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Shams al-Maʿārif

Picatrix : origine, auteur débattu et contenu du livre

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 11 min de lecture
Picatrix Couverture de l'article

Le Picatrix est le nom latin d’un traité arabe de magie astrale, la Ghāyat al-Ḥakīm, « le but du sage ». Il date du Xe ou du XIe siècle selon les savants, son auteur reste débattu, et il a été traduit en espagnol puis en latin au XIIIe siècle. Il a beaucoup circulé en Europe.

On le rapproche souvent du Shams al-Maarif, parce que les deux livres parlent de talismans, d’astres et de noms. Pourtant, ce sont deux livres différents, qui n’ont ni le même auteur, ni le même cadre, ni la même histoire. Et la page de Wikipédia que j’ai lue sur le Picatrix ne mentionne ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif.

Je te propose donc un portrait prudent, fondé sur cette page : le titre, la date, la question de l’auteur, les traductions, le contenu et l’influence. Je signale les endroits où la source se contredit, et je ne donne aucune pratique. Le Picatrix décrit des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Les secrets de ce sujet sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques : découvre-le ici.

Que veut dire Picatrix, et quel est le titre arabe du livre ?

Le titre arabe est Ghāyat al-Ḥakīm (غاية الحكيم), souvent rendu par « le but du sage » ou « l’objectif du sage ». Selon Wikipédia, le mot ghāya évoque aussi une limite extrême. Le nom Picatrix, lui, n’apparaît qu’avec les traductions du XIIIe siècle.

La page propose trois explications pour ce nom latin :

  1. Une déformation de « Buqratis ». C’est la forme arabe du nom d’Hippocrate ;
  2. Un lien direct avec Hippocrate. La page note que cette piste est peu favorisée, parce que le texte cite Hippocrate à part, sous la forme « Ypocras » ;
  3. Une traduction du nom de l’auteur. Il s’agirait d’une déformation du nom Maslama.

Je ne choisis pas entre ces trois pistes, car la page ne tranche pas. Le titre arabe et le nom latin désignent la même œuvre, mais ils ne disent pas la même chose : le premier parle d’un but, le second est d’origine incertaine.

Le nom Picatrix désigne la version latine, et la Ghāyat al-Ḥakīm la version arabe. Selon la page, la version latine omet beaucoup de passages théoriques de l’arabe. Les deux textes ne se recouvrent donc pas exactement.

Pour une idée du genre de livre dont il s’agit, Qu’est-ce qu’un grimoire ? Définition, exemples et cas du Shams al-Maarif pose le vocabulaire et les précautions de lecture.

Quand et par qui le Picatrix a-t-il été écrit ?

La date est discutée, et l’auteur l’est davantage. Selon Wikipédia, la plupart des savants supposent une rédaction au milieu du XIe siècle, tandis que d’autres plaident pour la première moitié du Xe siècle. Dans son introduction, l’auteur donne lui-même 348 de l’hégire, soit environ 959, comme année d’achèvement. Il dit avoir commencé après avoir terminé un livre antérieur, la Rutbat al-Ḥakīm (343 de l’hégire, environ 954).

Voici les repères sur l’auteur, tels que la page les rapporte :

QuestionCe que dit la page
Attribution traditionnelleIbn Khaldoun l’attribue à l’astronome Maslama al-Majrīṭī (mort entre 1005 et 1008)
Problème de cette attributionLa page la juge « problématique » : les dates du texte précèdent la mort d’al-Majrīṭī de plus de cinquante ans
Première attribution connueElle vient de l’alchimiste al-Jildakī (mort après 1360), et aucune biographie d’al-Majrīṭī ne mentionne l’œuvre
Autre propositionUne étude de Fierro (1996) propose Maslama b. Qāsim al-Qurṭubī (mort en 964), lié au soufisme andalou
Position prudenteD’autres savants décrivent la version arabe comme anonyme ; l’auteur latin est souvent appelé « Pseudo-Majrīṭī »

Trois remarques sur ces repères :

  1. L’attribution à al-Majrīṭī vient d’un auteur tardif. Elle ne s’appuie pas sur la biographie du savant, selon la page ;
  2. La date du texte est interne. Elle repose sur ce que l’auteur dit de lui-même, ce qui ne suffit pas à la prouver ;
  3. Je n’ai pas de verdict. Je ne désigne donc personne comme l’auteur et je dis seulement ce que la page rapporte.

