Ibn Wahshiyya est un auteur irakien mort vers 930, connu pour L’Agriculture nabatéenne, un livre qui mêle agriculture, astrologie et magie. Selon Wikipédia, on sait peu de choses sur sa vie, et plusieurs livres qu’on lui attribue ont probablement été écrits par d’autres.
Son nom revient dès qu’on parle de sciences anciennes d’Irak, de « Nabatéens » ou de sources du Picatrix. Il est donc utile de savoir ce qui tient debout et ce qui ne tient pas. Je ne cherche ici ni à t’impressionner par des détails rares, ni à te laisser croire que tout est clair.
Je m’appuie sur la page de Wikipédia consacrée à Ibn Wahshiyya, lue en anglais, et je l’attribue chaque fois. Cette page ne mentionne ni talismans, ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif. Je n’invente donc aucun lien avec eux, et je l’écris clairement.
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Qui était Ibn Wahshiyya ?
C’était un auteur irakien qui se disait « nabatéen ». Selon la page, il est mort en 318 de l’hégire, soit en 930-931, et il serait né à Qussīn, près de Kufa, en Irak. Elle précise qu’on ne sait presque rien d’autre de sa vie.
Voici les repères que la page donne :
| Point | Ce que dit la page |
|---|---|
| Mort | 318 de l’hégire (930-931), vers 930 |
| Naissance probable | Qussīn, près de Kufa, en Irak |
| Identité revendiquée | « Nabatéen », c’est-à-dire un Irakien rural de langue araméenne |
| Ascendance revendiquée | Le roi assyrien Sennachérib |
| Nom complet | Comprend al-Kasdānī (« le Chaldéen ») et al-Ṣūfī |
| Élève et scribe | Abū Ṭālib al-Zayyāt, qui aurait enregistré et édité ses écrits après sa mort |
Deux précisions évitent des confusions. D’abord, ces Nabatéens d’Irak n’ont aucun rapport avec les Nabatéens de Pétra, selon la page. Ensuite, le nom « al-Ṣūfī » figure dans son nom complet, mais la page note qu’on ne lui connaît aucun écrit sur le soufisme. Le mot ne suffit donc pas à faire de lui un maître soufi.
Il se disait descendant du roi Sennachérib. Les savants jugent crédible son identité d’Araméen d’Irak, car il emploie correctement des termes araméens, mais cela ne prouve pas la généalogie royale. Je rapporte la revendication, pas une certitude.
Pour comprendre pourquoi un auteur de ce genre est associé à la science des lettres et au monde arabe ancien, Science des lettres en islam : qu’est-ce que l’ʿilm al-ḥurūf ? donne un cadre général, avec ses limites.
Que contient L’Agriculture nabatéenne ?
C’est son œuvre principale, datée vers 904. Selon la page, le Kitāb al-Filāḥa al-Nabaṭiyya traite d’agriculture, mais aussi d’astrologie et de magie. Le livre se présente comme la traduction d’un ancien original syriaque.
La page signale un problème avec cette présentation :
- Une prétention de traduction. Le livre dit traduire un très ancien texte ;
- Une impossibilité historique. Le syriaque n’apparaît qu’au premier siècle de notre ère, donc l’original ne peut pas être aussi ancien qu’annoncé ;
- Un contexte idéologique. L’éloge de la civilisation babylonienne s’inscrit, selon la page, dans le mouvement de la Shu’ubiyya, qui valorisait les héritages non arabes dans le monde islamique ;
- Une conclusion prudente. La prétention n’est pas historiquement exacte, mais le livre reste un témoin de ce qu’on pensait et écrivait en Irak vers 900.
Ce dernier point mérite d’être dit. Un livre peut être faux dans ce qu’il raconte de ses origines et pourtant utile comme document de son époque. C’est la distinction entre ce qu’un texte affirme sur lui-même et ce qu’il révèle de ceux qui l’ont produit. Je ne trouve pas cette distinction dans la page sous cette forme, c’est ma manière de la résumer.
