Aller au contenu
SecretMystiquee
Shams al-Maʿārif

Hurufisme : le mouvement des lettres de Fazlallah Astarabadi

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 11 min de lecture
hurufisme Couverture de l'article

Le hurufisme est un mouvement né dans les milieux soufis d’Astrabad, fondé par Fazlallah Astarabadi, qui voyait dans les lettres de l’alphabet la clé du Coran. Selon Wikipédia, c’est une forme de numérologie islamique, l’équivalent de la guématrie, qui s’est diffusée aux XIVe et XVe siècles.

Tu croiseras ce mot dès que tu lis sur la science des lettres, parce qu’il donne l’impression d’un fil unique entre toutes les traditions qui travaillent sur l’alphabet arabe. En réalité, le hurufisme est un mouvement précis, daté, avec un fondateur, une répression et des héritiers. Le confondre avec la tradition d’al-Būnī, c’est mélanger des époques et des milieux différents.

Je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée au hurufisme, lue en anglais, et je l’attribue chaque fois. Elle ne mentionne ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni les talismans. Je n’invente donc aucun lien, et je dis clairement ce que la page laisse de côté.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Qu’est-ce que le hurufisme ?

C’est une mystique des lettres, appelée en arabe ḥurūfiyya. Selon la page, il s’agit d’une forme de numérologie islamique fondée sur la mystique des lettres (ḥurūf), présentée comme l’équivalent islamique de la guématrie. Le mouvement est né dans des cercles soufis d’Astrabad, puis s’est répandu à la fin du XIVe et au début du XVe siècle vers l’ouest de l’Iran, l’Anatolie et les Balkans.

La page résume le cadre en quelques points :

  1. Un nom. Ḥurūfiyya en arabe, horūfiyān en persan ;
  2. Un lieu de naissance. Des cercles soufis d’Astrabad, aujourd’hui Gorgan, en Iran ;
  3. Une période. La fin du XIVe siècle et le début du XVe ;
  4. Une zone d’extension. L’ouest de l’Iran, l’Anatolie et les Balkans.

Cette définition appelle une précision utile pour ce site. La page parle de numérologie des lettres, donc d’un domaine voisin de la science des lettres et de l’abjad. Elle ne dit pas que les deux traditions sont identiques, et elle ne les relie pas. Je garde cette distinction.

Guématrie : méthode, connue dans la tradition juive, qui donne une valeur numérique aux lettres d’un mot et rapproche des mots de même valeur. La page emploie ce terme pour situer le hurufisme, sans détailler la méthode.

Pour le cadre général de ces pratiques, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? pose les définitions, et Valeur numérique des lettres arabes : le tableau abjad expliqué montre le système de valeurs, sans promesse.

Qui était Fazlallah Astarabadi ?

C’est le fondateur du mouvement, né à Astrabad en 1340 et exécuté en 1394. La page raconte son parcours en étapes :

  1. Un début soufi. Il est attiré tôt par le soufisme, par les enseignements de Mansur al-Hallaj et de Rumi ;
  2. Une prédication. À partir du milieu des années 1370, il prêche en Iran et en Azerbaïdjan ;
  3. Un public de cour. À Tabriz, il gagne des partisans parmi l’élite, à la cour du sultanat jalayiride ;
  4. Un tournant. D’abord dans le soufisme ordinaire, il évolue vers une spiritualité plus ésotérique ;
  5. Une fin violente. Après avoir échoué à convertir Timur, il est exécuté en 1394 près de la tour d’Alinja, à Nakhitchevan, par Miran Shah, fils de Timur.

La page ajoute qu’un grand soulèvement hurufi a été écrasé, mais que le mouvement a survécu environ une décennie « sous diverses formes ». Son œuvre principale est le Jāvdānnāme-ye Kabir, le « Grand livre de l’éternité », probablement écrit à Bakou avant son arrestation. Des copies faites par sa fille Makhdumzāde auraient aidé à le conserver, et les derviches bektachis l’ont préservé.

La page marque plusieurs de ces points comme demandant une meilleure source, dont la conservation du Jāvdānnāme par les derviches. Je les rapporte avec cette réserve.

