L’ismaélisme est une branche minoritaire du chiisme, historiquement appelée batiniyya, qui doit son nom à Ismaïl ibn Jaʿfar, reconnu comme sixième imam. Selon Wikipédia, il met l’accent sur le sens caché (batin) de l’islam, il est fortement influencé par le néoplatonisme et il compte 12 à 15 millions de membres.
Ce sujet croise celui des livres de tradition par un mot : batin. On glisse vite vers l’idée que tout courant du sens caché pratique des lettres ou des talismans. La page que j’ai lue ne dit rien de tel. Elle décrit une doctrine d’interprétation, un imamat et une histoire politique.
Je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée à l’ismaélisme, lue en anglais. Cet extrait est tronqué et porte plusieurs mentions « citation nécessaire ». Elle ne cite ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni les talismans, ni l’astrologie. Je n’invente donc aucun lien.
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Qu’est-ce que l’ismaélisme ?
C’est un courant du chiisme défini par le choix de son sixième imam. Selon la page, les ismaéliens reconnaissent Ismaïl ibn Jaʿfar, alors que les duodécimains, majoritaires dans le chiisme, reconnaissent Musa al-Kazim. La page ajoute que les ismaéliens sont présents au Pakistan, au Tadjikistan, en Chine, en Afghanistan, en Inde, en Syrie, en Iran, au Yémen, en Afrique de l’Est et en Amérique du Nord.
Voici les repères de la page :
| Point | Ce que dit la page |
|---|---|
| Nom ancien | Batiniyya, de batin, le sens intérieur |
| Fondement | Acceptation d’Ismaïl ibn Jaʿfar comme sixième imam |
| Pensée | Fortement influencée par le néoplatonisme |
| Taille | 12 à 15 millions de membres selon la page |
| Rival principal | Les duodécimains, majoritaires dans le chiisme |
Pour situer le mot, la page explique que ce courant donne une importance particulière à la dimension ésotérique (batin) de l’islam, par contraste avec l’accent sur la lettre (zahir) d’autres groupes. Je rapporte cette présentation, qui est celle de la page, sans la discuter.
Les chiffres de population viennent d’une seule page encyclopédique, et la page est un extrait tronqué avec des mentions « citation nécessaire ». Je ne les ai pas recoupés. Pour un autre courant lié à ce monde, Ikhwan al-Safa : les Frères de la Pureté et leurs épîtres présente un corpus que la page dit « imprégner » la pensée ismaélienne.
Comment est-il né ?
D’une crise de succession après la mort de Jaʿfar al-Sadiq. Selon la page, Jaʿfar al-Sadiq est mort empoisonné en 765, et son fils Ismaïl serait mort avant lui, vers 755. La communauté s’est alors divisée.
La page présente deux positions ismaéliennes sur la suite :
- Une mort mise en scène. Certains soutiennent que la mort d’Ismaïl a été arrangée pour le protéger des persécutions abbassides ;
- Une succession par lignée. D’autres soutiennent que l’imamat est passé à Muhammad ibn Ismaïl, son fils.
Après Muhammad ibn Ismaïl, certains ont cru qu’il était entré en occultation. Un petit groupe a suivi l’imamat à travers ses descendants, et ces imams cachés ont diffusé la foi par la daʿwa, le réseau de mission. Ces récits sont ceux que rapporte la page. Je ne prends pas parti sur leur valeur historique ni religieuse.
Pour une explication courte du soufisme, un autre courant spirituel de la même époque, Qu’est-ce que le soufisme ? Définition, origines et grands ordres donne les repères, avec ses limites.
Que veut dire « sens caché » dans cette doctrine ?
Que le texte a un sens apparent et un sens intérieur. Selon la page, le sens littéral de l’écriture en est la forme extérieure, et au-delà se trouve la vérité ésotérique (haqaʾiq), qu’on ne peut atteindre sans guidance divine. Voici les notions qu’elle présente :
- Zahir et batin. L’extérieur et l’intérieur du texte ;
- Taʾwil. Le processus d’interprétation qui consiste à ramener une chose à sa source métaphysique ;
- Tanzil. L’encodage de réalités divines dans des symboles compréhensibles par les humains ;
- Le Coran parlant. L’imam est décrit comme le « Coran parlant », et le Coran écrit comme le « Coran silencieux ». Les imams interprètent l’écriture pour des circonstances nouvelles, sans émettre de révélation nouvelle ;
- La hiérarchie de la révélation. L’ordre divin « coule » à travers l’Intellect universel, l’Âme universelle et des intermédiaires angéliques, associés à Séraphiel, Michel et Gabriel ;
- Les cycles cosmiques. La doctrine classique parle de six périodes de révélation par six prophètes, chaque période ayant un wasi et sept imams ;
- La walayah. La dévotion et la tutelle envers Dieu, les prophètes, les imams et le daʿi.
