Ibn Khaldoun (Ibn Khaldūn) est un historien et juriste maghrébin, né à Tunis en 1332 et mort au Caire en 1406. Il est surtout connu pour la Muqaddima, l’introduction de sa grande histoire universelle. Dans cet ouvrage, il traite aussi des sciences, et il juge la science des lettres comme une forme de sorcellerie.
Son nom revient souvent quand on lit sur al-Būnī et sur le Shams al-Maarif. Selon Noah Gardiner, il fait partie des savants qui ont critiqué ce courant. Mais le personnage est bien plus large qu’une phrase sur les lettres, et il serait dommage de le réduire à cela.
Je te propose ici un portrait sourcé : sa vie, ses fonctions, sa théorie de la cohésion de groupe, sa classification des sciences, puis ce que Gardiner rapporte de son avis sur les lettres. Quand une source ne dit rien, je le signale.
Je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée à Ibn Khaldoun et sur l’étude de Noah Gardiner (2012). Je précise aussi les points où mes deux sources ne se recoupent pas.
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Qui était Ibn Khaldoun, et que sait-on de sa vie ?
Un homme de pouvoir et de savoir, qui a servi plusieurs princes du Maghreb et d’Égypte. Selon Wikipédia, il naît à Tunis le 26 ou le 27 mai 1332 (la page donne les deux dates) et il meurt au Caire le 17 mars 1406, à 73 ans, un mois après avoir été désigné cadi malikite pour la sixième fois.
Voici les étapes citées par la page :
| Période | Étape |
|---|---|
| Vers l’âge de 19 ans | Écrit un commentaire sur la théologie d’al-Rāzī, le Lubāb al-Muḥaṣṣal, sous la direction d’al-Ābilī |
| À 20 ans | Porte-sceau (kātib al-ʿalāma) à Tunis |
| Sous Abū ʿInān, à Fès | Rédacteur de proclamations royales, puis 22 mois de prison en 1357 |
| Sous Abū Sālem | Poste ministériel |
| Sous Abū ʿAbdallāh, à Béjaïa | Premier ministre |
| 1364 | Envoyé diplomatique auprès de Pierre de Castille, au nom de Muhammad V |
| Depuis 1384 | Professeur à la madrasa Qamhiyya et grand cadi malikite au Caire, six fois en tout |
| 1400 | Négociations avec Tamerlan pendant le siège de Damas |
Quelques détails de la page méritent d’être rappelés :
- Une vie de politique. Il a connu la prison, la disgrâce et le retour au pouvoir, ce qui nourrit sa vision de l’histoire ;
- Un épisode célèbre. En 1400, il est descendu par des cordes le long du mur de Damas et passe sept semaines à négocier avec Timur, à qui il remet un rapport sur le Maghreb ;
- Un rival à la cour. Ibn al-Khaṭīb, le vizir de Muhammad V, est cité comme son rival.
La page signale qu’elle repose sur son autobiographie, qui manque de détails personnels, et elle ne précise pas les raisons de sa peine de prison au-delà de la mention d’intrigues.
Pour une autre figure savante dont la biographie est discutée, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende rassemble ce que l’on peut affirmer sans exagérer.
Qu’est-ce que la Muqaddima et la notion de asabiyya ?
La Muqaddima est son ouvrage le plus connu. Selon la page, il l’a écrit en six mois, d’après son autobiographie, alors qu’il vivait sous la protection d’une tribu berbère à Qalʿat Ibn Salāma. Elle forme le premier livre du Kitāb al-ʿIbar, qui a commencé comme une histoire des Berbères et s’est élargi en une histoire universelle en sept livres.
La notion centrale que la page retient est la asabiyya. Voici ce qu’elle en dit :
- Une traduction. « Cohésion de groupe » ou « solidarité » ;
- Une origine spontanée. Elle apparaît dans les tribus et les petits groupes de parenté, et la religion peut l’intensifier et l’élargir ;
- Un cycle. La cohésion porte un groupe au pouvoir, mais elle contient les germes de sa chute, jusqu’à son remplacement par un groupe plus uni ou plus jeune.
Asabiyya : terme arabe que la page traduit par « cohésion de groupe » ou « solidarité ». Chez Ibn Khaldoun, elle explique la montée et la chute des dynasties.
La page donne aussi d’autres ouvrages : un texte de soufisme, le Shifāʾ al-Sāʾil, composé vers 1373 à Fès, et un traité de logique écrit à la cour de Muhammad V de Grenade. Cela montre que sa pensée n’est pas celle d’un adversaire de toute spiritualité : il a lui-même écrit sur le soufisme.
Pour situer ce vocabulaire dans le monde soufi, Qu’est-ce que le soufisme ? Définition, origines et grands ordres donne le cadre général, avec ses réserves.
La page ne donne pas d’année pour la Muqaddima. Une date de 1377 circule en ligne, mais je ne l’ai pas vérifiée dans mes sources. Je ne l’emploie donc pas.
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Comment classait-il les sciences ?
En deux grands groupes, selon Wikipédia : les sciences religieuses, liées au Coran, et les sciences non religieuses. Celles-ci se divisent en sciences intellectuelles (logique, arithmétique, géométrie, astronomie) et en sciences auxiliaires (langue, littérature, poésie).
| Groupe | Contenu cité par la page |
|---|---|
| Sciences religieuses | Celles qui touchent au Coran |
| Sciences intellectuelles | Logique, arithmétique, géométrie, astronomie |
| Sciences auxiliaires | Langue, littérature, poésie |
La page ajoute que sa critique de la philosophie est de nature ašʿarite. Elle ne mentionne ni la magie, ni l’alchimie, ni l’astrologie, ni la science des lettres. Je n’ai donc pas de classement complet de ces savoirs à t’offrir à partir de cette source.
