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Shams al-Maʿārif

Chadhiliyya : al-Shadhili, al-Mursi, Ibn Ata Allah et la voie shadhilite

Par Secret mystiquePublié le Mis à jour le 11 min de lecture
Chadhiliyya Couverture de l'article

La Chadhiliyya (ou Shadhiliyya) est, selon Wikipédia, une confrérie soufie fondée au XIIIe siècle par Abu al-Hasan al-Shadhili. La page lui attribue des millions d’adeptes, appelés murids. Elle a été historiquement importante au Maghreb et en Égypte, et elle compte plusieurs branches aujourd’hui.

Ce nom revient souvent dès qu’on lit sur le soufisme au Maghreb et en Égypte. Il pose pourtant un problème de méthode : trois pages différentes, que j’ai lues, se complètent mais n’ont pas les mêmes dates ni les mêmes noms. Je les croise donc en notant chaque désaccord, au lieu de les lisser.

Je m’appuie sur les pages de Wikipédia consacrées à la Shadhiliyya, à Abu al-Hasan al-Shadhili et à Ibn Ata Allah, lues en anglais. Aucune ne cite al-Būnī ni le Shams al-Maarif. Je n’invente donc aucun lien, et je te dis plus bas ce qu’elles disent des lettres.

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Qu’est-ce que la Chadhiliyya ?

Une tariqa, c’est-à-dire une voie ou une confrérie soufie, fondée au XIIIe siècle par Abu al-Hasan al-Shadhili, selon la page. Ses membres sont appelés murids, un mot qui veut dire « chercheurs ». La page avance qu’ils se comptent par millions.

La page dédiée à l’ordre est mince. Elle ne donne ni les dates ni le lieu de naissance du fondateur. Elle ne décrit pas les enseignements de l’ordre, et elle ne parle ni de wird ni de hizb, sauf dans le titre d’une référence bibliographique. Elle cite en revanche des œuvres de dévotion au Prophète, comme les Dala’il al-Khayrat et la Burda.

Voici ce que j’en retiens, en le séparant de ce qui manque :

  • Ce que la page dit. Une confrérie du XIIIe siècle, très présente au Maghreb et en Égypte, avec plusieurs branches ;
  • Ce qu’elle ne dit pas. Les dates du fondateur, la doctrine, les pratiques ;
  • Ce qu’elle laisse flou. La chaîne de transmission, présentée de façon confuse et incomplète.

Pour situer la voie dans l’ensemble du soufisme, Qu’est-ce que le soufisme ? Définition, origines et grands ordres donne le cadre général. Les deux autres pages comblent une partie des lacunes, ce qui m’amène aux personnes.

Qui est Abu al-Hasan al-Shadhili ?

Un juriste malikite et maître soufi, né au Maghreb en 593 de l’hégire (1196), mort en 656 (1258) à Humaithara, en Égypte, en route vers La Mecque, selon la page qui lui est consacrée. Il est présenté comme un chérif, descendant des Idrissides par son père et de la famille royale berbère des Ghomara par sa mère.

Voici les repères, avec mes réserves :

RepèreCe que dit la pageMa réserve
Naissance593 AH, 1196Près de Tétouan dans le texte, près de Tanger dans l’infobox
MaîtreAbd as-Salam ibn Mashish, mort en 625 AH, 1228Récits de rêves et de signes sans source vérifiable
Première zawiya à Tunis1227 ou 625 AH, 1228Deux dates dans la même page
Départ pour l’Égypte642 AH, 1244, après une visionAucune
Cécité646 AH, 1248Aucune
Mort656 AH, 1258, à HumaitharaSon tombeau y est devenu un complexe

Deux points de la page me semblent faibles. D’abord un séjour en Irak, où il aurait rencontré le soufi al-Wasiti avant de repartir au Maghreb : le passage est isolé et peu cohérent avec le reste. Ensuite sa participation à la bataille de Mansourah, en 1250, alors que la page le dit aveugle depuis 1248 : elle n’est pas sourcée. Je ne reprends aucun des deux.

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Comment s’est faite sa formation et son parcours ?

Par un maître, un retrait, puis deux villes. Il étudie à Fès, puis il rencontre Abd as-Salam ibn Mashish sur le Jabal al-Alam, près de Tétouan. La page appelle ce maître le « Pôle de l’Occident », un titre mystique que je rapporte tel quel.

Voici les étapes que la page décrit :

  1. L’ordre de s’installer à Shadhila. Sur demande de son maître, il rejoint cette localité de Tunisie, d’où vient son nom ;
  2. Le retrait au Jabal Zaghwan. Il s’y retire ensuite ;
  3. La zawiya de Tunis. Il y fonde sa première zawiya et forme d’abord quarante disciples, les awliya al-arba’un ;
  4. Le départ pour l’Égypte. En 1244, après une vision, il part et s’installe à Alexandrie ;
  5. La tour d’Alexandrie. Elle lui sert de résidence, de mosquée et de zawiya.