Je ne développe pas davantage la biographie : la page ne donne presque rien sur les écrits de Fazlallah au-delà de leurs titres. Pour un autre cas de figure fondatrice dont la vie est surtout connue par des récits, Ibn Arabi : vie, œuvres et réception du Cheikh al-Akbar montre comment on lit ce type de parcours avec prudence.

Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.

Que croyaient les hurufis ?

Selon la page, ils plaçaient les lettres au centre de leur lecture du monde. Elle présente leurs idées comme suit :

  • La clé du Coran. Fazlallah tenait que la clé du Coran, le « septième livre scellé », est un système cabalistique de lettres ;
  • Un univers éternel. Il est éternel et se meut par rotation ;
  • Un visage divin manifesté. Le visage divin est impérissable et se manifeste dans l’Homme, décrit comme la meilleure des formes ;
  • Dieu dans les mots et les lettres. Les lettres de l’alphabet, 28 en arabe et 32 en persan, sont présentées comme le support de cette présence ; le nombre persan est décrit comme la base de l’amour et de la beauté ;
  • Le nombre sept. Il est lié aux parties nobles du visage, aux versets de la Fatiha et à la profession de foi verbale ;
  • L’Homme comme copie suprême. Il serait la clé de la haqiqa, la réalité ultime ;
  • Une figure particulière. Les hurufis voyaient en Fazlallah une manifestation de la force de Dieu après Adam, Moïse et Muhammad.

La page cite aussi R. N. Frye, selon qui le hurufisme exprimait l’identification mystique de la figure humaine propre à l’ismaïlisme, mais en plaçant la haqiqa dans la substance des lettres plutôt que dans l’imam.

Certaines de ces idées touchent à des questions de théologie délicates. Je les rapporte comme des croyances d’un mouvement historique, et pas comme des vérités. La page rappelle d’ailleurs que le savant ottoman Taşköprüzade parlait de « certains maudits sans importance » à propos des hurufis qui tentaient d’influencer le sultan Mehmed II.

Ce sont les croyances des hurufis, telles que la page les décrit. Elles ne représentent pas l’islam en général, et je ne dis pas qu’elles sont vraies ou fausses. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.

Pour situer ce mouvement dans un cadre plus large de spiritualité islamique, Qu’est-ce que le soufisme ? Définition, origines et grands ordres donne des repères sur les courants dont il est issu.

Comment le hurufisme s’est-il diffusé, et quel rôle ont joué les bektachis ?

Par des disciples et par des ordres soufis qui ont conservé ses textes. Selon la page, des disciples comme Imadaddin Nasimi, mort vers 1417, ont développé ses idées en Azerbaïdjan, et Seyid Ishag les a portées en Turquie. Par la poésie de Nasimi, les idées hurufies seraient arrivées, à des degrés divers, chez Niyazi-i Misri, Fuzûlî, Habibi, Ismaïl Ier et Rushani.

Voici les étapes de la diffusion que la page décrit :

  1. Un disciple vers les Balkans. Rafi’i, élève de Fazlallah, émigre dans les Balkans et transmet l’idée que le nombre de lettres des alphabets arabe et persan énumère toutes les formes et tous les sons, par des axes de symétrie ;
  2. Une révolte et un exode. Une révolte hurufie au Khorezm est réprimée par les Mongols, ce qui provoque un exode vers les Balkans ;
  3. Un refuge. L’ordre bektachi, toujours actif en Anatolie et dans les Balkans, sert de dépôt aux enseignements et aux écrits hurufis ;
  4. Une longue durée. Des manuscrits bektachis suggèrent environ cinq siècles de hurufisme dans les Balkans, avec un sommet au XVIIIe siècle ;
  5. Des relais. Les ordres qadiri et naqshbandi auraient aidé à collecter, récupérer et traduire des manuscrits hurufis, ce que la page marque comme demandant une source.

La page cite des textes conservés dans des loges bektachies, comme le Cāvidān-Nāma, le Hākikāt-Nāma, le Māhşar-Nāma et l’Istivā-Nāme. Elle mentionne aussi Gül Baba et sa synthèse intitulée La Clé de l’invisible. Elle précise que des termes et concepts hurufis se retrouvent dans toute la poésie bektachie.

Ce que je tire de ces points est limité : un mouvement réprimé peut survivre dans un autre milieu, ici un ordre soufi, et ses textes peuvent passer par des copistes fidèles. Je ne généralise pas à d’autres traditions de lettres.