Pour la partie qui nous intéresse, je me tourne vers Gardiner, qui cite la Muqaddima. Les pages 664 à 668 du texte arabe sont données en note, avec la traduction de Rosenthal (tome 3, pages 171 à 182). Je n’ai pas lu ces passages moi-même, et je m’en tiens à ce que Gardiner en résume.
Si le sujet des lettres te parle, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? explique la discipline que ce savant juge sévèrement.
Que dit Ibn Khaldoun de la science des lettres et d’al-Būnī ?
Selon Gardiner (p. 83), il avertit sévèrement que la science occulte des lettres, quel que soit son habillage religieux, est en réalité une forme de sorcellerie (siḥr), et donc une violation de la loi divine. Gardiner précise que ce résumé est le sien, et que l’étude ne donne pas le vocabulaire exact d’Ibn Khaldoun au-delà du mot siḥr.
Un second passage (p. 88) apporte une nuance importante. Ibn al-Khaṭīb et Ibn Khaldoun associent étroitement al-Būnī et Ibn ʿArabī, qu’ils présentent comme des soufis « extrémistes » maîtres de la science des lettres. Gardiner ajoute que des chercheurs modernes ont remis en cause ce rapprochement ou y voient une rhétorique polémique.
Voici comment lire ces deux informations :
- C’est un avis de savant. Ibn Khaldoun juge ce savoir contraire à la loi divine. Ce jugement lui appartient, et d’autres savants pensaient autrement ;
- C’est un contexte de rivalité. Ibn al-Khaṭīb, cité comme rival d’Ibn Khaldoun, partage cette association. Les deux hommes appartiennent à la même cour, ce qui ne rend pas leur jugement neutre ;
- C’est une association contestée. Les chercheurs modernes discutent le lien entre al-Būnī et Ibn ʿArabī ;
- Ce n’est pas une analyse du livre. Gardiner n’indique pas qu’Ibn Khaldoun discute le Shams al-Maarif lui-même. Il cite seulement le Kitāb al-anmāṭ, dont Ibn Khaldoun a probablement repris la mention chez Ibn al-Khaṭīb.
Le jugement qui range la science des lettres dans la sorcellerie est une position religieuse, pas un constat de laboratoire. D’autres savants, dans la même tradition, la voyaient autrement. Aucune source lue ne tranche entre eux.
Pour la réception du livre aujourd’hui, Shams al-Maarif craint : pourquoi ce livre fait-il peur au Moyen-Orient ? rapporte les réactions de la presse, et Sihr en islam : magie, miracle et débats des savants donne le cadre des débats sur la sorcellerie.
Comment lire un grand critique sans le caricaturer ?
En gardant en tête qu’un savant est plus qu’un jugement. Ibn Khaldoun n’est pas « l’ennemi de la science des lettres » : c’est un historien, un juriste, un homme d’État et un auteur sur le soufisme. Sa critique porte sur un domaine précis, dans un contexte précis.
Cette prudence vaut aussi pour les admirateurs. On lit parfois qu’Ibn Khaldoun aurait « interdit » le Shams al-Maarif, ou au contraire qu’il l’aurait approuvé. Les sources que j’ai lues ne disent ni l’un ni l’autre : elles rapportent un jugement général sur la science des lettres, et une association entre al-Būnī et Ibn ʿArabī. Entre ces deux faits et une « interdiction du livre », il y a un grand pas qu’aucune source citée ne franchit.
Voici quelques réflexes utiles :
- Cherche le texte, pas la phrase. Une citation isolée perd son contexte. La Muqaddima est un livre long, avec une argumentation ;
- Distingue critique et ignorance. Un critique connaît souvent bien ce qu’il critique, comme le suggère l’étude de Gardiner ;
- Note qui écrit pour qui. Les rivalités de cour et les polémiques colorent certains jugements ;
- Garde la distance critique. Les avis de savants anciens sont des sources, pas des verdicts pour aujourd’hui.
Cet article rapporte l’avis d’un savant du XIVe siècle, il ne constitue pas un avis religieux. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Pour une question de pratique, demande à une personne compétente de ta tradition.
Pour savoir comment lire le livre d’al-Būnī de façon informée et sans se laisser impressionner, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une méthode pas à pas. Et pour le texte lui-même, Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement en donne le tour d’horizon.
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En résumé
Ibn Khaldoun (1332-1406) est un historien et juriste né à Tunis et mort au Caire. Il a écrit la Muqaddima, introduction d’une histoire universelle où apparaît la asabiyya, cohésion de groupe qui explique la montée et la chute des dynasties.
Selon Gardiner, il juge la science des lettres comme une forme de sorcellerie contraire à la loi divine, et il rapproche al-Būnī d’Ibn ʿArabī avec Ibn al-Khaṭīb, un rapprochement que des chercheurs modernes discutent. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article Ibn Khaldun sur Wikipédia (en anglais) ; Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012.
Questions fréquentes
Quand Ibn Khaldoun est-il né et mort ?
Il est né à Tunis le 26 ou 27 mai 1332 et mort au Caire le 17 mars 1406, d’après Wikipédia, qui donne les deux dates de naissance.
Qu’est-ce que la asabiyya ?
C’est la « cohésion de groupe » ou la « solidarité » qui, chez Ibn Khaldoun, explique la montée et la chute des dynasties, selon Wikipédia.
Que pense Ibn Khaldoun de la science des lettres ?
Selon Gardiner, il la juge comme une forme de sorcellerie et donc contraire à la loi divine. C’est un avis de savant, que d’autres ne partageaient pas.
Ibn Khaldoun parle-t-il du Shams al-Maarif ?
Gardiner ne l’indique pas. Il cite seulement une mention du Kitāb al-anmāṭ. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.