La page note aussi que le nombre sept a un rôle général dans cette théologie, avec l’idée spéculative de sept cieux et de sept continents. Elle ne décrit aucun système de lettres ou de nombres au sens d’une pratique.
Ces points touchent à la théologie. Je les rapporte comme la doctrine d’un courant, telle que la page la présente, sans en juger la valeur. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.
Ces notions sont celles de l’ismaélisme, telles que la page les décrit. Elles ne résument pas ce que pensent les autres courants de l’islam, et d’autres écoles ont critiqué l’approche du batin.
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Que sont les Fatimides ?
Une dynastie qui a fait de l’imamat un État. Selon la page, al-Mahdi Billah, né en 873, établit en 910 un État chiite dirigé par l’imamat, ce qu’elle juge inhabituel depuis Ali. L’Égypte devint le centre d’un empire qui, à son apogée, incluait l’Afrique du Nord, la Sicile, la Palestine, la Syrie, le Yémen et le Hedjaz.
Voici ce que la page ajoute :
- Une règle de mérite. Les Fatimides auraient promu les gens selon le mérite plutôt que la généalogie, ce que la page décrit comme radical pour l’époque ;
- Un déclin. Le territoire a rétréci après des invasions turques, la première croisade et la pression seldjoukide ;
- Une fin. Saladin saisit l’Égypte en 1169, ce qui met fin au califat fatimide.
Elle rattache à cette période la scission des Druzes sous le règne d’al-Hakim bi-Amr Allah, monté sur le trône à onze ans. Elle dit que les Druzes ont ensuite développé des doctrines, dont la réincarnation, qui les séparent de l’ismaélisme et de l’islam. Cette section de la page est tronquée, et je n’en dis pas davantage.
Quelles sont les branches actuelles ?
Principalement deux grandes lignes, issues d’une scission de 1094. Selon la page, après la mort d’al-Mustansir, les nizarites et les mustaʿlites se sont séparés au sujet de Nizar et d’al-Mustaʿli.
Voici les branches qu’elle présente :
- Les nizarites. La plus grande branche. Ses membres reconnaissent l’Aga Khan V comme cinquantième imam, selon la page ;
- Les mustaʿlites. Ils se sont encore divisés en lignes taïyabite et hafizite ;
- Les Bohras daoudis. La majorité des mustaʿlites, surtout en Inde ;
- Les sulaymanis. Surtout au Yémen et en Arabie saoudite ;
- Les Bohras alavis. Surtout à Vadodara, en Inde.
La page décrit aussi une succession contestée pour le cinquante-troisième daʿi al-mutlaq des Bohras daoudis, entre Mufaddal Saifuddin et Khuzaima Qutbuddin, avec un jugement de la Haute Cour de Bombay en faveur du premier. Je rapporte ce point sans le commenter.
Pour les nizarites, elle précise que l’imam Aga Khan IV a dirigé de 1957 à 2025 selon la page, et que le prince Rahim Aga Khan V est le cinquantième imam. Ce sont des informations récentes que je n’ai pas recoupées.
Je n’ai pas lu les textes ismaéliens cités. Les dates récentes sur la succession des Aga Khan et des daʿi bohras viennent de la page, et je ne les ai pas recoupées avec une autre source.
Qui étaient les Qarmates et Alamut ?
Deux épisodes que la page raconte avec beaucoup de réserve. Pour les Qarmates, elle décrit un groupe mêlant nationalisme persan et zoroastrisme, basé à Bahreïn. Il a suivi Abu’l-Fadl al-Isfahani comme Mahdi, a pris la Pierre noire de la Kaaba en 930, a changé son orientation de prière vers un feu, l’a rendue en 951, puis a été vaincu par les Abbassides en 976 et s’est éteint.
