Il n’existe pas une seule version « complète » du Shams al-Maarif. Selon Noah Gardiner, le texte médiéval fait environ 120 folios, alors que les éditions imprimées plus tardives sont bien plus larges et mêlent des ajouts. « Complet » dépend donc de ce que tu compares : le texte ancien, ou la grande édition connue.
Quand on cherche la version complète du Shams al-Maarif, on espère trouver un texte unique, entier, sans coupure. La réalité est plus nuancée. Ce livre a une histoire de copies, d’ajouts et d’impressions, et le mot « complet » n’a pas le même sens selon l’époque dont on parle.
Pour un lecteur, cela change tout. Une version peut être complète au sens où elle reprend toute une grande édition imprimée, tout en contenant des passages qui ne figurent pas dans les manuscrits les plus anciens. Une autre peut être plus courte, mais plus proche du noyau médiéval.
Dans cet article, je m’appuie sur l’étude de Noah Gardiner, sur Wikipédia et sur Middle East Eye. Je dis ce qu’ils établissent, ce qu’ils ne disent pas, et comment ne pas se faire piéger par une étiquette.
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Que veut dire « version complète » pour le Shams al-Maarif ?
Cela peut vouloir dire trois choses différentes, et les sources ne les confondent pas. Avant de chercher un fichier ou un livre, il vaut mieux savoir de laquelle on parle.
Voici les trois sens possibles :
- Le texte médiéval entier. C’est le Shams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārif tel qu’on le trouve dans les manuscrits anciens. Gardiner le décrit comme un texte relativement stable, d’environ 120 folios en moyenne ;
- La grande forme imprimée. C’est ce que l’on appelle souvent al-Kubrā, plus étoffée. Gardiner situe sa forme connue au XVIIe siècle ;
- L’ensemble des volumes imprimés. Wikipédia indique que, dans sa forme contemporaine, le livre existe en deux volumes, un petit (Ṣughrā) et un grand (Kubrā), publiés à Beyrouth par Al Nour Library en 2005 et 2006.
Wikipédia précise qu’avant l’imprimerie, trois volumes indépendants, de longueurs différentes, circulaient. Gardiner conclut de son côté qu’aucune distinction cohérente entre Ṣughrā, Wusṭā et Kubrā n’existe dans les manuscrits médiévaux.
Ces deux informations ne se contredisent pas. Elles décrivent deux moments : celui des manuscrits, où le texte est plutôt unique, et celui de l’imprimé, où des formes longues et courtes se sont fixées. Le titre « al-Kubrā » a été ajouté plus tard : Gardiner cite le manuscrit BnF arabe 2649, copié au Caire en 913 de l’hégire (1508).
Cela dit, un détail mérite attention. Gardiner ne dit pas que la forme imprimée est « fausse ». Il dit que la dépendance aux éditions imprimées a largement faussé la compréhension de l’œuvre et de son histoire. Autrement dit, une version « complète » au sens imprimé n’est pas forcément la plus fidèle à l’origine.
Pour mieux situer cette grande forme, Shams al-Maarif al-Kubra : qu’est-ce que la grande version du livre ? explique ce que recouvre ce nom. Et pour les repères de base sur le livre, Qu’est-ce que Shams al maarif ? Le livre expliqué simplement reste le bon point de départ.
Qu’est-ce qui distingue le texte médiéval des éditions imprimées ?
Trois choses : la longueur, la stabilité et les ajouts. Gardiner n’indique pas le nombre de pages des éditions imprimées dans son article, et je ne l’invente pas. Mais il donne plusieurs éléments précis sur ce qui sépare les deux états.
