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Shams al-Maʿārif

Shams al-Maarif al-Sughra : la petite version existe-t-elle ?

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 10 min de lecture
Shams al-Maarif al-Sughra Couverture de l'article

Le Shams al-Maarif al-Sughra désigne la « petite version » du livre attribué à al-Būnī. Selon Noah Gardiner, aucun texte médiéval cohérent ne porte ce titre : les manuscrits qui l’affichent contiennent des œuvres très différentes. L’idée de trois versions, petite, moyenne et grande, relèverait d’une rumeur ancienne.

Si tu cherches « Shams al-Maarif al-Sughra », tu as sans doute vu ce nom à côté de la Kubrā, la « grande » version, dans une description d’édition ou sur une page de vente. On t’y explique parfois qu’il existe trois versions du livre, de la plus courte à la plus longue.

La question mérite d’être posée précisément : cette petite version existe-t-elle comme un texte identifié, ou n’est-ce qu’une étiquette ? La réponse des spécialistes est plus nuancée que ce que tu lis dans les descriptions commerciales.

Dans cet article, je m’appuie surtout sur l’étude de Noah Gardiner (2012) et sur Wikipédia. Je distingue ce que les manuscrits montrent de ce que la tradition répète, sans te donner de verdict que les sources ne permettent pas.

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Que veut dire Shams al-Maarif al-Sughra, selon les sources ?

Ṣughrā signifie « la plus petite » en arabe. Le nom s’oppose à Kubrā, « la plus grande ». Selon Wikipédia, la forme contemporaine du livre comprend deux volumes, la Kubrā et la Ṣughrā, et trois volumes indépendants, de longueurs différentes, circulaient avant l’imprimerie.

Voici comment la tradition présente les choses :

  • une version courte, la Ṣughrā ;
  • une version moyenne, la Wusṭā ;
  • une version longue, la Kubrā, qui est celle que l’on trouve dans la plupart des éditions modernes.

Cette présentation en trois niveaux est pratique, et c’est pour cela qu’elle circule. Elle donne l’impression d’une œuvre bien ordonnée, que l’auteur aurait rédigée en trois états successifs. Mais est-ce vrai ? C’est exactement ce que Gardiner examine.

Les deux sources ne disent pas exactement la même chose, et il faut le dire honnêtement. Wikipédia décrit des volumes de longueurs différentes avant l’imprimerie, tandis que Gardiner doute que ces trois versions aient existé comme des textes distincts et identifiables. Je suis ici l’analyse de Gardiner, qui s’appuie sur l’examen de manuscrits, et je garde l’information de Wikipédia comme une tradition rapportée.

Pourquoi cette question compte-t-elle pour un lecteur ? Parce que le mot « petite » suggère un livre plus accessible, et le mot « grande » un livre plus complet. Ces deux idées influencent le choix d’une édition, alors qu’elles reposent sur une classification dont la valeur historique est discutée. Mieux vaut le savoir avant de choisir.

Pour la grande version et son histoire, lis Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ?. Pour le contenu d’ensemble, voir Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué.

Un codex est un manuscrit relié sous forme de livre. Quand un chercheur parle de « codices portant le titre Ṣughrā », il désigne des exemplaires manuscrits dont la page de titre porte ce mot, sans préjuger de leur contenu.

D’où vient l’idée de trois versions du Shams al-Maarif ?

Selon Gardiner, l’idée semble être née assez tôt. La première mention bibliographique de trois versions vient d’al-Manāwī, dans un texte achevé en 1602-1603, qui dit seulement qu’il existe des versions courte, moyenne et longue, sans citer le début d’aucune.

