèse |
| Pouvoirs ou miracles | Absents des pages lues | Tradition, non vérifiable |
Une biographie qui ajoute des détails à ce tableau doit citer sa source. Sinon, tu as le droit de la lire comme un récit de tradition plutôt que comme de l’histoire.
Quand est-il mort, et que sait-on de ses derniers temps ?
Il est mort en 1225, selon la page, et c’est tout ce qu’elle dit. Elle ne donne ni lieu précis, ni circonstances, ni sépulture.
Pour une discussion sur les dates, Mort d’al-Buni : en quelle année, et que sait-on vraiment ? montre pourquoi elles restent fragiles. Je ne t’en dis pas plus ici, car je n’ai pas trouvé, dans les pages lues, de quoi appuyer un récit de ses derniers temps.
Comment lire une biographie d’al-Būnī avec du recul ?
En posant quelques questions simples. Voici cinq réflexes, qui sont les miens :
- Cherche la source. Un récit sans source ne peut pas être vérifié ;
- Compare les dates. XIIe ou XIIIe siècle, 1225 : repère les écarts ;
- Sépare l’homme et le livre. Le Shams al-Maarif est un texte composite ;
- Note ce qui manque. Naissance, maîtres, voyages : la page est muette ;
- Ne promets rien. Ce sont des pratiques de croyance que les marabouts utilisent, et le résultat vient de Dieu.
Pour lire le livre sans te lancer dans des pratiques, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une lecture pas à pas.
En résumé
Ahmad al-Būnī est un savant soufi né à Bône et mort en 1225, dont on sait très peu de choses : ni date de naissance, ni maîtres nommés, ni détails sur son séjour en Égypte. On lui attribue plusieurs œuvres et une méthode de construction de carrés magiques, mais la paternité du Shams al-Maarif est discutée.
Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu. Une biographie honnête commence par dire ce qu’elle ne sait pas.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article « Ahmad al-Buni » sur Wikipédia (en anglais), article « Shams al-Ma’arif » sur Wikipédia (en anglais).
Questions fréquentes
Qui était Ahmad al-Būnī ?
Selon Wikipédia, un savant soufi, mathématicien et philosophe, né à Bône, aujourd’hui Annaba, et mort en 1225.
Où a-t-il vécu ?
À Bône, puis en Égypte sous les Ayyoubides, selon la page, qui ne donne pas d’autres détails.
A-t-il écrit le Shams al-Maarif ?
On lui en attribue la paternité, mais cela est discuté : le texte est composite et son attribution a été remise en question en 2022.
Ses pratiques donnent-elles un résultat ?
Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.