Voici ce que l’on peut établir :
- Le titre. Le texte médiéval porte presque toujours le titre complet Shams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārif, sans épithète de taille (page 101) ;
- La longueur. Environ 120 folios en moyenne pour le texte ancien (page 101) ;
- Des anachronismes. Le texte contient des interpolations. Une citation datée de 670 de l’hégire (1271-1272), attribuée à Fakhr al-Dīn al-Khwārazmī, figure déjà dans la plus ancienne copie consultée, le manuscrit BnF arabe 2647 (page 103) ;
- Un emprunt massif dans le Kubrā. Selon Gardiner, une version d’al-Durr al-munaẓẓam d’Ibn Ṭalḥa est entièrement incorporée dans le Shams al-kubrā, avec un cadre narratif supplémentaire (page 102) ;
- Des chaînes de transmission empruntées. Il y voit un plagiat de chaînes issues de ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī ;
- Des éditions nombreuses. Il en existe des dizaines depuis environ 1900, surtout au Caire et à Beyrouth, selon Constant Hamès cité par Gardiner.
Le contenu du texte médiéval, selon l’étude, comprend un système associant les lettres de l’alphabet à des entités cosmologiques (trône, sphères, éléments), des chapitres sur les noms de djinns emprisonnés par Salomon, la nature des anges, la construction de tableaux appelés awfāq, et une section sur l’alchimie qui cite Jābir ibn Ḥayyān (page 103).
Beaucoup de lecteurs pensent que la version la plus longue est la plus « authentique » ou la plus puissante. Les sources lues ne disent rien de tel. Elles montrent plutôt que la forme longue est plus tardive.
Pour ce qui est du contenu général, Que contient le Shams al-Maarif ? Le contenu du livre expliqué décrit les grandes parties sans mode d’emploi. Et pour le contexte d’un auteur dont on ne sait pas tout, Qui est Al-Buni ? Un maître soufi derrière la légende donne les repères établis.
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Comment reconnaître une version tronquée ou douteuse ?
En posant des questions simples à n’importe quel fichier ou livre qui se dit complet. Aucune ne demande de lire l’arabe. Elles servent surtout à repérer les étiquettes sans preuve.
Voici une liste de contrôle :
| Question | Bonne réponse | Mauvais signe |
|---|---|---|
| Quelle forme est annoncée ? | Médiévale, Ṣughrā, Kubrā, nommée clairement | « Version intégrale » sans précision |
| Quelle édition sert de base ? | Lieu, année, éditeur cités | Aucune référence |
| Y a-t-il une introduction ? | Oui, avec les mises en garde du texte | Début coupé, début en plein milieu |
| Les figures sont-elles présentes ? | Carrés et tableaux reproduits ou décrits | Pages d’images illisibles ou absentes |
| Les chapitres se suivent-ils ? | Oui, sans saut ni répétition | Passages doublés, pages manquantes |
| Le texte est-il cohérent ? | Style et langue stables | Blocs très différents, copiés d’ailleurs |
| Des résultats sont-ils promis ? | Non | « Garantie » d’effets ou de richesse |
Quelques précisions pour ne pas surinterpréter ce tableau :
- Les résumés existent aussi. Gardiner signale un titre proche, Taysīr al-ʿawārif fī talkhīṣ Shams al-maʿārif, présent dans un codex de 772 de l’hégire (1370), mais il précise qu’aucune copie n’a été localisée (page 96). Je n’en tire aucune conclusion de plus ;
- Le mot « mukhtaṣar » (abrégé) n’est pas retrouvé dans l’article. Je ne peux donc pas dire si de vrais abrégés du Shams circulaient. Je dis seulement que les sources lues n’en font pas mention ;
- Une longue version n’est pas une garantie de qualité. Une édition plus étoffée peut contenir plus d’ajouts tardifs.
Pour une aide pratique sur les fichiers qui circulent, Shams al Maarif PDF : ce qu’il faut savoir avant de télécharger un fichier donne des repères de prudence. Et pour le choix d’une langue de lecture, Shams al Maarif en arabe : éditions, difficultés et choix d’une version détaille les difficultés propres au texte arabe.
Un dernier avertissement, qui vaut pour toute version : ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu. Une version dite complète ne rend pas un texte plus efficace, elle le rend seulement plus entier.
Faut-il absolument chercher la version la plus complète ?