Pour Alamut, la page dit que Hassan-i Sabbah, ancien duodécimain, a pris la forteresse et en a fait un avant-poste fatimide. Elle décrit ses assassinats de figures sunnites, d’où viendrait le mot « assassins ». Un « qiyama » aurait été proclamé par l’imam Hasan II, d’après le récit de Juwayni, et les Mongols de Hulagu ont détruit Alamut en 1256.
Je rapporte ces épisodes avec une réserve claire :
- Une seule page. Je n’ai pas recoupé ces récits avec d’autres sources ;
- Des sources partiales. Une partie de ce qu’on sait de ces groupes vient de leurs adversaires, ce que la page signale pour le qiyama ;
- Une étymologie rapportée. L’origine du mot « assassins » est présentée par la page, pas vérifiée par moi.
Pour un autre exemple d’histoire écrite en partie par des adversaires, Al-Hallaj : « Je suis la Vérité », le procès de 922 et les accusations de sorcellerie montre un problème de source voisin.
Ismaélisme et lettres : y a-t-il un lien avec le Shams al-Maarif ?
Aucun lien que la source me permette de documenter. La page ne cite ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni les talismans, ni l’astrologie. Elle ne décrit pas de système de lettres ou de nombres. Les seules traces sont une phrase d’al-Muʿizz disant que le Prophète a transmis la révélation « au moyen d’énoncés composés de lettres », et le rôle général du nombre sept.
Voici ce qu’on peut dire sans inventer :
- Un seul mot en commun. Batin, le sens caché, n’est pas une méthode de lettres ;
- Une phrase sur les lettres, rien de plus. Elle ne décrit aucune pratique ;
- Une époque antérieure. Les Fatimides tombent en 1169, selon la page. Pour la date d’al-Būnī, Mort d’al-Buni : en quelle année, et que sait-on vraiment ? montre qu’elle reste discutée ;
- Pas de filiation prouvée. Aucune source lue ne dit qu’al-Būnī ou le Shams al-Maarif doivent quelque chose à l’ismaélisme.
Pour les définitions de la science des lettres, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? les pose sans rattacher ce courant.
Cet article présente un courant religieux et son histoire. Il ne donne aucune méthode ni pratique. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.
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Comment lire un courant « ésotérique » sans lui prêter de pratiques ?
En séparant le sens d’un mot de l’usage qu’on en fait. Voici cinq réflexes, qui sont les miens :
- Définis le mot. Batin désigne un sens intérieur d’un texte, pas un recueil de procédés ;
- Regarde ce que fait le courant. Ici, la page décrit une doctrine, un imamat, un État et des pratiques de prière et de jeûne ;
- Note ce qui manque. Aucun talisman, aucune astrologie, aucun système de lettres dans la page ;
- Repère les sources partiales. Une partie de l’histoire des Qarmates et d’Alamut vient d’adversaires ;
- Respecte les croyants. Les ismaéliens vivants sont des communautés actuelles, avec leurs propres explications de leur foi.
Pour appliquer ces réflexes au livre de ce site, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une lecture pas à pas.
En résumé
L’ismaélisme est un courant du chiisme né d’une crise de succession après la mort de Jaʿfar al-Sadiq en 765. Il met l’accent sur le sens caché (batin) de l’écriture, il a fondé le califat fatimide et il compte aujourd’hui plusieurs branches, dont les nizarites et les Bohras, selon la page.
La page lue ne mentionne ni talismans, ni astrologie, ni système de lettres, ni al-Būnī. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article « Ismailism » sur Wikipédia (en anglais).
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’ismaélisme ?
Un courant minoritaire du chiisme qui reconnaît Ismaïl ibn Jaʿfar comme sixième imam et met l’accent sur le sens caché de l’islam, selon Wikipédia.
Que veut dire batin ?
Selon la page, c’est la dimension intérieure ou ésotérique de l’islam, par opposition au zahir, le sens extérieur.
Quelles sont les branches de l’ismaélisme ?
La page cite les nizarites, les mustaʿlites avec les Bohras daoudis, les sulaymanis et les Bohras alavis. Elle évoque aussi les Druzes comme une scission séparée.
L’ismaélisme est-il lié au Shams al-Maarif ?
Aucune source lue ne les relie. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.