Voici la chronologie que Gardiner reconstitue :

  1. XIVe siècle. Un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France (BnF arabe 6556) porte un titre Ṣughrā. Gardiner précise que ce manuscrit contient en réalité un autre ouvrage, Laṭāʾif al-ishārāt ;
  2. 1602-1603. Al-Manāwī mentionne les trois versions, sans détail ;
  3. Quelques décennies plus tard. Ḥājjī Khalīfa ne liste pas trois versions, mais cite des « Fuṣūl Shams al-maʿārif al-kubrā », c’est-à-dire des extraits ;
  4. 1930. Hans Winkler reprend l’idée dans un article. Selon Gardiner, elle est ensuite adoptée par de nombreux chercheurs modernes.

Ce que cette chronologie montre est instructif. Une indication brève, sans preuve textuelle, devient un fait établi parce qu’elle est répétée. Gardiner la qualifie de « sorte de rumeur qui se réalise d’elle-même », qui gagne en force avec le temps.

Il ajoute que cette rumeur a ensuite été exploitée par les auteurs de la grande version, rédigée au XVIIe siècle. Un livre qui se dit « grand » ou « le plus grand » s’appuie volontiers sur l’idée qu’il existe des versions plus petites et plus anciennes. Le mot sert alors à valoriser le texte.

Il faut rester prudent : Gardiner donne son analyse, et d’autres chercheurs peuvent la discuter. Mais elle repose sur des manuscrits précis et sur des citations vérifiables, ce qui la rend plus solide qu’une affirmation sans source.

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Que disent les manuscrits nommés Ṣughrā, Wusṭā et Kubrā ?

Selon Gardiner, les manuscrits qui portent ces noms ne forment pas trois textes cohérents. Les Ṣughrā sont disparates, les Wusṭā sont rares et tardifs, et le mot Kubrā a été ajouté après coup sur des exemplaires qui contiennent le texte médiéval ordinaire.

Voici ce que son étude relève pour chaque étiquette :

ÉtiquetteCe que Gardiner constate
ṢughrāQuelques codices médiévaux seulement, sans cohérence entre eux. Deux d’entre eux (Harvard MS Arab 332 et Dār al-Kutub Ḥurūf M 75) sont des ouvrages « entièrement disparates »
WusṭāTrois codices connus, dont deux probablement du XVIIe siècle, l’un fragmentaire et l’autre contenant le texte habituel
KubrāSur un manuscrit du Caire daté de 1508 (BnF arabe 2649), le mot est écrit en petits caractères au-dessus du titre, et le texte est le texte médiéval habituel

Gardiner conclut que seul un texte médiéval largement copié et assez constant porte le titre Shams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārif. Il précise que la mention « al-kubrā » semble avoir été ajoutée à la page de titre à une date postérieure.

Cela renverse l’idée courante. La petite version n’est pas une première rédaction retrouvée, et la grande n’est pas une version « complète » du même texte. Selon cette lecture, le texte médiéval constant est une chose, et la Kubrā imprimée, produite au XVIIe siècle, en est une autre.

Gardiner précise aussi qu’il ne dit pas tout savoir. Il n’a pas pu examiner certains manuscrits, notamment à Tunis, et il rappelle que sa propre liste « ne prétend pas résoudre toutes ces questions ». C’est un point de départ sérieux, pas le dernier mot de la recherche.

Autre élément utile : il note que, depuis 1900 environ, il existe « des dizaines » d’éditions imprimées du Shams al-maʿārif, surtout venues du Caire et de Beyrouth. Il observe aussi que les chercheurs se sont longtemps appuyés presque exclusivement sur ces éditions imprimées, ce qui a pu entretenir la confusion.

Que retenir de ce tableau ? Que la petite version n’a pas d’identité textuelle claire. Un même mot recouvre des manuscrits qui n’ont presque rien en commun, et un exemplaire peut recevoir une étiquette sans que son contenu l’explique. C’est une difficulté classique des manuscrits copiés pendant plusieurs siècles : les titres voyagent plus facilement que les textes.

Pour replacer ces versions dans l’ensemble de l’œuvre d’al-Būnī, Quels sont les livres écrits par Ahmad al-Buni ? Liste prudente donne les titres les mieux attribués.

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Que faire quand une édition se présente comme la Sughra ?