Pour un autre auteur souvent invoqué dans ce débat, Ibn Khaldoun : sa vie, sa Muqaddima et son regard sur la science des lettres présente les repères sur son œuvre et sur la manière dont il juge ces sciences.

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Comment le livre est-il passé de l’arabe au latin ?

Par une traduction espagnole, puis une version latine. Selon Wikipédia, le prologue latin dit que le roi Alphonse X de Castille a ordonné une traduction en espagnol entre 1256 et 1258. La version latine a été produite plus tard à partir du texte espagnol. Son traducteur est inconnu, et l’attribution du texte à al-Majrīṭī est disputée.

La page signale d’autres points sur la transmission :

  • Un texte hébreu. Martin Plessner a étudié une traduction hébraïque qui modifie un passage clé sur l’expérimentation ;
  • Un manuscrit anglais célèbre. Le manuscrit de la British Library est passé entre les mains de Simon Forman, de Richard Napier, d’Elias Ashmole et de William Lilly ;
  • Une redécouverte tardive. Les versions espagnole et latine étaient les seules connues des savants occidentaux jusqu’à ce que Wilhelm Printz trouve une version arabe vers 1920.

La page contient une incohérence : le texte principal parle d’une version arabe trouvée vers 1920, tandis qu’une note évoque une publication du texte arabe par la bibliothèque Warburg en 1927. Elle ne dit pas s’il s’agit de deux événements différents. Je rapporte donc les deux dates sans les concilier.

Les éditions modernes citées par la page sont les suivantes :

ÉditionDétail
Texte arabeHellmut Ritter, Institut Warburg
Traduction allemandeRitter et Plessner, 1962
Édition critique latineDavid Pingree, 1986
Traduction françaiseBéatrice Bakhouche, Frédéric Fauquier et Brigitte Pérez-Jean, 2003
Traductions anglaisesOuroboros Press (2002 et 2008) ; Greer et Warnock (2011) ; Attrell et Porreca (2019)

Je n’ai pas lu le Picatrix. Tout ce que je rapporte vient du résumé de Wikipédia, qui ne cite pas de passages. Je ne peux donc pas juger la qualité des éditions ni des traductions.

Pour la comparaison avec un autre grand livre arabe de tradition, Shams al-Maarif ou Picatrix : lequel lire et pourquoi ? donne une grille de choix.

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Que contient le Picatrix, et quelle a été son influence ?

Il traite de magie astrale et de talismans, sans exposé systématique. Selon la page, l’œuvre compte quatre livres et montre une « absence marquée d’exposé systématique ». Elle couvre la magie astrale et talismanique, l’astrologie des moments favorables, les fumigations, les rituels planétaires et des prières (la page cite une prière à Saturne que Fritz Saxl a rapprochée d’une prière astrologique grecque).

Les sources qu’elle nomme sont variées :

  • Des traditions. L’hermétisme, le sabéisme, l’ismaélisme, l’astrologie, l’alchimie et la magie du Proche-Orient des IXe et Xe siècles ;
  • Des noms d’auteurs. Jābir ibn Ḥayyān, les Frères de la Pureté et l’Agriculture nabatéenne d’Ibn Waḥshiyya ;
  • Un nombre de sources. Le prologue dit que l’auteur a consulté plus de 200 ouvrages, mais un autre passage parle de 250 ; la page ne concilie pas les deux chiffres.

La page mentionne aussi un chapitre latin sur les 28 stations de la Lune et leur usage pour fabriquer des images, ainsi qu’un passage où les différentes nations possèdent chacune une partie du savoir magique.

Pour l’influence, la page cite plusieurs jugements :

  1. Sur l’ésotérisme occidental. Elle lui attribue une influence importante, de Marsile Ficin au XVe siècle jusqu’à Tommaso Campanella au XVIIe ;
  2. Sur la Renaissance. Selon Eugenio Garin, la version latine est essentielle pour comprendre une partie de la production de cette époque, y compris les arts figuratifs ;
  3. Sur la science expérimentale. Avner Ben-Zaken soutient que le texte a aidé à transformer la magie naturelle en base pour la science expérimentale, et que Ficin, Agrippa et Campanella l’ont utilisé.

Ces trois points sont des thèses de chercheurs, que la page rapporte. Je les présente avec leurs auteurs, et pas comme des faits établis. Pour Agrippa, Agrippa et De occulta philosophia : qui était l’auteur et que contient le livre ? rassemble les repères, sans affirmer de lien que la source ne donne pas.