Non, pas forcément. Tout dépend de ce que tu veux faire du livre, et la réponse honnête n’est pas la même pour un historien, un curieux ou un lecteur croyant.
Voici trois cas de figure :
- Tu veux comprendre l’œuvre en historien. La question n’est pas la taille, mais la fidélité. Le texte médiéval, plus court et plus stable, est le plus utile pour savoir ce qu’écrivait la tradition ancienne. Les éditions imprimées servent à comprendre la réputation moderne du livre ;
- Tu es curieux et tu découvres le sujet. Une présentation claire et sourcée te sert mieux qu’un énorme volume. Shams al-Maarif débutant : par où commencer sans se perdre ? propose un parcours progressif ;
- Tu veux lire le texte traduit. Ce qui compte alors, c’est que la traduction annonce sa portée et son édition de base, comme je l’explique dans Shams al-Maarif en français : comment juger la qualité d’une traduction ?.
Il faut aussi garder en tête la réputation du livre. Middle East Eye, dans son article du 26 janvier 2023, rapporte qu’il est craint dans une grande partie du Moyen-Orient. Cette peur alimente parfois un discours commercial : on vend le « vrai » texte, le « grand » texte, le texte « interdit ». Ce vocabulaire ne prouve rien sur le contenu réel.
Un conseil de méthode : avant de chercher le plus gros volume, demande-toi quelle question tu poses au texte. Si c’est une question d’histoire, le dossier de Gardiner est un bon guide. Si c’est une question de lecture, une version annotée et bien présentée vaut mieux qu’une version immense sans commentaire.
Enfin, si tu hésites entre deux grands textes du même genre, Shams al-Maarif ou Picatrix : lequel lire et pourquoi ? compare les deux avec prudence.
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En résumé
Il n’existe pas une version « complète » unique du Shams al-Maarif. Le texte médiéval fait environ 120 folios selon Gardiner, les formes Ṣughrā, Wusṭā et Kubrā ne sont pas distinguées dans les manuscrits anciens, et la grande forme connue apparaît au XVIIe siècle.
Pour reconnaître une version fiable, regarde la forme annoncée, l’édition de base, l’introduction, les figures et l’absence de promesses. Une version plus longue n’est pas plus authentique pour autant. Ce sont des pratiques de tradition, et le résultat vient de Dieu.
Je suis maître marabout, avec plusieurs années d’expérience. J’ai pratiqué ces secrets pour moi-même et pour d’autres personnes, et je les ai transmis à des gens qui en ont été satisfaits. Mais le résultat vient de Dieu : tu peux ne pas en obtenir, comme moi ou comme d’autres.
Sources : Noah Gardiner, « Forbidden Knowledge? », Journal of Arabic and Islamic Studies, 2012 ; article Shams al-Ma’arif sur Wikipédia (en anglais) ; Middle East Eye, 26 janvier 2023, « Shams al-Maarif : pourquoi ce livre mystique est-il craint au Moyen-Orient ? ».
Questions fréquentes
Existe-t-il une version complète du Shams al-Maarif ?
Cela dépend du sens de « complet ». Le texte médiéval est un ensemble d’environ 120 folios selon Gardiner, et la grande forme imprimée est plus tardive. Il n’y a pas de version unique qui fasse consensus dans les sources lues.
Quelle différence entre Ṣughrā, Wusṭā et Kubrā ?
Gardiner ne trouve aucune distinction cohérente entre ces trois formes dans les manuscrits médiévaux. Wikipédia décrit pour sa part deux volumes imprimés, un petit et un grand, publiés à Beyrouth en 2005 et 2006.
La version la plus longue est-elle la plus authentique ?
Non, rien dans les sources lues ne le dit. Gardiner situe la forme connue du Kubrā au XVIIe siècle et y relève des emprunts, ce qui la rend plus tardive, pas plus fidèle.
Comment savoir si un PDF est tronqué ?
Vérifie qu’il cite son édition de base, qu’il commence par une introduction, que les figures sont présentes et que les chapitres se suivent. Un fichier sans référence ni nom de traducteur est à prendre avec prudence.