Découvre les secrets des marabouts et des érudits africains, expliqués dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Le hurufisme a-t-il un lien avec al-Būnī et le Shams al-Maarif ?

Aucun lien que la source me permette de documenter. La page ne cite ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni les talismans, ni le jafr, ni Ibn Arabi. Elle renvoie seulement à la science des lettres dans une liste d’articles liés, sans en parler dans son texte.

Voici ce que je peux dire sans inventer :

  • Une proximité de thème. Dans les deux cas, on parle de lettres arabes chargées de sens. C’est un point commun, pas une filiation ;
  • Des époques différentes. Fazlallah est né en 1340. Pour la date d’al-Būnī, Mort d’al-Buni : en quelle année, et que sait-on vraiment ? montre qu’elle reste discutée ;
  • Des milieux différents. Le hurufisme est présenté par la page comme né à Astrabad, puis diffusé vers l’ouest, alors qu’al-Būnī est lié au monde arabe ;
  • Des finalités à ne pas mélanger. La page décrit une vision du monde où les lettres expriment la présence divine. Elle ne décrit pas de talismans.

Pour la partie talismans, c’est un autre sujet, traité séparément dans Talisman en islam : ce que disent les sources sur les amulettes.

Cet article présente un mouvement historique et ses croyances. Il ne donne aucune méthode. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.

Obtiens Le Grand Livre des Secrets Mystiques et pratique ces secrets toi-même.

Comment parle-t-on du hurufisme aujourd’hui ?

Dans la mémoire littéraire et culturelle, selon la page. Elle mentionne le film Nasimi (1973, RSS d’Azerbaïdjan), qui montre l’exécution de Fazlallah et l’écorchement de Nasimi à Alep. Elle note aussi que le hurufisme joue un rôle dans Le Livre noir d’Orhan Pamuk et dans The Dervish House d’Ian McDonald.

Ces mentions disent surtout que le mouvement a marqué l’imaginaire. Elles ne disent rien de la valeur de ses idées. Voici cinq réflexes de lecture, qui sont les miens :

  1. Date le mouvement. Il s’agit de la fin du XIVe siècle et du début du XVe, pas du Moyen Âge en général ;
  2. Distingue le fondateur et les héritiers. Fazlallah, Nasimi et les bektachis ne disent pas tous la même chose ;
  3. Repère les marqueurs de doute. La page signale plusieurs affirmations qui demandent une source ;
  4. Sépare l’histoire et l’adhésion. Comprendre une doctrine n’oblige pas à y croire ;
  5. Ne fusionne pas les traditions. Deux mouvements qui travaillent sur les lettres ne sont pas pour autant le même.

Un dernier point de méthode. La page elle-même reste discrète sur le fonctionnement de la numérologie hurufie dans la pratique et sur le contenu de certains livres, comme le Hidayat Namah. Je ne comble pas ce vide. Si un site te donne des recettes « hurufies », demande-toi d’où elles viennent, puisque la source encyclopédique n’en donne pas.

Pour appliquer cette méthode au livre de ce site, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une lecture pas à pas.

En résumé

Le hurufisme est un mouvement de mystique des lettres né à Astrabad autour de Fazlallah Astarabadi, exécuté en 1394, puis diffusé vers l’ouest de l’Iran, l’Anatolie et les Balkans. Ses idées passent par des disciples comme Nasimi et par l’ordre bektachi, qui a conservé ses textes.

La page lue ne mentionne ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni les talismans. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article « Hurufism » sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le hurufisme ?

Une forme de numérologie et de mystique des lettres née dans des cercles soufis d’Astrabad à la fin du XIVe siècle, selon Wikipédia, qui la présente comme l’équivalent islamique de la guématrie.

Qui a fondé le hurufisme ?

Fazlallah Astarabadi, né en 1340 et exécuté en 1394 près de la tour d’Alinja, selon la page.

Quel rapport avec les bektachis ?

Selon la page, l’ordre bektachi a servi de dépôt aux enseignements et aux écrits hurufis, en Anatolie et dans les Balkans.

Le hurufisme est-il lié au Shams al-Maarif ?

Aucune source lue ne les relie. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.