La Shu’ubiyya désigne, dans la page, un mouvement qui valorisait les cultures non arabes, comme la civilisation babylonienne ici. Je ne développe pas le mouvement : la page le cite seulement pour situer le ton du livre.
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Quels autres livres lui attribue-t-on, et sont-ils authentiques ?
Deux autres titres ressortent dans la page, avec des degrés de fiabilité très différents. Le premier est le Livre des poisons, un traité de toxicologie qui mêle pharmacologie, magie et astrologie, fortement influencé par des sources indiennes, d’après la page.
Le second est le Kitāb Shawq al-mustahām, daté de 1022-1023, qui traite d’alphabets chiffrés et de hiéroglyphes égyptiens. La page le considère comme apocryphe.
Voici ce qu’elle dit sur le sujet :
- Les fausses attributions sont anciennes. Elles commencent dès la fin du Xe siècle ;
- Le Fihrist d’Ibn al-Nadim. Vers 987, il liste une vingtaine d’ouvrages attribués à Ibn Wahshiyya, dont la plupart ont probablement été écrits par d’autres auteurs du Xe siècle, inspirés par lui ;
- Un auteur possible pour le Shawq. Jaakko Hämeen-Anttila suggère que Hasan ibn Faraj l’aurait écrit, lui qui disait seulement l’avoir copié en 1022-1023 ;
- Un débat sur les hiéroglyphes. Okasha El-Daly soutient que le texte identifie correctement la valeur phonétique de certains hiéroglyphes ; Tara Stephan estime qu’il exagère « considérablement » cette exactitude, et Elliot Colla juge ses affirmations plus larges peu étayées ;
- Une traduction ancienne. Joseph von Hammer-Purgstall a publié en 1806 une traduction anglaise du Shawq, sous le titre « Ancient Alphabets and Hieroglyphic Characters Explained ».
Je n’ai pas de quoi trancher entre El-Daly et ses critiques. Je rapporte les trois positions, et je laisse la question aux spécialistes.
Pour un parallèle sur un auteur dont le nom a attiré de nombreux livres douteux, Jabir ibn Hayyan : qui est l’alchimiste arabe derrière le nom Geber ? pose les mêmes questions sur les attributions.
Je n’ai lu aucun de ces livres. Tout ce que je rapporte vient du résumé de Wikipédia, qui s’appuie sur des chercheurs que je ne peux pas relire un par un. Je ne peux donc pas juger l’authenticité de chaque titre.
Quelle influence a-t-il eue, jusqu’au Picatrix et à Maïmonide ?
Une influence réelle mais surtout par ricochet. Selon la page, des agronomes ultérieurs ont utilisé son œuvre, et l’auteur de magie Maslama al-Qurṭubī, auteur de la Ghāyat al-ḥakīm, c’est-à-dire du Picatrix en latin, l’a utilisée aussi. Maïmonide s’est appuyé sur ces textes dans son Guide des égarés, vers 1190. La page précise qu’il s’agit d’un usage, pas d’une traduction.
Ce passage appelle une remarque. Dans l’article sur Maslama al-Majriti : l’astronome de Cordoue et le Picatrix, la page lue attribue le Picatrix à un autre Maslama, al-Majriti, avec des réserves, et mentionne al-Qurtubi comme une hypothèse alternative. Ici, la page sur Ibn Wahshiyya parle de Maslama al-Qurṭubī comme de l’auteur du Picatrix. Ces deux pages ne disent donc pas la même chose, et c’est exactement ce que je te montre : les sources se contredisent.
Pour résumer sans trancher :
- Deux pages, deux attributions. L’une penche pour al-Majriti avec des doutes, l’autre cite al-Qurṭubī ;
- Un point commun. Les deux pages donnent au Picatrix des sources antérieures : le Rutbat d’un côté, L’Agriculture nabatéenne de l’autre ;
- Ce que je retiens. L’auteur du Picatrix reste débattu, et je ne choisis pas à ta place.
Pour le livre lui-même, Picatrix : origine, auteur débattu et contenu du livre rassemble les repères.