La page précise qu’un sultan ayyoubide lui aurait donné cette tour, sans nommer le sultan. Je classe donc le détail comme douteux. Pour l’époque ayyoubide et ses voisins, Fatimides : le califat ismaélien, Le Caire, al-Azhar et la chute de 1171 donne un contexte plus ancien, sans parler de lui.

Les quatre thèmes de l’enseignement d’Ibn Mashish sont rapportés à partir d’une prière, la Salat al-Mashishiyya : l’unicité de l’existence, la crainte de Dieu, la présence divine en toute chose et la dissolution dans l’Unité. Je les cite comme un résumé de la page, pas comme une explication de doctrine.

Quels principes d’enseignement la page retient-elle ?

Transformer la conscience plus que changer de vie. Selon la page, al-Shadhili enseigne à tourner son cœur vers Dieu en toute circonstance, à se retirer intérieurement du monde dans l’aisance comme dans l’adversité, et à pratiquer le dhikr dans la vie ordinaire, sans retrait d’ermite.

Voici comment je résume cette ligne :

  • Rester dans le monde. Pas de retrait obligatoire, la page insiste sur la vie ordinaire ;
  • Se retirer intérieurement. Le retrait est celui du cœur, pas du lieu ;
  • Pratiquer le dhikr. L’invocation fait partie du quotidien.

La page ajoute un détail sur al-Mursi : il n’initiait pas les personnes sans métier. Je le donne tel quel, car il montre un trait attribué à la voie, sans que la page l’explique.

Aucune pratique n’est décrite ici, et je ne donne ni formule ni méthode. La page cite surtout un texte, le Hizb al-Bahr, ou « Litanie de la mer », comme son texte le plus connu, mais elle le qualifie de poème alors qu’il s’agit d’une litanie. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.

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Qui sont al-Mursi et Ibn Ata Allah ?

Les deux successeurs les plus cités par les pages. Abu al-Abbas al-Mursi, né à Murcie, est le successeur désigné d’al-Shadhili peu avant sa mort. Sa date de mort est contradictoire dans la page : 686 de l’hégire correspond à 1287-1288, donc la date de 1271 indiquée à un endroit est une erreur.

Ibn Ata Allah al-Iskandari est né à Alexandrie en 658 de l’hégire (1259). C’est un juriste malikite qui enseigne le hadith et le droit au Caire. Il rencontre al-Mursi, dont il devient le disciple pendant une douzaine d’années, selon la page. Elle précise qu’il était d’abord sceptique envers le soufisme, alors que son père était attaché à al-Shadhili.

Voici ses œuvres, telles que la page les cite :

  1. Kitab al-Hikam. Environ 261 aphorismes, présentés comme l’œuvre majeure ;
  2. Taj al-arus. Un ouvrage sur la discipline de l’âme ;
  3. Kitab al-Lata’if. Une œuvre sur al-Mursi et son maître ;
  4. Miftah al-falah. Un manuel sur le dhikr.

La page signale plusieurs désaccords : sa mort est datée de 1309 dans le texte et de 1310 dans l’infobox, et l’âge de soixante ans ne cadre pas avec les dates, qui donnent environ cinquante ans. Le nom d’un disciple change aussi d’une section à l’autre. Je garde donc « vers 1309 ou 1310 ».

Pour un autre grand nom du soufisme, Ibn Arabi : vie, œuvres et réception du Cheikh al-Akbar présente un auteur dont les écrits ont aussi fait débat, à l’époque d’Ibn Ata Allah.

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Quelle controverse avec Ibn Taymiyya la page rapporte-t-elle ?

Elle les montre en désaccord sur le soufisme, sur l’intercession, le tawassul, et sur les écrits attribués à Ibn Arabi. La page décrit une rencontre à la mosquée al-Husayn, au Caire, où Ibn Taymiyya aurait prié derrière lui après sa libération, en disant qu’il ne gardait pas de rancune.

Elle rapporte aussi qu’Ibn Taymiyya l’aurait loué comme l’un des hommes les plus véridiques qu’il ait connus. Ces propos sont introduits par « reportedly » et « is reported to have said », et la source est un blog. Je les considère donc comme peu sûrs, et je ne les cite pas comme un fait.

Voici comment je lis le passage :

  • Le désaccord. Il est établi par plusieurs éléments de la page ;
  • La rencontre. Elle n’est pas datée et n’est pas sourcée directement ;
  • Les propos d’éloge. Ils sont rapportés sans source primaire.

Pour l’autre protagoniste, Ibn Taymiyya : le juriste de Damas, ses procès et sa place dans le débat sur le soufisme donne son point de vue, d’après une autre page.

Quelles branches existent aujourd’hui ?