Les talismans et les rituels que ces livres décrivent relèvent d’une tradition de croyance. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Je rapporte leur contenu sans le valider.

Le Picatrix a-t-il un lien avec al-Būnī et le Shams al-Maarif ?

Aucun lien que je puisse documenter. La page sur le Picatrix ne mentionne ni al-Būnī ni le Shams al-Maarif, et je n’ai trouvé aucune source qui dise que l’un a copié l’autre. Voici ce que l’on peut dire sans inventer :

  1. Ils partagent des thèmes. Les deux livres parlent de talismans et de savoirs cachés. Ce voisinage est un fait de contenu, pas une preuve de parenté ;
  2. Ils n’ont pas la même date. Le Picatrix remonte au Xe ou XIe siècle selon la page. Pour al-Būnī, l’année de la mort est elle-même discutée, et je renvoie à l’article qui la traite ;
  3. Ils ne sont pas dans la même langue de transmission. Le Picatrix a surtout circulé en Europe par le latin. Le Shams al-Maarif est un texte arabe dont les éditions posent d’autres questions.

Pour la date d’al-Būnī, Mort d’al-Buni : en quelle année, et que sait-on vraiment ? explique les incertitudes. Pour la figure d’al-Būnī elle-même, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende rassemble les repères.

Une image utile : deux livres rangés sur la même étagère ne sont pas du même auteur. Un lecteur qui lit l’un après l’autre doit se demander à chaque fois ce que le texte dit, pas ce que sa réputation promet. Pour une méthode appliquée, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une approche pas à pas.

Cet article présente un livre historique, il ne donne aucune pratique. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Pour une question religieuse, demande à une personne compétente de ta tradition.

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Comment lire un grimoire célèbre sans se tromper ?

En séparant l’histoire du livre de ses promesses. Voici cinq réflexes simples, qui sont les miens :

  1. Vérifie qui parle. Un auteur anonyme ou débattu, comme ici, appelle plus de prudence qu’un auteur bien identifié ;
  2. Vérifie quelle version tu lis. La version latine omet beaucoup de passages arabes, selon la page. Deux traductions du « même » livre peuvent donc différer ;
  3. Repère les dates internes. Une date donnée par l’auteur sur lui-même est une information, pas une preuve ;
  4. Distingue érudits et vendeurs. Un discours qui promet un effet ou qui vend un objet au nom d’un grimoire célèbre mérite plus de prudence qu’une édition critique ;
  5. Garde la distance critique. Comprendre un livre ne t’oblige pas à pratiquer ce qu’il décrit.

Il y a enfin une raison de prudence propre à ce genre de livres. Beaucoup circulent sous des titres, des noms d’auteurs et des attributions qui varient d’une édition à l’autre, comme le montre la page elle-même pour le nom Picatrix, pour la graphie des noms des traducteurs ou pour la date de la découverte arabe. Si une page présente tout cela comme certain, c’est qu’elle simplifie.

Pour un autre grimoire dont l’histoire est tout aussi discutée, Clavicule de Salomon : origine, manuscrits et contenu d’un grimoire célèbre montre le même type d’incertitude.

En résumé

Le Picatrix est le nom latin de la Ghāyat al-Ḥakīm, traité arabe de magie astrale écrit au Xe ou au XIe siècle. Son auteur est débattu (al-Majrīṭī, al-Qurṭubī ou un auteur anonyme), et le texte a été traduit en espagnol vers 1256-1258, puis en latin. Il traite de talismans, de fumigations et de rituels planétaires.

La page de Wikipédia ne le relie ni à al-Būnī ni au Shams al-Maarif. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article « Picatrix » sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Que veut dire Picatrix ?

C’est le nom latin de la Ghāyat al-Ḥakīm, « le but du sage ». L’origine du nom est discutée, selon Wikipédia.

Qui a écrit le Picatrix ?

L’auteur est débattu. Ibn Khaldoun l’attribuait à Maslama al-Majrīṭī, mais la page de Wikipédia juge cette attribution problématique.

Quand a-t-il été traduit en latin ?

Selon Wikipédia, le roi Alphonse X a ordonné une traduction espagnole entre 1256 et 1258, et la version latine a été faite plus tard à partir d’elle.

Le Picatrix et le Shams al-Maarif sont-ils le même livre ?

Non. Ce sont deux livres différents, et la page lue ne les relie pas. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.