Les lettres isolées du Coran, ou muqatta’at, sont des lettres arabes qui ouvrent 29 des 114 sourates. Elles se lisent séparément (par exemple Alif Lām Mīm), juste après la basmala. Selon Wikipédia, la plupart des musulmans tiennent que seul Dieu en connaît le sens.
Ce sujet touche à des textes sacrés. Je l’aborde donc avec une règle simple : je décris ce que les sources rapportent, je distingue les lectures classiques, universitaires et soufies, et je ne tranche pas à la place des savants. Je ne suis pas une autorité religieuse.
Il croise pourtant ton sujet. La science des lettres, dont relève une partie du Shams al-Maarif, s’est beaucoup intéressée aux lettres du Coran, et ces lettres isolées en sont l’un des exemples les plus cités. Savoir ce qu’on en dit, et ce qu’on n’en dit pas, aide à lire sans se tromper.
Je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée à ces lettres, qui cite des auteurs classiques et des chercheurs modernes. Quand la page ne dit pas quelque chose, je ne l’écris pas.
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Que sont les lettres isolées du Coran, et combien y en a-t-il ?
Ce sont des lettres de l’alphabet arabe qui apparaissent au début de 29 sourates sur 114, toujours après la basmala. Selon la page, quatre ou cinq sourates portent même leur nom : Ṭā-Hā, Yā-Sīn, Ṣād, Qāf, et parfois Nūn.
Voici les chiffres que donne la page :
| Élément | Ce que dit la page |
|---|---|
| Sourates concernées | 29 sur 114 |
| Lettres employées | 14 des 28 lettres arabes (29 avec la hamza) |
| Total de lettres écrites | 78 |
| Combinaisons différentes | 14 |
| Combinaisons les plus fréquentes | Alif-Lām-Mīm et Ḥā-Mīm, six fois chacune |
| Règle observée | Alif est toujours suivi de Lām |
Deux autres observations de la page méritent d’être notées :
- Le Coran est mentionné aussitôt après. Dans 26 des 29 cas, la révélation du Coran est évoquée presque immédiatement après les lettres ;
- La plupart de ces sourates sont mecquoises. C’est une indication sur la période où elles ont été révélées, d’après la page.
Les lettres sont écrites sans signes diacritiques dans la liste de la page. Pour le tableau des valeurs numériques des lettres, Valeur numérique des lettres arabes : le tableau abjad expliqué donne les deux systèmes, oriental et maghrébin, que j’ai calculés.
Cette régularité formelle, 14 combinaisons seulement parmi tant de possibles, est l’une des raisons pour lesquelles ces lettres intriguent. Elle n’explique rien par elle-même, mais elle montre que le phénomène est ordonné : les lettres ne sont pas dispersées au hasard dans le texte, elles apparaissent à une place précise, au seuil de certaines sourates.
Je ne reproduis pas ici la liste complète sourate par sourate, parce que je préfère renvoyer aux éditions du Coran et à des ouvrages de tafsir pour cela. Une liste recopiée de mémoire peut contenir une erreur, et un texte sacré mérite une exactitude à toute épreuve.
Que veulent dire ces lettres selon les savants classiques ?
La réponse la plus répandue est que le sens n’est connu que de Dieu. Selon Wikipédia, la plupart des musulmans retiennent cette position. Elle présente un avantage : elle ne prétend pas savoir ce que le texte ne dit pas.
D’autres lectures existent dans la tradition d’exégèse (tafsir). La page en cite plusieurs :
- Des abréviations. Certains y voient des abréviations de noms ou d’attributs de Dieu, ou de noms et de contenus de sourates ;
- Des noms de sourates. Al-Rāzī rapportait une vingtaine d’opinions, dont l’idée que ces lettres sont des noms de sourates fixés par Dieu. Amīn Aḥsan Iṣlāḥī soutenait cette lecture ;
- Des noms parmi les noms de Dieu. Des écrivains soufis et bāṭinites les voient comme un prolongement des 99 noms, avec un sens caché pour chaque lettre.
Cette diversité d’opinions montre une chose utile : la question était déjà ouverte à l’époque classique. Des exégètes ont énuméré de nombreuses explications, sans qu’aucune ne devienne obligatoire. Quand une page présente un sens unique et certain, elle simplifie donc un débat que les savants eux-mêmes ont laissé ouvert. Pour comprendre une exégèse, il faut aussi savoir que le tafsir distingue ce qui est rapporté, ce qui est déduit et ce qui est supposé.
Parmi les autorités classiques nommées dans la page, on trouve Ibn ʿAbbās, Ibn Masʿūd, al-Suyūṭī, al-Ṭabarī et Fakhr al-Dīn al-Rāzī. La page ne détaille pas ce que chacun a dit, et je ne leur prête donc aucune opinion précise.
Les lectures qui donnent un sens caché aux lettres relèvent de traditions d’interprétation. Elles ne sont pas partagées par tous les musulmans, et aucune source lue ne les présente comme établies.
Pour les 99 noms et les débats qui les entourent, 99 noms d’Allah : origine, hadith et débats des savants rassemble les repères vérifiés. Et pour la tradition qui travaille sur les lettres, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? en donne le cadre.
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Que proposent les chercheurs modernes, et que valent leurs théories ?