Plusieurs, selon la page. Elle cite la Fassiyatush, surtout en Inde, au Sri Lanka, au Pakistan, à Maurice et en Indonésie, et la Darqawiyya, principalement au Maroc, issue de Muhammad al-Arabi al-Darqawi à la fin du XVIIIe siècle. Elle cite aussi l’Alawi-Darqawiyya, originaire d’Algérie, présente en Syrie, en Jordanie, en France et dans des communautés anglophones.

La liste continue avec l’Attasiyah, centrée au Yémen, une branche de Damas, la Batawiyya, présente en Égypte, en Indonésie, en Turquie et aux États-Unis, et la Maryamiyya. Cette dernière, fondée par Frithjof Schuon, est présentée comme issue de l’ordre Alawi, avec une influence marquée de la philosophie pérennialiste et de l’Advaita Vedanta.

Un point de prudence : la page décrit l’Alawiya tantôt comme une branche de la Darqawiyya, tantôt comme un ordre distinct dont la Maryamiyya serait issue. Elle ne résout pas cette ambiguïté, et moi non plus. Une partie des sources citées sont des sites de branches, certaines archivées.

Y a-t-il un lien avec le Shams al-Maarif ?

Aucune des trois pages ne les relie. Elles ne mentionnent ni al-Būnī, ni le Shams al-Maarif, ni la magie. Elles ne parlent pas de la science des lettres : le titre d’une œuvre d’Ibn Ata Allah, al-Qasd al-mujarrad, est cité, mais aucune page ne le relie à une doctrine des lettres.

La page d’al-Shadhili évoque bien des lettres, mais de façon générale, c’est-à-dire des écrits, sans titre ni contenu. Il ne faut donc pas la lire comme une référence à la science des lettres.

Pourquoi alors ces noms se croisent-ils dans des recherches ? C’est mon hypothèse, et les pages ne la confirment pas : tous relèvent du monde du soufisme médiéval, et les recherches rapprochent facilement des noms d’un même domaine. Pour replacer l’auteur, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende fait le point sur ce qu’on sait. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.

Comment lire un récit sur un saint ou une voie soufie ?

En vérifiant les dates, les noms et les sources. Voici cinq réflexes, qui sont les miens :

  1. Compare les pages. Tétouan ou Tanger, 1227 ou 1228 : la différence se voit tout de suite ;
  2. Repère les récits de rêves. Ils expriment la foi des disciples, pas une preuve historique ;
  3. Regarde le mot « reportedly ». Il signale une source indirecte ;
  4. Note ce qui manque. Aucune page ne parle d’al-Būnī ;
  5. Ne promets rien. Ce sont des pratiques de croyance que les marabouts utilisent, et le résultat vient de Dieu.

Pour appliquer le même esprit au livre de ce site, Lire Shams al-Maarif sans pratiquer : est-ce possible et comment faire ? propose une lecture pas à pas.

En résumé

La Chadhiliyya est une confrérie soufie du XIIIe siècle, fondée par Abu al-Hasan al-Shadhili (1196-1258), prolongée par al-Mursi et Ibn Ata Allah, et divisée aujourd’hui en plusieurs branches. Les pages lues se contredisent sur plusieurs dates et plusieurs lieux, et certains récits sont peu sourcés.

Aucune page ne mentionne ni al-Būnī ni le Shams al-Maarif. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.

Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.

Ce que tu lis ici est un aperçu : les secrets complets sont dans Le Grand Livre des Secrets Mystiques.

Sources : article « Shadiliyya » sur Wikipédia (en anglais) et article « Abu al-Hasan al-Shadhili » sur Wikipédia (en anglais).

Questions fréquentes

Qui a fondé la Chadhiliyya ?

Selon Wikipédia, Abu al-Hasan al-Shadhili, au XIIIe siècle, mort en 1258 à Humaithara.

Qui est Ibn Ata Allah ?

Un juriste malikite né à Alexandrie en 1259, disciple d’al-Mursi, auteur du Kitab al-Hikam, selon la page.

Où la Chadhiliyya est-elle présente ?

Historiquement au Maghreb et en Égypte, puis dans plusieurs branches en Asie, en Europe et ailleurs.

La Chadhiliyya est-elle liée au Shams al-Maarif ?

Aucune page lue ne les relie. Ce sont des pratiques de tradition quand on leur attribue des usages, et le résultat vient de Dieu.

Rédigé par Secret mystique

Je publie sous le pseudonyme Secret mystique. J'ai traduit le Shams al-Maʿārif en français, et ce travail de traduction est le point de départ de ce site. J'y raconte ce que disent les sources que j'ai lues, j'indique ce qu'elles ne disent pas, et je ne prétends pas détenir une autorité religieuse ou savante. Pour toute question de pratique, adresse-toi à une personne compétente de ta tradition.