Lis la page de titre avec méfiance et cherche l’édition exacte. Si le mot Sughra est employé comme argument commercial, demande-toi ce qu’il prouve : très peu de choses, d’après les manuscrits. Vérifie le contenu réel, la source et la traduction.

Voici une grille de questions à poser :

  • De quel texte parle-t-on ? Une « Sughra » peut contenir un traité sur les lettres, un recueil de formules ou un extrait de la grande version ;
  • Quelle édition ou quel manuscrit est utilisé ? Une mention précise vaut mieux qu’un simple titre ;
  • Qui a traduit, et à partir de quoi ? Une traduction partielle ne doit pas se présenter comme le livre entier ;
  • Le titre annonce-t-il un effet ? Dans ce cas, c’est un argument de vente, pas une information ;
  • Les sources citent-elles un chercheur ? Un nom, une date et une page se vérifient, une rumeur non.

L’affirmation « la Sughra est la version originale d’al-Būnī, la Kubrā une version enrichie » ne repose, d’après Gardiner, sur aucun texte médiéval cohérent. Je la traite comme non vérifiée.

Un dernier réflexe utile : compare toujours deux sources avant de croire une description. Si une page affirme que la Sughra est « la vraie version » sans citer un chercheur, un manuscrit ou une édition précise, tu sais que l’affirmation est faible. Si elle cite un nom et une date, tu peux au moins aller vérifier.

Pour le choix d’une version, retiens que la longueur n’est pas un critère d’ancienneté ni de fidélité. Une version plus courte n’est pas forcément plus proche de l’auteur, et une version plus longue n’est pas forcément plus complète au sens historique. Pour une vue d’ensemble sur la question de l’original, lis Shams al Maarif original : existe-t-il vraiment une version d’origine ?.

Pour la lecture elle-même, Shams al Maarif livre : comment le lire et quelle version choisir détaille la structure en deux volumes et les précautions de lecture.

Enfin, ne perds pas de vue l’essentiel. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Aucune version, courte, moyenne ou longue, ne peut remplacer un avis médical, juridique ou religieux qualifié.

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En résumé

Le Shams al-Maarif al-Sughra est présenté comme la petite version du livre, face à la Kubrā, la grande. Selon Wikipédia, la forme contemporaine compte deux volumes et trois volumes de longueurs différentes circulaient avant l’imprimerie.

Selon Noah Gardiner, aucun texte médiéval cohérent ne porte le titre Ṣughrā : les manuscrits concernés sont disparates, et l’idée de trois rédactions vient d’une mention d’al-Manāwī en 1602-1603, reprise par la suite jusqu’à un article de Hans Winkler en 1930.

Il parle d’une rumeur qui se réalise d’elle-même, exploitée par les auteurs de la grande version du XVIIe siècle. Cette analyse est solide mais discutable, et Gardiner reconnaît ses limites.

Pour toi, retiens qu’un titre ne prouve ni l’ancienneté ni la fidélité. Vérifie l’édition et le contenu avant de te fier à une étiquette. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012 ; article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Le Shams al-Maarif al-Sughra existe-t-il vraiment ?

Il existe des manuscrits qui portent ce titre, mais selon Gardiner ils ne contiennent pas un même texte. Il n’a trouvé aucun texte médiéval cohérent sous ce nom.

Quelle est la différence entre la Sughra et la Kubra ?

Selon la tradition, la Sughra est la version courte et la Kubra la version longue. Selon Gardiner, la Kubra imprimée est surtout un produit du XVIIe siècle et diffère du texte médiéval.

Qui a parlé le premier de trois versions ?

Selon Gardiner, la première mention bibliographique connue est celle d’al-Manāwī, dans un texte achevé en 1602-1603.

Une version plus courte est-elle plus fidèle à l’auteur ?

Rien ne le montre dans les sources lues. La longueur n’est pas un critère d’ancienneté, et ce sont des pratiques de tradition dont aucun résultat n’est garanti.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.