Plusieurs hypothèses, aucune acceptée par tous. La page de Wikipédia les présente sans les endosser, et elle précise souvent qu’elles sont contestées.
| Hypothèse | Qui la propose | Réserve notée par la page |
|---|---|---|
| Marques de propriété de copies du Coran | Nöldeke (1860), puis Hirschfeld et Massey | Nöldeke a ensuite penché vers une référence mystique à un archétype céleste |
| Abréviation de la basmala | Bellamy (1973) | Welch (1978) la juge peu probable |
| Repères pour réciter des hymnes syriaques | Luxenberg (2008) | Une proposition parmi d’autres, contestée |
| Effets de rime et de rythme | Stewart | Rapproche ces lettres de chants incantatoires |
| Lien avec la guématrie | Loth (1888) | Hypothèse numérologique |
| Lien avec Alif-Lām et le mot hébreu El | Théories d’emprunt à l’hébreu | Une piste parmi d’autres |
Trois précisions pour lire ce tableau :
- Ce sont des travaux universitaires. Ils ne cherchent pas à dire ce que le texte signifie pour les croyants, mais à comprendre son histoire ;
- Les désaccords sont ouverts. La page signale que la théorie de Massey entre en conflit avec les lettres de la sourate 42, ce que son auteur admet ;
- Une hypothèse n’est pas un résultat. Aucune de ces propositions ne fait consensus.
Ces travaux modernes obéissent à une autre logique que celle des croyants. Un chercheur compare des manuscrits, des langues voisines et des usages d’écriture, puis propose une explication testable. Un lecteur croyant, lui, lit un texte reçu comme révélé. Les deux démarches ne se contredisent pas toujours, mais elles ne répondent pas à la même question, et il est utile de ne pas les mélanger dans une même phrase.
La page cite aussi une affirmation numérique connue : le « code 19 » de Rashad Khalifa (1974), selon lequel les lettres apparaîtraient en multiples de 19. Elle la présente sans la soutenir. Je ne la reprends donc pas à mon compte. Quand une page numérique annonce une régularité spectaculaire, il faut demander quel texte, quelle édition et quelle méthode de comptage elle utilise.
Je n’ai pas vérifié par mes propres calculs les affirmations numériques de la page sur ces lettres. Je les rapporte telles que la page les cite, avec sa réserve.
Quel lien avec la science des lettres, le soufisme et le Shams al-Maarif ?
Un lien d’intérêt partagé, pas une dépendance démontrée. Selon la page, des écrivains soufis et bāṭinites voient dans ces lettres un prolongement des 99 noms de Dieu. Le mouvement ḥurūfī, d’origine ismaélienne, a donné aux lettres une importance particulière par une numérologie fondée sur elles.
La page ajoute que ce mouvement a été largement jugé hérétique et qu’il a eu peu d’influence directe sur la théologie islamique. Elle cite pourtant des poètes comme Nasīmī, Fuzūlī et Shah Ismāʿīl Ier comme marqués par lui.
Le Shams al-Maarif s’inscrit dans une tradition voisine, où les lettres et les noms occupent une place centrale. Pour situer le livre, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué en donne les grands thèmes, et Qu’est-ce que le soufisme ? Définition, origines et grands ordres rappelle le cadre soufi.
Je n’ai pas trouvé, dans la page lue, de passage qui relie précisément les lettres isolées au livre d’al-Būnī. Je ne l’affirme donc pas. Les deux se rejoignent seulement par l’intérêt de la tradition pour les lettres, ce que Valeur numérique des lettres arabes : le tableau abjad expliqué illustre sur le plan du calcul.
Cet article n’est pas un avis religieux et ne donne aucune pratique. Pour une question sur le sens du Coran, demande à une personne compétente de ta tradition. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Comment lire un discours sur ces lettres sans te laisser égarer ?
En posant quelques questions avant de croire. Les lettres isolées attirent des discours très variés : explications savantes, calculs spectaculaires, promesses de protection. Tous n’ont pas la même valeur.
Voici cinq réflexes simples :
- Demande qui parle. Un exégète, un universitaire, un vendeur ? Chacun répond à une question différente ;
- Sépare le sens et le calcul. Dire qu’une lettre « vaut » un nombre est un calcul vérifiable. Dire qu’elle « fait » quelque chose est une croyance ;
- Méfie-toi des régularités miraculeuses. Un décompte qui paraît parfait dépend de l’édition, du découpage et de ce qu’on compte ;
- Respecte la prudence classique. La position majoritaire est de dire que le sens appartient à Dieu ;
- Garde le texte sacré à sa place. Un texte révélé n’est pas un grimoire, et le traiter comme tel est un contresens pour beaucoup de croyants.
Pour une méthode de lecture appliquée au livre arabe de ton sujet, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une approche pas à pas.
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En résumé
Les lettres isolées du Coran ouvrent 29 des 114 sourates et emploient 14 lettres arabes, en 14 combinaisons, pour 78 lettres au total. Selon Wikipédia, la plupart des musulmans tiennent que seul Dieu en connaît le sens. Des lectures classiques y voient des abréviations ou des noms de sourates.
Des chercheurs modernes proposent d’autres hypothèses, toutes discutées, et des courants soufis et ḥurūfīs y cherchent des sens cachés. Aucune source lue ne relie ces lettres directement au Shams al-Maarif. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article Disjointed letters sur Wikipédia (en anglais).
Questions fréquentes
Combien de sourates commencent par des lettres isolées ?
29 sur 114, d’après Wikipédia. Elles emploient 14 lettres de l’alphabet arabe en 14 combinaisons différentes.
Quel est le sens des lettres isolées ?
La plupart des musulmans tiennent que seul Dieu en connaît le sens, selon Wikipédia. D’autres lectures y voient des abréviations ou des noms de sourates, mais aucune ne fait consensus.
Quelle est la combinaison la plus fréquente ?
Alif-Lām-Mīm et Ḥā-Mīm, six fois chacune, d’après la page de Wikipédia.
Ces lettres sont-elles liées au Shams al-Maarif ?
Aucune source lue ne le montre directement. La tradition de la science des lettres s’y est intéressée, mais ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.