Au passage, la page apporte un autre rapprochement utile. Elle dit que Maïmonide a utilisé L’Agriculture nabatéenne, et l’article Sabéens de Harran : qui sont-ils et pourquoi ce nom ? rapporte, d’après une autre page, que Maïmonide a pris ce livre pour un récit exact des croyances sabéennes. Les deux informations se complètent : un même livre de tradition douteuse a été lu très sérieusement par un grand savant.
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Ibn Wahshiyya a-t-il un lien avec al-Būnī et le Shams al-Maarif ?
Aucun lien que la source me permette de documenter. La page ne cite ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni les talismans. Elle dit seulement que L’Agriculture nabatéenne et le Livre des poisons contiennent de l’astrologie et de la magie.
Voici ce qu’on peut dire sans inventer :
- Un thème commun. Astrologie et magie apparaissent dans plusieurs livres de la tradition arabe, dont ceux-ci ;
- Pas de filiation prouvée. Rien de lu ne dit qu’al-Būnī a lu Ibn Wahshiyya ;
- Des dates différentes. Ibn Wahshiyya est mort vers 930. Pour la date d’al-Būnī, Mort d’al-Buni : en quelle année, et que sait-on vraiment ? montre qu’elle est discutée.
Cet article présente un auteur et des attributions de livres. Il ne donne aucune pratique. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.
Comment lire un auteur dont les livres sont douteux ?
En séparant l’homme, le livre et les livres attribués. Le cas d’Ibn Wahshiyya est très instructif : un auteur mal connu, un livre principal qui prétend traduire une source impossible, et une vingtaine de titres dont la plupart seraient d’autres mains. Voici cinq réflexes, qui sont les miens :
- Sépare l’auteur et les attributions. Une liste de vingt titres n’est pas une preuve d’une œuvre de vingt livres ;
- Lis ce que le livre dit de lui-même. « Traduit d’un très ancien original » est une affirmation à vérifier, pas un certificat ;
- Compare les pages. Deux sources peuvent attribuer le même livre à deux auteurs, comme ci-dessus ;
- Accepte l’utilité d’un faux. Un texte peu fiable sur ses origines peut rester un bon témoin de son époque ;
- Reste proche du texte. Un résumé encyclopédique ne remplace pas la lecture, même quand il est sérieux.
Un mot sur la méthode, pour que tu puisses refaire ce tri seul. Quand tu lis une présentation d’un auteur ancien, note trois choses : ce qu’on sait de sa vie, ce qu’on lui attribue, et ce que disent les spécialistes de ces attributions. Dans le cas d’Ibn Wahshiyya, la première colonne est presque vide, la deuxième est longue et la troisième est partagée. Cette asymétrie n’est pas un défaut de la page : elle reflète l’état des sources. Un lecteur honnête accepte de laisser une case vide plutôt que de la remplir avec une légende.
Pour appliquer cette méthode au livre de ce site, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une lecture pas à pas.
En résumé
Ibn Wahshiyya est un auteur irakien mort vers 930, qui se disait nabatéen. Son œuvre principale, L’Agriculture nabatéenne, mêle agriculture, astrologie et magie, et prétend traduire un original syriaque ancien, ce qui n’est pas historiquement exact selon la page.
Plusieurs livres qu’on lui attribue sont douteux, et les sources se contredisent sur l’auteur du Picatrix. Aucune source lue ne le relie à al-Būnī. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : article « Ibn Wahshiyya » sur Wikipédia (en anglais).
Questions fréquentes
Qui était Ibn Wahshiyya ?
Un auteur irakien mort vers 930, qui se disait nabatéen, selon Wikipédia. On sait peu de choses sur sa vie.
Que contient L’Agriculture nabatéenne ?
Selon la page, des textes sur l’agriculture, l’astrologie et la magie. Le livre prétend traduire un ancien original syriaque, ce qui n’est pas historiquement exact.
Tous les livres d’Ibn Wahshiyya sont-ils de lui ?
Non, probablement pas. Le Fihrist en liste une vingtaine, dont la plupart ont sans doute été écrits par d’autres auteurs du Xe siècle, selon la page.
Est-il lié à al-Būnī ou au Shams al-Maarif ?
Aucune source lue ne les relie. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.


